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T.S. Eliot. The Waste Land

…Go, go, go, said the bird: human kind
Cannot bear very much reality.
Time past and time future
What might have been and what has been
Point to one end, which is always present.

The Waste Land de T.S. Eliot, le poème que Larry a dû présenter à ses examens finaux. Une réflexion sur le temps et sur Héraclite. Pourtant, Eliot a quand-même eu besoin d’un point fixe. Il l’appelle Jésus. Tant pis, le poème parle en finesse mais peu de gens sont matérialiste.

Les scientifiques sont bornés, Mr Tout-le-monde l’est plus encore, mais il est multiple. À tous, leur responsabilité.

Balibar (Balibar, 2015), un excellent bouquin.

Global, et équilibré, il est pour moi ce qu’il y a de mieux comme base concise de réflexion sur le sujet de l’échauffement climatique. Une surprise toutefois, contrairement à toute la logique du bouquin, l’auteur est pronucléaire. C’est que M. Balibar est un homme de ce milieu.

Situation semblable avec les scientifiques de Gene drive[1]. Ils se donnent de la peine pour faire face au problème éthique et de sécurité que pose leur nouvelle technique. Ils en parlent et proposent le débat. Mais ils disent aussi que cette position ouverte est le seul moyen d’éviter que les politiciens et les mouvements publics leur prennent le contrôle de leur recherche.

Moralité, nous sommes biaisés par ce que nous sommes. Notre patrie est la meilleure.

Cela est vrai pour les scientifiques en général. Bien sûr, ils connaissent leur sujet mieux que personnes -en fait, ils sont les seuls à connaitre leur sujet -, mais ils en voient la beauté plus que les problèmes, surtout ceux qui pourraient interférer avec leur cher sujet.

Voilà pour la science.

Et puis il y a l’autre partenaire du couple : la société.

Qui peut corriger le biais scientifique. Qui, dans le couple science/société peut-être l’avocat de la société ?
– le peuple en votation populaire ? Aïe !
– la société civile ? Qui est-elle ? Le WWF ? Aïe !
– la politique ? Aïe !
– l’économie? Aïe !
– etc.

 

Avec 74 années d’exercice de vie, je constate que la représentation du monde que nous nous faisons, nous, les êtres humains, est étonnamment étroite. C’est fou ce que nous sommes bornés. Alors, même si la science est le domaine des scientifiques et si, parmi les humains, ceux-ci devaient avoir un avantage méthodologique, leur monde est quand même étroit. Dans le couple science/société, ils sont biaisés en faveur de la science. Il est dangereux de leur laisser la bride sur le cou.

Quant aux avocats de la société mentionnés ci-dessus, je les vois chacun pire encore.

 

Alors, on fait quoi ?

Ma réponse qui n’en est pas une est dans la ligne de P. Rosanvallon (Rosanvallon, 2011) : il nous faut amplifier la démocratie participative à tous les niveaux.

Le niveau dont j’espère le plus est celui des scientifiques eux-mêmes pour peu qu’ils portent activement leur propre responsabilité. Il faut les y pousser.

 

Voir sur mon blog les rapports récents :

– Nature 15.12,16. 326. Brevet de CRISPR/Cas9

– Science 16.09.16, 1211.

– Nature, 9.6.16, 153.

 

 

Balibar, S. (2015). Climat: y voir clair pour agir. Paris: Le Pommier.

Rosanvallon, P. (2011). La société des égaux (Vol. 1). Paris: Seuil.

[1] Gene drive est une procédure issue de la récente révolution biotechnologique induite par CRISPR/Cas9. Gene drive est spécial par le fait que, une fois l’ogm lancée, il n’est en principe plus possible de l’arrêté jusqu’au remplacement complet de l’espèce dont il est dérivé avec les conséquences écologiques que l’on imagine (un peu) et les possibilités de catastrophes par accident ou par malveillance que l’on n’ose pas imaginer.

Pourquoi Trump?

– Lutte des classes, Piketti, Marx: les riches qui accumulent de plus en plus et les autres, laissés pour compte. Y’en à marre.

– Les étrangers: marre des noirs, des latinos, de tous ces gens pas comme nous, marre d’un métis à la présidence et d’une femme pour le remplacer.

– Le web, qui a donné la parole aux médiocres sur les réseaux sociaux devenus caisse de résonnance des idées primitives. Je pense aux hommes de ma section au militaire. Une bonne moitié étaient vraiment très médiocres. La politique était hors de leur pensée et ils ne votaient pas. Il suffit alors qu’un Blocher vienne leur donner l’illusion d’être dans quelque chose, et c’est parti.

– Les femmes qui votent Trump. Là, j’ai de la peine. Le machisme est-il épicène?

– Et puis, j’ai mon analyse de la  mondialisation qui fait chanceler l’ensemble des organisations sociales et des gouvernances. L’égoïsme du moi libéré s’étale.

 

En face,  une offre sans idéalisme et sans espoir, seulement portée par la politique manipulatrice du grand capital. Sanders aurait-il réussi?

 

Je lis: Badinter, E., & Badinter, R. (1988). Condorcet (1743 – 1794). Un intellectuel en politique. Paris: Fayard. Mon voisin Jacques lit un roman sur la Révolution française.

Il constate. À cette époque, le roi était pour l’ennemi reconnu du peuple. Pourtant, il se donnait de la peine pour sauver les meubles dans un système pourri mis en place par Louis XIV. À pat lui, il y avait aussi les Parlements formé de petits nobles ou bourgeois ± proches du roi. Ils entérinaient sans broncher les décisions de celui-ci et y ajoutaient une couche ultra conservatrice. Réaction primitive classique, la foule haïssant et craignant le roi croit voir le sauvetage dans les Parlements et s’y accroche sans voir qu’ils les conduisent à la catastrophe. Le livre de Jacques L. et le mien constatent que ce mouvement populiste a été catastrophique pour la révolution.

 

Mais où donc est passée la gauche?

Faire ensemble signifie avoir un projet commun. Il faut de l’idéalisme, une idéologie, une utopie même.  Gilles et Lucy disent qu’il faut un narratif. Le mot est à la mode, mais attention à la dérive: « Ce ‘n’est pas ce que l’on fait qui compte, c’est l’histoire, la façon dont on la raconte pour la faire savoir… (Yves Duteil).

La monarchie absolue de Louis XIV pouvait être vue comme une idéologie à peu près autant que peut l’être une religion autoritaire. De plus elle était pourrie dans son fondement, car elle asservissait les individus au lieu de les dynamiser dans un projet commun. Le communisme était une vraie idéologie avec sa belle dose d’utopie qui finalement à viré à peu près comme la monarchie absolue, en plus cruelle toutefois.

Aujourd’hui, c’est le projet néolibéral qui monopolise le terrain. Son principe est « chacun pour soi » pour ceux qui peuvent en profiter. Pour les autres, c’est de se faire exploiter. C’est l’individualisme écrasant tout projet commun. Le néolibéralisme a aussi son narratif: l’intérêt individuel s’identifie à l’intérêt collectif. Qu’il puisse y avoir des philosophes qui le défendent me dépasse.

La gauche de chez nous semble éteinte. Au RBI le PSS préfère 10% d’augmentation de l’AVS et le reste de son projet est du même tabac. Idem en Europe. Les Verts sont peut-être ceux qui gardent une certaine idéologie, malheureusement trop partiel par nature. Podémos ou Sanders sont-ils une lueur d’espoir?
L’un dans l’autre, quelle misère!

 

Et pourtant, nous, les gens, les gens normaux comme la plupart d’entre nous, nous aspirons à un monde harmonieux pour tous et nous serions prêts à nous engager pour cette utopie. Il suffirait d’y croire, mais nous n’y croyons pas parce que nous croyons que nous ne savons pas comment faire.

Et pourtant, les solutions sont à portée de main. Jje ne développe pas, d’autres ont l’ont déjà fait et tellement mieux, par exemple Monbiot (Monbiot, G. (2003). The Age of Consent: Harper Perennial.)

Que manque-t-il donc?

D’abord, il manque d’être au clair sur nos valeurs, les nôtres, ici et aujourd’hui, celles qui peuvent nous faire vivre harmonieusement et marquer le chemin vers cette utopie que nous appelons tous de nos voeux.

Et pourtant, ce ne serait pas difficile. Les ingrédients sont là; comme c’est le cas pour une mayonnaise, il suffit de la faire prendre.

Je crois que ça peut venir. Il faut y travailler. J’essaie.

Biologie et société   

Ce matin, au cours Biologie et Société, les groupes avaient 20 minutes (discussion incluse) pour présenter leurs thèmes. L’un concernait la thérapie génétique humaine, prochainement largement ouverte grâce à CRISPR/Cas9, l’autre gene drive promettant de « corriger » les espèces.

S’il n’y avait pas ce cours, comme c’est d’ailleurs le cas dans la plupart des universités, les étudiants traverseraient probablement toutes leurs études sans prendre un moment pour penser aux problèmes de société que posent ces nouvelles technologies.

Mais 20′ plus 20′, quelle misère pour une présence qui devrait être consubstantielle à toutes leurs études.

Les gens sont sympa!

J’aime Monbiot, www.monbiot.com.
Sa rubrique dans le Guardian du 13 oct. rapporte quelques résultats récents de la psycho-sociologie. Les 3/4 des personnes étudiées sont et se veulent généreux, altruistes et bienveillants. Ils pensent toutefois que les autres ne le sont guère.
Moi aussi, je suis convaincu de la première de ces observations. Pourtant, les gens se le cachent à eux-même. Probablement à cause de la 2eme. Voulant être comme tout les autres, nous nous se déguisons en méchants égoïstes et, comme nous sommes naturellement auto-menteurs, nous y croyons.

La distance inhumaine

Georges Monbiot écrit le 9.10 dans le Guardian: “The strike may have resulted in collateral damage to a nearby medical facility.” This is how an anonymous Nato spokesperson described Saturday’s disaster in Afghanistan. Let’s translate it into English. “We bombed a hospital, killing 22 people.” But people, hospital and bomb, let alone we: all such words are banned from Nato’s lexicon. Its press officers are trained to speak no recognisable human language.
C’est exactement la stratégie de la droit vis à vis des réfugiés. C’est celle de tous les negationistes. Les affiches de l’UDC sont parlantes: une armée de fils de fers ou un fantôme masqué.

Goillasse

À moto, quand un débile joue au macho, de mon vélo, je lui crie « connard ».

Bof, peu élégant! Y a-t-il une meilleur injure? Oui, il y a « goillasse ».

Avec poufiasse (trop genré) et ruclon (insensé), le mot goillasse est un des plus laid de notre langue. Le penser, c’est déjà faire la moue: goillasse! Le dire c’est faire la geule: goillasse! Autre avantage, le mot est sonore, il se hurle puissamment: goillasse! Et puis, il fait sens: des vagues mais pas de vent.

Pour remplacer connard par goillasse, il faudra s’appliquer pour changer le réflexe.

Mobilité

Uber – chacun est le taxi de chacun – et les autos sans conducteur peuvent changer la donne de la mobilité.
Le premier, dans l’immédiat, assouplit la façon de penser mobilité. Le second décompose le socle sur lequel la voiture domine notre monde (je suis ma voiture) et offre peut-être une alternative efficace.
Les choses vont vite. Dans 10 ans, la situation pourrait être complètement différente. Je pourrais le voir. Réjouissant!
Merci à Wolfgang W de l’avoir remarqué.
http://enorm-magazin.de/die-chancen-von-uber-und-dem-fahrerlosen-auto