Mars 2018, reprise douce de l’actualité scientifique de Jacques

Vu les évènements récents, nous n’insistons plus sur la cryo-me. Nous y reviendrons seulement quand il y aura quelque chose de vraiment spécial, par exemple quand on aura trouvé comment empêcher la formation des filaments de la maladie d’Alzheimer.

15.03.18. Nature 555, 7696

303 – 305. CLIMAT, ÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE, GLACIERS, ANTARCTIQUE, ARCTIQUE, GEOINGÉNIEURIE

Géoingénieurie des glaciers polaires pour ralentir la montée des océans.

J’ai dit précédemment mes réticences face à l’idée du géoingénieurie – c’est-à-dire les actions destinées à contrer les causes ou les effets de l’échauffement climatique. On a parlé de capter le CO2 de l’air ou d’engraisser les océans avec du fer. Ici il s’agit d’empêcher les glaciers du Groenland ou de l’Antarctique de se déverser rapidement dans la mer. Les méthodes sont brutales : (i) faire un barrage sous-marin pour empêcher l’arrivée du courant chaud venant de l’océan. On parle d’un km3 à mettre en place (100 fois la Grande Dixence; (ii) placer des pylônes à l’avant du glacier pour bloquer son avance; (iii) pomper l’eau qui s’infiltre sous le soc glaciaire afin d’éviter son effet lubrifiant sur l’avance des glaces.

Tout cela, non pas pour réduire l’échauffement climatique, seulement pour freiner un peu la contribution de quelques glaciers à l’augmentation du niveau de la mer.

Pour un marteau, tout n’est que clou ; pour un glaciologue ingénieur, un glacier est forcément un lieu d’intervention. J’ai l’impression que les propositions présentées ici doivent être interprétées dans le cadre de ce biais, à moins qu’il ne s’agisse d’occuper un terrain financièrement prometteur. Quant à la lutte contre l’échauffement climatique, elle n’y trouve pas son compte.

 

359 – 62. BIOLOGIE, SOCIOBIOLOGIE, VIVRE ENSEMBLE,

Altruism in a volatile world. Altruisme dans un monde volatile.

Comment l’altruisme peut-il exister puisque par définition, l’altruiste se défavorise pour favoriser un autre. À la longue, le désavantage induit devrait conduire à la disparition du trait. Darwin s’était étonné de l’observer si fréquemment. Cent-cinquante ans plus tard, on en sait beaucoup plus ; l’altruisme est de l’égoïsme malin ; il diffère de l’égoïsme classique par le fait que l’avantage recherché n’est pas direct, il est plus subtil ou bien il faut être patient. Ainsi, au niveau des gènes, une action qui apporte le bénéfice b à B pour le coûte c à l’altruiste A sera favorable à la fitness de A si b.r>c. C’est la règle de Hamilton. Par exemple, sachant que mon frère porte la moitié de mes gènes, je gagne à lui aider si l’avantage qu’il en tire est au moins deux fois plus grand que mon désavantage. C’est simple – en principe.

En pratique, c’est compliqué. Un peu moins quand on peut se rapporter à la notion de fitness qui mesure le nombre de descendants ; pour gagner, il suffit alors de croître et de multiplier plus vite que les autres. Reste alors à quantifier ce qui favorise croissance et multiplication.

Le présent article étudie le cas d’un milieu volatile ; la survie des descendants dépend fortement de paramètres aléatoires extérieurs. Coup de froid sur la couvée, ou passage de la corneille vorace et d’un coup, c’est une génération de fichue ; l’année suivante, il y aura peut-être une pléthore étonnante. Il existe un théorème mathématique qui dit que, à production égale, c’est la production constante qui est la plus efficace. (Exemple : pour aller de A à B en vélo, différents chemins sont possibles. Je choisis de commencer par une longue descente douce pendant laquelle je vais très vite et de finir par une montée raide, mais courte. Séraphin lui, préfère commencer par une courte montée pour mieux que se rattraper durant la longue descente qui le mène au but.  Aloïs choisit la route horizontale. Qui va gagner. C’est Aloïs, c’est mathématique. Toute forme de sursaut en plus ou en moins est, globalement, défavorable. La suite, c’est l’équation de Hamilton mis à la sauce de la statistique des variations aléatoires du succès reproducteur. La belle équation de Hamilton s’enrichit. Aujourd’hui, c’est toujours comme cela, la statistique des biologistes me dépasse – peut-être pas par les concepts, mais par la forme dans lesquels ils sont exprimés. En tout cas, c’est ce que je me dis pour me consoler.

Il apparait alors que des formes de collaborations inductibles permettent de mitiger l’effet des variations aléatoires. L’avantage peut être considérable ; l’article modélise différentes situations et précise les paramètres principaux. Exemple parlant pour saisir le principe : chez les petits oiseaux nicheurs, la collaboration du couple peut assurer que la nichée est constamment gardée et qu’une nichée riche est mieux amenée à maturité grâce à une plus grande quantité de nourriture apportée au nid.

J’apprends toutefois que mon voisin Laurent Lehmann a publié il y a 3 ans, un article très semblable. Les auteurs du présent article le citent correctement, mais on peut quand même se demander si l’article ne devait pas plutôt entrer dans la catégorie : réplication.

Kennedy, P., Higginson, A. D., Radford, A. N., & Sumner, S. (2018). Altruism in a volatile world. Nature, 555(7696), 359-362. doi:10.1038/nature25965

Lehmann, L., & Rousset, F. (2014). The genetical theory of social behaviour. Phil. trans. R. Soc. B, 369(31.3.).

 

29.03.18. Nature 555, 7698

– 29. ÉTHIQUE, BIG DATA, PRIVACITÉ, VIVRE ENSEMBLE.

Éditorial. Digital trust.

Une citation du directeur de Cambridge Analytica: “All researches have a duty to consider the ethics of their work beyond the strict limits of law… “ (Chaque chercheur se doit de considérer l’éthique au-delà de la stricte limite de la loi).

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