L’activité scientifique de Jacques en septembre et octobre 2018

La livraison est en retard, un peu légère et plutôt aride. J’espère que cela va s’améliorer ces prochains mois.

Je vous recommande tout de même:
– 6.sept. Les progrès vers le libre accès des publications.
– 27 sept. Petite entourloupette au chat de Schrödinger qui est vivant et mort tant qu’on ne le sait pas, mais qui nous met en boite quand un observateur conscient l’accompagne. Rigolo!
– 25 oct. Pour ceux qui veulent se donner de la peine, ne manquez pas le gros article sur comment rendre durable notre agriculture – à votre disposition sur demande.
– Hélas, j’abandonne de rapporter deux beaux articles concernant l’organisation sociale des fourmis. L’un provient de « mon » département, le DEE. Il montre comment le réseau social de la fourmilière s’adapte à la présence d’un pathogène pour minimiser le risque d’épidémie. Joli! L’autre page 574 de ce même cahier (25 octobre) fait mieux comprendre la séparation en castes – soldats ou ouvrières – alors que les individus sont génétiquement identiques. Dommage, il y de la bonne matière à penser dans ces deux articles.

06.09.18. Nature 561, 7721
14. EBOLA, MÉDICAMENT, TEST,
L’évaluation difficile de médicaments contre Ebola.
Plusieurs médicaments ont commencé à être testés lorsque la grande épidémie d’Ebola touchait à sa fin en 2014 en Afrique de l’Ouest. En particulier par mauvaise organisation et concurrence entre les différents candidats, le test n’a pas été conclusif.
Une nouvelle épidémie est apparue dès le 1er aout dans le nord Kiwu en RDC (Congo). L’OMS avec les organismes locaux de santé s’organise pour maitriser rapidement cette épidémie et en même temps tester objectivement les médicaments. Il s’agit de deux antiviraux déjà utilisés précédemment ainsi que ZMapp, une thérapie par anticorps utilisée pour la première fois à la fin de l’épidémie de 2014.
Vu la situation, il est impossible d’inclure un placébo dans le test. On a choisi de seulement comparer en aveugle les 3 substances l’une par rapport à l’autre et de se référer au développement de la maladie pour obtenir une évaluation générale. Comme rapporté le mois passé à propos de l’éradication de la malaria en Asie du Sud est, l’opération de teste est rendue bien plus difficile par la guerre qui dure depuis 20 ans dans la région en impliquant actuellement plus de 100 groupes miliciens d’obédience prétendument religieuse.
Maxmen, A. (2018). Experimental Ebola drugs face tough test in war zone. Nature, 561(7721), 14. doi:10.1038/d41586-018-06132-7
Mise à jour deux mois plus tard suite à un colloque au EMBL où le sujet était traité. Plusieurs autres débuts d’épidémies ont eu lieu. Malgré la situation difficile, la RDC – et ceux qui l’aident – semble maitriser la situation.

17 – 18. POLITIQUE SCIENTIFIQUE, PUBLICATION, LIBRE ACCÈS.
News, H. Else. Le plan S, un projet radical pour libérer les auteurs de la mainmise des journaux scientifiques.
Si je publie dans Nature ou dans la plupart des journaux scientifiques, la règle est que l’éditeur devient propriétaire de mon article. Si, plus tard, je veux publier un paragraphe ou une de mes images dans un autre journal, je dois obtenir la permission de l’éditeur et la payer. C’est vexant ! Surtout, les éditeurs fixent à leur convenance le prix des abonnements et ceux qui n’ont pas les moyens de se payer l’abonnement doivent acheter l’article individuel à prix fort – typiquement une 30-aine de francs. On a même vu qu’un auteur dont l’institution n’est pas abonnée doit payer pour lire son propre article après publication. Autrefois, éditeurs et scientifiques se considéraient comme les acteurs de la même scène : la science. Ce temps est passé, les éditeurs ont passé à autre chose : le grand bizness néolibéral. Ainsi, comme pour les médicaments nouvellement développés, l’accès aux savoirs scientifiques est maintenant essentiellement contrôlé par l’attrait du fric et des parts de marché. Ces 20 dernières années, le prix des abonnements a augmenté en moyenne de 400% et les 3 grands éditeurs Springer (Nature), Wiley et Elsevier font 9 (j’ai lu ailleurs 23) milliards de chiffre d’affaires sur le dos des scientifiques et de leurs institutions. C’est l’horreur néolibérale typique.
Heureusement, la réaction s’organise depuis bien des années et les journaux en libre accès se développent avec succès. Selon ce modèle, le scientifique doit payer lui-même les frais de publication, mais son travail reste pleinement sa propriété. Surtout, l’article est libre d’accès pour tous ; Californien ou Ghanéen, professeur ou demandeur d’asile. Quiconque a accès au web à accès à tous les articles. Actuellement seulement 15% des journaux scientifiques fonctionnent selon ce modèle. Des modèles de compromis sont aussi pratiqués. Par exemple, un journal standard peut décider que tous les articles seront libérés après un certain temps. Ou bien, en libre accès l’article peut être bloqué pour quelque temps afin de donner à l’auteur une longueur d’avance pour exploiter sa découverte. Mille variantes sont possibles. Le libre accès a aussi des problèmes. Par exemple, le journal qui vit de ce que lui paient les auteurs peut être tenté de publier n’importe quoi. Il n’empêche que le libre accès est l’avenir nécessaire et évident. La fondation Bill et Melinda Gates est stricte. Toutes les recherches qu’elle subventionne doivent être complètement libres d’accès dès la publication. Beaucoup d’États et institutions de recherche publiques de par le monde prennent des mesures pour pousser à l’accès libre, mais, dans notre système financier, les puissantes maisons d’édition sont… bhin justement, elles sont puissantes et Nature continue d’attirer les découvertes importantes et d’augmenter son prix sans relation avec le cout réel.
La Suisse a décidé que les publications scientifiques financées par l’argent public devraient bientôt être en accès libre. Le 26 octobre, un colloque à Lausanne faisait le point. Notre secrétaire d’État à la formation, Mauro Dell’Ambrogio nous a expliqué que chez nous, on va doucement. Il y a trois ans, il a donc demandé au FN et aux Universités à voir ce qui pouvait être fait pour conduire la recherche publique suisse vers le libre accès. Tout le monde s’est mis au travail et il a été décidé de viser 2024. Ce que j’ai surtout retiré du colloque, c’est que ce sera difficile parce que les grands éditeurs sont solides et que les scientifiques et leurs institutions ne changent pas facilement. Nous avons nos habitudes.
Gilles qui en connait un bout voit les choses différemment. Il suffit d’avoir le courage de décider. Les firmes râleront bien sûr ; quelques scientifiques imbus pleureront de ne plus pouvoir publier dans Nature pour booster leur carrière, mais, 3 ans plus tard, faute d’articles soumis, le beau facteur d’impact du journal se sera écrasé et aucun scientifique ne s’agitera de sa décrépitude. Si la Suisse prend si longtemps pour passer au libre accès, elle ne le doit qu’au manque de courage de ses gouvernants.
Mais voilà, coup de tonnerre. Le 4 septembre, sous l’impulsion de Science Europe (eh oui !) onze grandes agences de recherche européennes pesant ensemble 7,8 milliards € ont décidé que toutes les publications scientifiques qu’elles soutiennent seront en libre accès dès 2020 ! Cela s’appelle le Plan S. La Finlande est déjà venue les rejoindre. La Suisse… bhin, ‘faut voir !
Je trouve cette décision magnifique.
Le monde est dans une situation où il va falloir prendre très vite des décisions dramatiques pour sauver notre civilisation. Il faut décarboner le monde en 20 ans es et durabiliser l’économie tout aussi vite. Cela ne se fera pas par négociation avec les exploiteurs d’hydrocarbures, les producteurs d’huile de palme ou les héros de la croissance. Toute proportion gardée, la bousculade du plan S, droit au but et sans tergiversation montre le chemin.
Else, H. (2018). Radical open-access plan could spell end to journal subscriptions. Nature, 561(7721), 17-18. doi:10.1038/d41586-018-06178-7

20 – 23. VIOLENCE, ARMES À FEU, GANG, USA.
News, R. Mcculom. Violence sur base d’internet dans les villes américaines. Beaucoup de villes américaines doivent faire face à la violence de jeunes en bandes sur support d’internet. Ainsi, à Chicago, 3500 personnes ont été impliquées dans des violences avec armes à feu, dont 246 enfants de moins de 16 ans. Beaucoup se passe sur internet et l’article vante comment les très abondantes données peuvent être analysées par IA. « Notre recherche vise à montrer qu’il y a des chemins vers la violence ».
Je vois plutôt que, quand les règles établies de la société s’effondrent, c’est le Wild West qui s’impose avec tous les moyens à disposition. L’internet est alors un moyen de choix pour cultiver la sauvagerie des relations. Rien d’étonnant que l’IA puisse le constater. Ce sera plus difficile de le contrôle, en tout cas tant que Trump en sera le promoteur engagé. Eh oui, les dégâts qu’il fait sont peut-être plus profonds qu’on ne l’imagine.
McCullom, R. (2018). A murdered teen, two million tweets and an experiment to fight gun violence. Nature, 561(7721), 20-22. doi:10.1038/d41586-018-06169-8

40, 109 – 112. ENVIRONNEMENT, ÉCOTOXICOLOGIE, BOURDON. PESTICIDE, SULFOXIMINE, NEONICOTINOÏDES
L’exposition au Sulfoxaflor réduit le succès reproductif des bourdons. Siviter et al. Londres.
Le néonicotinoïde sont des insecticides largement utilisés dans l’agriculture, mais dont l’effet néfaste sur les insectes pollinisateurs est dénoncé depuis longtemps, Petit à petit, le combat épique contre ces produits marque des points. Malgré toute la résistance de l’industrie chimique, l’Europe est en passe d’interdire ces produits. Ne pas crier victoire trop vite. Pour les remplacer, l’industrie chimique table sur une autre classe d’insecticide, les sulfoximines. Le sulfoxaflor est étudié ici dans des conditions réalistes pour l’exposition dans l’agriculture.
Comme le vante l’industrie, le produit n’est pas létal aux doses rencontrées dans la bonne pratique agricole, mais la croissance des colonies est ralentie déjà après deux semaines d’exposition. En moyenne, elles produisent la moitié moins de descendants. Ce sont surtout les mâles qui sont touchés.
Depuis que les études montrent la dangerosité des néocorticoïdes pour les insectes pollinisateurs, il a fallu 5 ans pour commencer à les interdire sérieusement. Les auteurs du présent article proposent de ne pas recommencer le cirque à chaque nouveau produit, mais qu’on en étudie sérieusement la toxicité avant de le mettre en service à grande échelle.
Siviter, H., Brown, M. J. F., & Leadbeater, E. (2018). Sulfoxaflor exposure reduces bumblebee reproductive success. Nature, 561(7721), 109-112. doi:10.1038/s41586-018-0430-6

13.09.18. Nature 561, 7722
155. This week. CRISPR-Cas9, BREVET.
Le 10 septembre, la cour d’appel US pour les brevets a finalement attribué le principal brevet pour CRISPR-Cas9 au Broad Institue à Cambridge (Ma) (Zhang) plutôt qu’à l’Université de Berkeley (Ca)
On en a parlé plusieurs fois, une des dernières le 22.09.2016. Pour moi, Mme J. Doudna (Berkeley) et E. Charpentier sont les auteurs de l’invention. Elles l’appliquaient à des bactéries. Zhang (Broad Inst.) étendant l’invention aux cellules eucaryotes a été plus rapide pour demander le brevet. Finalement la question semble avoir été celle-ci: l’application de la découverte des deux dames aux cellules eucaryotes est-elle une telle découverte qu’elle met dans l’ombre la découverte originale ? Si je comprends correctement, l’argutie des breveteux l’emporte sur le bon sens scientifique. Du coup, le prix Nobel que, selon moi, les deux dames auraient du recevoir cette année est renvoyé à on en sait quand et avec on ne sait qui. J’attends une bonne analyse du cas.

163 – 166. In focus. ÉNERGIE, WEB, CENTRE DE DONNÉES.
Fabriques d’information, Centres de données. Le point sur ces dévoreurs d’énergie.
Les 5 plus grandes sociétés du monde telles que jugées par leur capitalisation sont : Apple, Amazon, Alphabet, Microsoft et Facebook. Leurs données sont de plus en plus concentrées dans quelques centaines d’immenses centres de données, grands dévoreurs d’énergie. L’article fait le point. Quelques chiffres.
20’000 TWh/an : (1T = 1012). Consommation d’électricité dans le monde, ce qui correspond à une puissance de 2TW.
2’000 ICT, information et communication technology ; (8’000 en 2030)
200 Les Centres de données actuels
20 Bitcoin
Mesuré en unité de GES, ICT vaut 2% de la production mondiale, comparable au transport aérien.
Une complication de plus sur le chemin de la société durable.
Jones, N. (2018). How to stop data centres from gobbling up the world’s electricity. Nature, 561(7722), 163-166. doi:10.1038/d41586-018-06610-y

20.09.18. Nature 561, 7723
289 Hilights. POPULATION, GÉNÉTIQUE, MIGRATION.
La Toscane est certainement une région ou l’histoire fut agitée et soumise à tous les mouvements imaginables. Surprise donc de voir que, l’ADN mitochondrial des femmes toscanes d’aujourd’hui est ce qui ressemble le plus à celui de Toscanes d’il y a 5000 ans. Conclusion : malgré toutes les agitations, les femmes sont finalement plutôt restées sur place. On peut donc croire que, quelquefois, les migrations sont surtout une affaire d’hommes.
http://doi.org/cttg(2018)

303- 305. Commentaire. DÉCARBONATION, CLIMAT, ÉMISSION
Peser l’éthique des plans pour la décarbonation (la décarbonation consisterait à nettoyer l’atmosphère des GES que nous y mettons).
Encore une charge sévère contre les idées de décarbonation pour compenser notre trop-plein de consommation d’énergie fossile. L’argument est fait selon trois lignes avec chiffres et exemples.
– Les politiciens cultivent de faux espoirs. Soulevé sans vrai support à la COP21, il est facile de s’y accrocher quand on ne veut pas faire vraiment face au problème.
– Il est dangereux de choisir un canot de sauvetage que l’on n’a pas essayé.
– Et même si le principe de certaines méthodes de décarbonation est correct, le changement d’échelle entre – c’est un cas typique – trois petites unités expérimentales et le réseau de 16’000 centrales qui devrait être construit sera, pour le moins, difficile.
Non, la solution est ailleurs, arrêter les avions, manger beaucoup moins de viande, changer le style de vie.
Lenzi, D. (2018). Weigh the ethics of plans to mop up carbon dioxide. Nature, 561(7723), 303-5.

215-6, 401-405 CHANGEMENT DE PHASE, TRANSITION, LIQUIDE/SOLIDE, BIOLOGIE DE DÉVELOPPEMENT.
Research. Une transition liquide-solide pour contrôler l’allongement de l’axe vertébral embryonnaire. Mongera et al. (Californie, maintenant EMBL)
Comment se construit la forme d’un organisme ? Réponse usuelle : les cellules se multiplient pour occuper l’espace selon des directions de croissance ou disparaissent pour libérer des volumes.
La présente étude montre un tout autre principe. Normalement, dans un tissu, les cellules sont clairement positionnées l’une par rapport à l’autre par des liaisons extracellulaires. L’élasticité permet une certaine déformation. Pour un changement plus considérable, il faut rompre les liaisons. C’est le principe du solide qui peut être élastique, mais dont il faut couteusement casser les liaisons pour le déformer.
Dans un liquide, les éléments glissent sans effort l’un sur l’autre. Comme tous les honnêtes changements de phase, la transition solide/liquide est brusque. Il n’y a pas besoin de beaucoup de liaisons pour passer de l’un à l’autre.
Ici, les éléments sont des cellules tout entières plutôt que des atomes ou des molécules comme dans une transition de phase du type eau/glace. L’article montre que l’axe vertébral de l’embryon se prépare en une masse de cellules liées selon le modèle « solide ». Une transition qui implique peu de changements « liquéfie » une partie de ces cellules qui peuvent alors glisser pour constituer l’axe vertébral en un temps remarquablement court. Au fur à mesure de l’établissement de l’axe, les cellules « gèlent » de nouveau en phase solide stabilisée.
Il se pourrait que ce mode de morphogénèse (genèse de la forme) soit de nature générale dans le développement des organismes et que ce soit par flux liquides sans grands efforts, au bon moment, au bon endroit que mon nez se soit placé au milieu de ma figure.
Mongera, A., Rowghanian, P., Gustafson, H. J., Shelton, E., Kealhofer, D. A., Carn, E. K., . . . Campas, O. (2018). A fluid-to-solid jamming transition underlies vertebrate body axis elongation. Nature, 561(7723), 401-405. doi:10.1038/s41586-018-0479-2

27.09.18. Nature 561, 7724
– 446 – 7. PHYSIQUE QUANTIQUE, CHAT DE SCHRÖDIGER.
News. Castelvecchi. Le puzzle quantique déconcerte les physiciens.
Tout le monde connait le chat de Schrödinger, vivant et mort tant qu’on n’a pas ouvert la boite. C’est bizarre, mais enfin, on s’habitue. Seulement voilà, Daniela Frauchiger et Renato Renner de l’EPFZ modifient un rien l’expérience. Ils remplacent le chat par Alice, une physicienne maline qui joue à pile ou face dans la boite. Alice ayant pris conscience du résultat du jeu, que va-t-il se passer quand elle sortira de la boite ? Les deux auteurs compliquent le jeu en faisant intervenir Alice et Bob chacun dans leur boite. Ils constatent que, dans certaines conditions, l’expérience conduit à des contradictions internes.
Le présent texte n’est qu’une courte analyse pour le lecteur de Nature. Le fond de l’argument n’est pas développé. Il faudrait aller à l’original et étudier sérieusement Nature commune. 9, 3711, 2018, mais on lit dans le commentaire que ce développement débouche sur « un nouveau niveau d’étrangeté ». Voilà qui est prometteur. La conscience échappe-t-elle à l’incertitude quantique ? Rigolo !

-485 – 491. PROTÉINE SYNTHÉTIQUE.
Fabrication de novo d’une protéine. Ces dernières semaines, on a vu plusieurs articles à -propos de protéines membranaires modifiées pour en changer la fonction. Par exemple un pore à cation (+) est transformé en pore à anion (-). Ici est conçue de novo une protéine basée sur une structure en tonneau  artificiel liant spécifiquement une molécule, un dérivé du chromophore de la GFP. Ainsi le chimiste peut construire la fonction désirée sans même s’appuyer sur un système préexistant … en principe.
Dou, J., Vorobieva, A. A., Sheffler, W., Doyle, L. A., Park, H., Bick, M. J., . . . Baker, D. (2018). De novo design of a fluorescence-activating beta-barrel. Nature, 561(7724), 485-491. doi:10.1038/s41586-018-0509-0

18.10.18. Nature 562, 7727
– 307. MÉDECINE, ANTIBIOTIQUE, RÉSISTANCE.
Éditorial. La montée des résistances aux antibiotiques.
Au début des années 70, le Médecin royal des Anglais, ami d’Édouard mon patron, dénonçait la pratique criminelle de l’abus des antibiotiques promettant pour dans pas très longtemps le développement généralisé des résistances et, ainsi, le sacrifice de la plus puissante arme de la médecine. Depuis lors, cette situation s’est développée comme prévu et apparemment, après la longue latence caractéristique du début des croissances exponentielles, nous arrivons dans la phase où les effets deviennent un danger significatif pour tous et une préoccupation quotidienne pour les médecins de premier recours. Bien sûr, il faudrait maintenant une réponse globale à la source. L’OMS pourrait la conduire si on lui donnait les moyens décisionnels et politiques. Ce qui est proposé ici est peut-être une bonne idée, mais j’y vois aussi l’illustration que la réponse globale n’est toujours pas réalisable. Comme pour le climat et la durabilité la question fondamentale reste ouverte : quand agira-t-on à la mesure du péril.
Lors d’une infection, la réponse classique de la médecine consiste à prescrire un antibiotique à large spectre. La méthode marche généralement ; elle permet une intervention rapide, ce qui est évidemment important, mais qui est aussi la méthode qui favorise à long terme le développement des résistances. La médecine un peu plus sérieuse cherche à être plus spécifique. Pour cela il faut identifier le pathogène et déterminer l’antibiotique spécifique. Dans la pratique cela demande le plus souvent deux à trois jours.
La méthode préconisée ici prend avantage des nouvelles possibilités des miniséquenceurs d’ADN. Ils sont gros comme le iPhone qui leur sert d’ordinateur. En principe, et prochainement en pratique, ils déterminent exactement le pathogène par l’analyse de son génome. L’analyse peut être faite alors que le patient reste en salle d’attente. Comme souvent la technique est bonne, c’est sa mise en œuvre qui ne l’est pas.
Progress on antibiotic resistance. (2018). Nature, 562(7727), 307. doi:10.1038/d41586-018-07031-7

-315 – 6, POLICE, DNA, FORENSIQUE.
News in focus. E. Callaway. L’analyse de l’ADN inquiète pour ce qui est de la protection de la sphère privée.
Nous en avons parlé à plusieurs reprises, mais la situation se précise : quelques récentes enquêtes de police criminelles le prouvent ; dans peu de temps, n’importe quel individu pourra être identifié par son ADN. Toutes les belles idées d’anonymisation de la paternité des enfants nés par fivete (en France), des participants à des recherches médicales, où la tranquillité des criminels qui se croient non fichés est révolue.
Callaway, E. (2018). Supercharged crime-scene DNA analysis sparks privacy concerns. Nature, 562(7727), 315-316. doi:10.1038/d41586-018-06997-8

25.10.18. Nature 562, 7728
– 486 SCIENCE ET SOCIÉTÉ, BREVETS, ÉDITION DU GÉNOME
Comment, S. Parthasarathy. Utiliser le système des brevets pour régler l’édition des gènes.
Le système des brevets est destiné à contrôler l’usage des inventions et des techniques qui en découlent ; il existe, il fonctionne. Il pourrait être utilisé pour assurer le bon usage des techniques de manipulation génétique. L’Académie des sciences US, le fameux Nuffield Council on Bioethics des Anglais, et bien d’autres voix officielles ont affirmé les méthodes de modifications du génome ne sont acceptables que sous le contrôle de mesures de gouvernances appropriées. Les organes de financement de la recherche de l’UE, ceux des USA et ceux de bien d’autres pays ne subventionnent pas les recherches visant à modifier l’ADN des cellules germinales du génome humain. L’UE impose qu’un brevet visant la modification du génome d’un animal ne soit acceptable que si le bénéfice pour les humains dépasse les souffrances causées à l’animal. La fameuse lutte entre le MIT et Harvard pour le contrôle des brevets sur CRISPR/Cas9 a aussi son gros volet à propos de l’usage éthique de ces technologies. Bref, la question est considérée de tous les côtés, mais la diversité des réponses partielles montre que la situation actuelle ne règle pas grand-chose. La règlementation des brevets a aussi été utilisée dans le passé pour imposer des restrictions beaucoup plus rigoureuses. Ce fut le cas par exemple en 1954 avec l’Atomic Energy Act US qui définit tout un domaine de technologie pour en interdire l’usage d’une manière très stricte, comme on le sait.
Le présent article recommande donc que l’UE et les USA incorporent l’éthique dans la régulation générale des brevets. Ce serait le moyen le plus réaliste et celui qui pourrait être mis en œuvre le plus rapidement pour apporter une solution au problème tentaculaire du contrôle des technologies génétiques.
L’auteur a peut-être un bon argument quoique je craigne la convergence historique des intérêts du commerce néolibéral avec le système des brevets.
Parthasarathy, S. (2018). Use the patent system to regulate gene editing. Nature, 562(7728), 486-488. doi:10.1038/d41586-018-07108-3

-501 – 2, 519 – 525. AGRICULTURE, ENVIRONNEMENT, CLIMAT.
Article (Springmann et al.) et commentaire (G. Fischer). Quelles options pour conserver la production de nourriture dans les limites de l’environnement.
La production de nourriture est un déterminant essentiel des facteurs écologiques globaux : (1) climat (2) usage des sols (3) ressource en eau, pollution des sols et des eaux par (4) azote et (5) phosphore. Sur la base d’une vaste étude pays par pays, l’article estime que d’ici 2050 la charge environnementale induite par l’agriculture augmentera de 50 à 90% si des mesures préventives ne sont pas prises. Cette augmentation mettra en péril la sureté globale de production de nourriture. Aucune mesure ne suffira en elle-même à assurer le futur de l’agriculture. Parmi celles qu’il faut considérer les auteurs mettent en évidence : (a) changement des habitudes alimentaires vers moins de viande (b) amélioration technique et meilleure gestion (c) réduction des pertes. L’article s’appuie sur de nombreuses données numériques.
Fischer, G. (2018). Transforming the global food system. Nature, 562(7728), 501-502. doi:10.1038/d41586-018-07094-6
Springmann, M., Clark, M., Mason-D’Croz, D., Wiebe, K., Bodirsky, B. L., Lassaletta, L., . . . Willett, W. (2018). Options for keeping the food system within environmental limits. Nature, 562(7728), 519-525. doi:10.1038/s41586-018-0594-0

1 réflexion sur « L’activité scientifique de Jacques en septembre et octobre 2018 »

  1. Mario Tosi apporte les commentaires suivants.

    Merci pour l’information sur l’accessibilité des revues scientifiques. Je n’étais pas au courant.

    Voici quelques commentaires sur les brevets et CRISPcas, mais sans prétendre être un expert !

    J’avais eu la même réaction en lisant la proposition de confier aux brevets le contrôle des applications qui présentent un risque: intéressant, mais comment faire confiance aux agences des brevets ?

    En revanche, pour les modifications transmissibles du génome humain, si jamais il y aura attribution d’un prix Nobel pour CRISPR-Cas, ce serait une excellente occasion pour clarifier le débat de bioéthique. Plus qu’une question de personnes (les deux dames seules ou aussi quelqu’un à Boston) il s’agit de libérer le débat scientifique de celui des brevets, avec le mérite de libérer en même temps le débat éthique.Voici une partie du rapport National Acad of Sciences 2017. Il me semble avoir pris trop rapidement une attitude permissive, par rapport au panel prudent 2015 de la même NAS.
    “The report from an international committee convened by the U.S. National Academy of Sciences (NAS) and the National Academy of Medicine in Washington, D.C., concludes that such a clinical trial “might be permitted, but only following much more research” on risks and benefits, and “only for compelling reasons and under strict oversight.” (cité dans Jocelyn Kaiser, Feb. 14, 2017 , 11:00 AM SCIENCE)
    Car : 1) nous sommes très loin de la connaissance complète des risques, 2) je ne vois pas de « compelling reason », car la FIV plus tri d’embryons répond déjà aux situations particulières (et le diagnostic préimplantatoire est déjà réglementée dans plusieurs pays) et 3) le « strict oversight » semble encore plus difficile que celui déjà partiellement réalisé sur le diagnostic préimplantatoire.

    Je crains que cette conclusion américaine NAS 2017 soit surtout un aveu d’impuissance face aux pressions à développer dans une certaine direction les applications (brevetées !). Jacques Testard avait dit que malheureusement tout ce qui est faisable sera fait un jour. « Faisable » est remplacé aujourd’hui par « sans risque », mais le critère de risque reste flou, donc jetable, si l’envie est plus forte.
    Comme déjà écrit, je ne suis pas un expert dans ce domaine. Il s’agit seulement de commentaires utiles pour un enseignement de bioethique.

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