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Science actualité, mars 2015

01.03.05. Scientific American.

– 15. INNÉ et ACQUIS. Deux frères jumeaux américains, actuellement de 51 ans, sont astronautes. Mark Kelly a déjà donné! Il a fait plusieurs missions à la Station spatiale. Scott est un bleu, il va y monter un de ces prochains jours (c’est fait) dans le cadre d’une étude sur l’effet à long terme d’un séjour dans l’espace. Mark fait aussi partie de la mission, mais il restera au sol, il sera la référence exempte du bruit de fond de la variable génétique.

– 50 – 57. ÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE. S. Donner. Fantasy island. Les 33 iles de Kiribati (100’000 habitants) sont des atolls perdus au milieu de Pacifique. Aucune ne dépasse 4m. Elles sont l’objet d’un grand mouvement de compassion, d’un substantiel flux d’argent et d’une avalanche de conseils pour les aider face à la montée des océans que le monde écolobienveillant, mais mal informé imagine déjà catastrophique. Ce n’est pas le cas, les autochtones, polis, en rient. Stupidement cet article ne donne pas l’estimation de la montée des océans, mais il constate qu’elle est encore négligeable en pratique et que la surface de ces iles croît un peu grâce à la bonne gestion des habitants et l’activité des coraux. Je n’ai pas de bons chiffres, mais, à ma connaissance, la montée des océans que l’on peut attribuer à l’échauffement climatique est probablement de l’ordre de 10cm. Depuis 1960 la moyenne annuelle est d’environ 1.6mm. Durant la dernière décennie, elle atteint environ 3mm/an.

Légende urbaine: les océans montent, les côtes sont rongées, déjà un flux de réfugiés climatiques fuit la montée des eaux dans les iles du pacifique. Ça viendra sans doute, mais, pour le moment, c’est faux.

 

5.3.15. Nature 519

-11. INDE, POLITIQUE SCIENTIFIQUE. Arjun. Le nouveau budget pour la science est connu. Il sera légèrement en dessous de l’inflation et la recherche sur les énergies renouvelables est coupée de 68%

– 13 – 14; 24 – 26. EBOLA. Les dégâts collatéraux de l’épidémie. S. Reardon (mental-health). E.C. Hayden (mères et enfants). L’épidémie a touché 24’000 personnes, 9’700 sont mortes. Les femmes enceintes forment le groupe le plus touché. La personne infectée et son enfant survivent rarement à l’accouchement qui est aussi particulièrement dangereux pour les accompagnants. Un tiers du personnel médical mort d’ebola était engagé en gynécologie. Ce fait connu dans la population a pour conséquences que ces femmes sont triplement bannies. Elles sont rejetées des familles, de l’assistance locale (transports), des centres médicaux locaux. Même dans les hôpitaux équipés – mais surchargés – elles doivent attendre le diagnostic fait dans des centres spécialisés avant d’être pris en charge. Ainsi, les femmes enceintes sont privées de support médical et humanitaire. Il est estimé que 120’000 femmes en sont mortes dans les pays de l’épidémie.

– Une petite bonne nouvelle toutefois: l’OMS vient d’approuver un test US simple qui permet de déterminer si une personne est infectée en 15′. Il ne nécessite aucune infrastructure. Jusqu’ici il fallait envoyer un échantillon de sang à un laboratoire spécialisé qui recherchait l’ADN du virus par PCR. Typiquement, il fallait un jour pour cela. La mise à disposition du nouveau test est une étape décisive pour la lutte contre l’épidémie. C’est le virologiste Robert Garry de l’Université de New Orléans qui l’a mis au point avec la firme Corgenix au Colorado. Il s’agit peut-être de la première contribution sérieuse de l’industrie pharmaceutique.

– L’article de Reardon décrit quelques problèmes de santé mentale liés à l’épidémie. Les relations interpersonnelles sont bouleversées dans les communautés. On parle de congélation des contacts sociaux. Il faut aussi imaginer la relation soignant-patient alors que le premier tente de traiter le plus de patients possible pendant le temps limité pendant lequel il peut supporter le scaphandre anti-infection. Une population entière va devoir sortir de son traumatisme, mais l’infrastructure pour l’y aider est inexistante. Avant l’épidémie, il y avait un (1) psychiatre au Libéria et aucun en Sierra Léone. Le drame Ebola n’est pas terminé.

– 106 – 109. BIOPHYSIQUE. Laurée. Dans une protéine, la chaine d’acides aminés est repliée en une forme spécifique dont résulte la fonction de la molécule. Dans certaines protéines, des portions de la chaine restent désordonnées. Ils peuvent, par exemple, jouer le rôle de tentacule pour accrocher ou repousser des voisins de passage. C’est le cas de l’histone H1 ou de protéines des pores nucléaires. Certaines protéines sont intrinsèquement désordonnées et on se demande bien ce qu’elles peuvent faire. Le présent article étudie une protéine désordonnée (4E-BP2) impliquée dans le contrôle de la traduction (l’opération de synthèse des protéines) dans des neurones. La découverte rapportée ici montre que cette protéine devient ordonnée par adition de groupes phosphates en certains emplacements de la chaine désordonnée. Ainsi, une protéine non fonctionnelle, parce qu’informe devient active en prenant sa forme grâce à la phosphorylation. Le fonctionnement d’une cellule est contrôlé par des mécanismes dont la richesse ne cesse de nous étonner. Voici donc un mécanisme et une surprise de plus.

 

06.03.15. Science 347, 6226

– 1064 – 5. SANTÉ, POLITIQUE. Arjun, Lucy. S. Baker. Revient-on au temps d’avant les antibiotiques? Vers 1970, Édouard (mon patron) avait un copain – Anderson si je ne m’abuse – qui était le consultant du gouvernement Anglais pour les problèmes de santé publique. Son cheval de bataille était le développement des résistances aux antibiotiques. Il dénonçait l’utilisation irresponsable de ces médicaments et prédisait le prix qu’il faudra payer. Il s’échauffait vite! Aujourd’hui, la situation est bien avancée. Les souches résistances se développent partout. Les mécanismes qui conduisent à la résistance sont impressionnants. Par exemple, SXT est un groupe de gènes liées qui transmet d’un seul coup au Vibrio cholerae la résistance aux – tenez-vous bien -, sulfamethoxazole, trimethoprimsulfate, chloramphenicole, streptomycine et beta-lactame. Apparu en 73 au Bangladesh, ce facteur se retrouve maintenant partout dans le monde, mais bien d’avantages dans les pays pauvres. Heureusement, on commence à s’agiter, même au plus haut niveau politique. La recherche de nouveaux microbicides, qui avait été largement abandonnée depuis des décennies, parce que trop couteuse, est maintenant réactivée par quelques fortes initiatives politiques. Déjà il y a des succès (Nature 23.1.15; http://www.dubochet.ch/jacques/?p=501#more-501). Toutefois le présent article montre que de nouveaux médicaments n’apporteront qu’une solution locale et momentanée. Ce qu’il faut, c’est changer radicalement les conditions d’utilisations. Comme l’illustre dramatiquement l’épidémie Ebola, la solution n’est pas primairement dans les labos; elle est sur le terrain. Il faudra des moyens, en particulier dans les pays en voie de développement où, faute de diagnostic précis et de suivi sérieux, on donne n’importe quoi, n’importe quand. Ce n’est pas tellement mieux dans les pays développés, en particulier avec l’insupportable pratique d’ajouter des antibiotiques à la nourriture animale. Pour le moment et pour le futur prévisible, ce sont les pauvres qui paient le prix fort.

No. spécial. 100 ans RELATIVIÉ GÉNÉRALE. Malheureusement, la relativité générale, je ne la comprends pas. Les maths sont trop difficiles. J’en retiens ici deux choses:

            – La physique moderne repose sur deux bases: (i) la relativité générale et (ii) la physique quantique. Les bases de la seconde ont été élaborées par un bon nombre de personnes durant un bon nombre d’années et elle ne cesse d’être approfondie depuis. La relativité générale elle, sort du cerveau d’une seule personne en travail intense et solitaire durant deux ans, publié le 2 décembre 2015 en 4 pages auxquelles rien n’a été ajouté ni retranché depuis, si ce n’est les innombrables observations confirmant sa rigoureuse exactitude.

– Arjun. Dans les années 30, l’Indien Subrahmanyan Chandrasekhar (Chandra) combinant physique quantique et relativité générale conclut que les étoiles les plus massives deviendraient instables en fin de vie et s’effondreraient sans limite. Eddington, ponte fameux qui avait participé à la première démonstration expérimentale de la théorie de la relativité générale en 1919, le ridiculisa, estimant qu’il s’agissait d’une « bouffonnerie stellaire ». La querelle dura quelques années, Chandra quitta l’Angleterre pour les USA et changea de domaine, mais son idée reçu plus tard le nom de trou noir et lui, le prix Nobel de 1983.

12.3.15. Nature 519

– 166, 193 – 202. BIOLOGIE MOLÉCULAIRE, BIOTECHNOLOGIE. Clément. Nunez et al, Heler et al., CRISP. La découverte d’importance fondamentale de l’immunologie bactérienne date de 2007. Elle fonctionne ainsi. Lorsqu’un virus attaque une bactérie, des fragments de son ADN sont intégrés entre des séquences spécifiques du génome bactérien. On y retrouve alors ce pattern caractéristique formé d’une succession de séquences répétitives délimitant des séquences virales diverses accumulées au cours des générations. C’est la mémoire immunologique de la bactérie. Associé à cette mémoire existe un processus qui détruit le DNA d’un attaquant, reconnu comme homologue à une séquence mémorisée. C’est remarquable! L’exploration de ce mécanisme complexe va bon train. Les deux articles cités sont des contributions remarquables.

Pour nous, toutefois, le plus important avec le système CRISP, c’est qu’il ouvre la voie à l’ingénierie précise et efficace du DNA. Pour en faire quoi? Le bruit circule que, d’une part, des travaux sont en cours sur des embryons humains, et de l’autre, que des prises de position fortes sont sous presse. On va en reparler.

– 148 – 50. CONFLIT. Lucy. D. Jones. Wars without end. Une approche systémique de la complexité permettrait, prétendent certains, de mieux aborder ces conflits qui n’en finissent pas (Inde-Pakistan, Israel-Palestine, Chypre, RDC, etc.) On comprend ainsi que, sur la fonction de paysage du conflit, une situation qui semble bloquée dans un trou de potentiel sans issu visible peut se résoudre si l’on enrichit la fonction, typiquement, en augmentant le nombre de dimensions considérées ou par une meilleure analyse empirique de leurs relations. C’est tout à fait le genre de raisonnement que je développe dans mon chapitre « faire juste ». L’idée est certainement correcte, mais sur quoi débouche-t-elle? (i) Sur le bon conseil qu’il faut voir large et bien évaluer les différents aspects du conflit ou (ii) qu’une simulation informatique de mille robots virtuels conduira à des solutions réalistes que nul n’avait imaginés. Bof, j’ai peu d’espoirs avec la deuxième approche. Je crains plutôt qu’elle détourne de la simple nécessité de bien penser.

13.3.15. Science 347, 6227.

– ENVIRONNEMENT, ÉCONOMIE. Lucy, Gilles, Peter. S. Naem et al. (40 scientifiques d’institutions diverses, principalement US). La bonne science pour payer le service à l’écosystème. La politique classique de protection de l’environnement veut que le pollueur paie. Aujourd’hui, on tend vers le système proactif du PES: payer pour le service de l’écosystème. La méthode s’étend dans l’agriculture suisse. Typiquement on en voit la marque dans les bandes de terrain non cultivé le long des chemins ou les vaches sorties de l’étable en hiver. Elle l’est plus encore au niveau mondial. Le protocole de Kyoto en est le fameux exemple. Les buts révisés du millénaire de l’ONU pourraient en faire grand cas après 2015. Trois domaines sont particulièrement concernés: l’eau, le carbone et la biodiversité. Le problème est que la mise en oeuvre des PES de manière politiquement robuste et scientifiquement solide est difficile. Ainsi, on constate par exemple que le protocole de Kyoto ne fonctionne pas, comme le prouve la valeur dérisoire de la tonne de CO2, et les paysans suisses nous disent assez les âneries que leur font faire les « spécialistes » de l’administration. Le présent article analyse tous les PES identifiables de par le monde et constate que la majorité  d’entre eux ne sont pas scientifiquement fondés. Fort de cette analyse les auteurs définissent les critères qui doivent être respectés pour rendre les projets scientifiquement acceptables. Ils incluent: un but clairement défini, une situation de départ connue, une action scientifiquement motivée, une procédure d’évaluation, etc. Le principe des PES pourrait être une forte méthode politicoscientifique pour le développement durable. Encore faut-il savoir l’utiliser. C’est comme pour la marche du monde, de l’Europe et même de la Suisse, qui semble trop compliqué pour être conduite (Gilles). Les efforts pour mieux conduire sont bienvenus.

– 1240 – 42. EBOLA, SANTÉ. Akosh. Takahashi et al. Danger de rougeole postebola. Le système sanitaire des pays touchés par l’épidémie Ebola s’est effondré. Nous avons parlé des dégâts collatéraux affectant les mères et les nouveau-nés (Nature, 5.3.15). Ici est discuté le risque lié à l’interruption de la vaccination de la rougeole. Il faut savoir que la rougeole est extrêmement contagieuse; on compte que chaque malade transmet la maladie à 15 autres personnes; pour Ebola, le chiffre est inférieur à 2, même au pire moment de la crise. Selon les données épidémiologiques présentées, une interruption de la vaccination pendant 18 mois causera de l’ordre de 200’000 cas supplémentaires avec autant de morts qu’en a causées l’épidémie d’Ebola. Pour l’éviter, une seule solution: une campagne intensive de vaccination dans les régions en danger. NB. Cet article comme beaucoup d’autres est certainement lié au changement de vitesse dans la recherche sur la façon dont se développe une épidémie. Pour Ebola même, les résultats n’ont pas été impressionnants. A-t-on ainsi fait des progrès? Nous aurons sans doute l’occasion de le savoir bientôt.

– 1243 – 6. PSYCHOLOGIE, POLITIQUE. Lucy. Wojcik et al. Les gens de droite se prétendent plus heureux, ceux de gauche le sont. La psychologie prétend devenir quantitative par le BigData et la statistique. Est-ce que ça marche? Pas de réponse avec le présent article, mais beaucoup de questions. Il est bien établi (r=0.12) que les gens de droite se disent plus heureux que les gens de gauche. Sans doute sur une base husserlienne, l’autoévaluation du bonheur est considérée comme l’approche la plus solide (il s’agit d’évaluer des phrases du genre « en gros, ma vie est presque idéale »; voir YourMoral.org pour s’y essayer). Ces résultats sont validés, normalisés, quantifiés selon différents paramètres. Le présent article met en question la valeur de l’autoévaluation du bonheur. Il se demande s’il n’existe pas un biais systématique dû à un phénomène d’amplification par autoconviction. Pour être plus objectifs, les auteurs utilisent (i) les mots prononcés (emotion scale in psychological litterature PANAS-X pour analyser les « emoticons » joyeux ou tristes) et (ii) la physionomie analysée par ordinateur. Il s’agit là d’évaluer si le sourire est du type Duchenne (coin de la bouche relevé et activité périocculaire = le bon sourire) ou non-Duchenne dans lequel manque l’activité périocculaire ce qui en fait un faux sourire.  Munis de ces deux ensembles de paramètres, les auteurs analysent les paroles et des images des politiciens du Congrès US ainsi que 47’000 Twitts de personnes identifiées comme conservatrices ou libérales. C’est ainsi qu’ils arrivent à la conclusion susmentionnée, renforcée de moult r, beta, P et chi2.

Reste à remarquer que le résultat me plait et à me demander: fait-il sens? Plus généralement: que vaut cette psychologie quantitative sur le Big Data? J’ai l’impression que dans notre institut, on est beaucoup plus sévère dans l’analyse des données de populations et beaucoup plus modeste dans les conclusions. Subsidiairement, pensant aux biais qui sont majoritaires dans les études médicales, comment ne pas être prudent face à une conclusion pareillement plaisante? 

19.3.15. Nature 519.

– MUSIQUE, HISTOIRE. Agnes. Un podcast: http://go.nature.com/xhluk3. Le père de Galliée était un luthiste obsédé de musique, mais l’interaction entre science et musique ne s’arrête pas là.

– 266. EBOLA. Depuis la semaine passée, un médicament canadien pour soigner les personnes malades est en test en Sierra Leone. Les prémisses sont favorables. Ainsi, on pourrait se retrouver très bientôt avec (i) un test rapide et facile pour détecter les malades, (ii) un médicament pour les soigner et (iii) un vaccin pour protéger la population. On tient les pouces.

– 276. SANTÉ. E.Dolgin. The myopia boom. Les gens du Sud-est asiatique deviennent massivement myopes. Que se passe-t-il? Des expériences suggèrent qu’ils ne vont pas assez à la lumière du soleil. Cette condition pose des risques de cécité avec l’âge. Les teenagers de Shanghai font leur devoir 15h par semaine contre 5-6 aux USA et en Angleterre. Qu’en est-il en Chine? Je rapportais récemment un article du New York Review (http://www.dubochet.ch/jacques/?p=435) prédisant la faillite du système chinois parce qu’il pousse à l’apprentissage massif plutôt qu’à la compréhension et la créativité.

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– 309 – 314. GÉNÉTIQUE, POPULATION. Leslie et al. The fine-scale genetic structure of the British population. Un article pour illustrer ce que la combinaison de l’analyse génétique et la statistique nous enseigne. On étudie le génome de 2000 Anglais de pure souche (c’est à dire dont les 4 grands-parents habitaient dans un rayon de 80 km) que l’on groupe par proximité génétique. Ainsi, l’étude porte sur la population anglaise avant les grands chamboulements de la mondialisation. On définit ainsi 17 groupes nettement distincts. Il faut bien dire que c’est la statistique sur un demi-Millon de sites d’ADN pour chaque individu qui révèle cette proximité à l’intérieur du groupe. À vue de nez on ne voit pratiquement pas de différence entre les groupes. Sur la figure ci-dessous, chaque groupe a sa couleur et les 2000 individus sont placés sur la carte. Ce qui saute aux yeux, c’est à quel point la population est structurée et comment la génétique et la statistique le révèlent. La 2e partie de l’article ajoute 6000 individus de l’Europe continentale. Apparaissent alors toutes les migrations et les peuplements de l’histoire de l’Angleterre. On apprend par exemple que la population primitive de Celtes n’était pas uniforme, pas plus que celle des Saxons venus plus tard. Ceux-là ont apporté près de la moitié du patrimoine génétique actuel.

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20.3.15.Science 347, 6228

– 1298. BIOLOGIE, CHIMIE. R.F. Service. Origine de la vie. Un article de J. Szostak (gr. Sutherland à Boston) online dans Nature Chemistry. Pour que la vie telle que nous la connaissons puisse commencer, il faut trois types de molécules: des acides nucléiques (genre ARN), des protéines et des lipides. Malheureusement, les conditions qui favorisent la synthèse abiotique d’un type semblaient jusqu’ici contraires aux conditions favorisant les autres. L’article en question semble avoir trouvé une recette. Partant de HCN et de H2S – des composés bien compatibles avec la chimie terrestre originale – il identifie des voies de synthèses activées par l’UV débouchant sur chacun des 3 types de molécules. Un progrès substantiel.

– 1300 – 01. GÉNÉTIQUE, BIOÉTIQUE, POLITIQUE. Cont. Rapport par J. Bohannon et G. Vogel. Ingéneuring génétique. (Voir aussi Nature 26.3). Avec CRISPR, Gene drive, etc. la technologie génétique sort du bricolage pour devenir un outil mûr. Il n’y a plus moyen de tourner autour du pot, il faut décider ce que l’on en fait. La réalité pourrait nous prendre de vitesse. Un article chinois décrivant une intervention sur un embryon humain serait en publication. Un fort groupe, incluant ceux qui avaient initié le moratoire d’Asilomar en 1975, s’est réuni en janvier à Napa (Ca) pour étudier les mesures à prendre pour que les bénéfices potentiels soient développés surement et éthiquement.  L’article sera publié dans Science du 3 avril. Il est déjà online

 

26.3.15. Nature 519

– 389. NEUROBIOLOGIE, POLITIQUE. Gilles. Cont. Éditorial. Repenser le Humain Brain Project. Il y a 9 mois, une fronde de scientifiques européens se dressa contre le Humain Brain Project (HBP) et Henry Markram de l’EPFL (www.neurofuture.eu). Ce projet one-man-show était dénoncé pour son étroitesse conceptuelle et la déraison de ses prétentions. Un comité indépendant fut désigné. Il vient de rendre son rapport qui corrobore pratiquement toutes les plaintes adressées l’an passé. En particulier il reconnait que le but de modélisation du cerveau est irréaliste dans la situation actuelle et la gouvernance autocratique de Markram est léthale pour les collaborations qui devaient être au coeur du projet tel que voulu par la Commission. Que va-t-il se passer maintenant? Le projet central va être dégradé, d’autres aspects de la recherche sur le cerveau vont y être associés; l’ensemble diversifié prendra éventuellement sa place dans la neurobiologie actuelle. Reste à savoir si (i) l’Europe soutiendra encore le projet phare une fois celui-ci rentré dans le rang, et (ii) quel sera le rôle qui restera à l’EPFL. À suivre – voir aussi Science du 27.3, ci-dessous.

-402 – 405. BIOTECHNOLOGIE, ÉCONOMIE, INNOVATION. Gilles. H. Ledford. Le camp pousse-biotech. Silicon Valley est une icône de l’économie conquérante de la fin du 20e siècle. On le sait. Certains rêvent de répéter l’opération avec les biotechs. Cet article décrit 9 semaines d’une école destinées à ceux qui espèrent y contribuer. Les recettes à développer sont simples: ne pas avoir une idée, mais être prêt à sauter sur toutes; pas trop de temps au labo; interviewer, interviewer, interviewer, convaincre viendra dans un autre cadre. Le fond de l’article donne l’ambiance: arrogance, virilité, certitude d’être le meilleur; du moins, il s’agit de faire semblant. Ce n’est qu’un article de journaliste; est-il significatif? Il illustre en tout cas un courant fondamental de notre société. Vivement plus de femmes avant qu’elles n’en soient déshumanisées.

– 410 – 11. BIOÉTHIQUE, GÉNÉTIQUE. Jean. Cont. Lanphier et al. N’éditez pas la lignée germinale humaine. Les auteurs sont de ceux qui ont développé les méthodes pour modifier l’ADN des cellules de manière ciblée et ils travaillent à utiliser ces méthodes pour corriger des maladies dans le cadre de « The Alliance for Regenerative Medecine », vaste regroupement allant d’associations de patients jusqu’à des firmes de biotechnologie en passant par des ONG et autres organisations non commerciales. Leur prise de position a du poids. Les auteurs nous apprennent que des travaux portant sur la modification du génome d’embryons vont être publiés incessamment. On devait s’y attendre avec le récent développement de la technique CRISPR/Cas9 dont nous avons souvent parlé ici (voir ci-dessus, Nature 12.3.15). La pression monte. Les auteurs demandent un moratoire sur toute modification de la lignée germinale et l’initiation d’une large discussion. Il s’agit bien de limiter l’action aux lignées germinales (celles dont les modifications passeront aux descendants) et non pas aux cellules somatiques pour lesquelles la thérapie génique peut être bienvenue (selon l’avis des auteurs, que je partage). Le problème ne concerne pas la Suisse puisque la manipulation des cellules germinales y est spécifiquement et constitutionnellement interdite, ni 14 autres des 22 nations européennes. Pourtant il est considérable et inévitable.

Voir aussi: http://www.technologyreview.com/featuredstory/535661/engineering-the-perfect-baby/

– 443 – 445; N&W 417 – 8. EAU, CRYO-EM. Algara-Siller et al. Glace cubique et glace carrée. La molécule d’eau se place naturellement au centre d’un cube dont 4 sommets sont occupés par les molécules voisines. En ajoutant un «etc.» on obtient la glace cubique, bien connue en cryo-ME, ou hexagonal, bien connue de tous. Ici, les auteurs laissent l’attraction mutuelle de deux lames de graphène expulser l’eau prise en sandwich jusqu’à ne laisser qu’une ou quelques couches monomoléculaires. Le graphène, cet étonnant arrangement 2-dimensionel de carbone, forme des plans monoatomiques extraordinairement plats et solides. Écrasé entre ces plans, l’arrangement cubique habituel des molécules d’eau est aplati en carré. Les 4 liaisons de la molécule d’eau étant toutes occupées dans ce plan, il ne reste plus de liaisons disponibles pour lier d’autres molécules d’eau dans la 3e dimension. La couche d’eau monomoléculaire est ainsi parfaitement hydrophobe et ces lames d’eau carrées glissent l’une sur l’autre comme eau sur graisse. Dans cette histoire, est-ce l’eau ou le carbone qui nous surprennent le plus? En tout cas, on admire; la nature et la photo.

square ice_Nature 2015

 

27.3.15. Science 347, 6229

– 1397. POLITIQUE SCIENTIFIQUE- Éditorial. Ils sont fous ces Américains. L’augmentation des tremblements de terre en Oklahoma: Silence imposé à l’office de géologie de l’État. Échauffement climatique et développement durable: des mots interdits aux employés d’États de Floride. Il y a 10 ans, le département d’État voulait imposer le silence aux employés du service fédéral de la faune. En réponse, en 2009, Obama garantit la libre expression des chercheurs et la protection des dénonciateurs. Vivement que cette protection s’étende aux États.

 

– 1406 – 7. NEUROBIOLOGIE, POLITIQUE SCIENTIFIQUE. Enserink. Redémarrage d’un milliard cérébral. Il s’agit du Humain Brain Project. Le rapport de Science est plus sévère que celui de Nature (26.3). Au départ il y a eu la lettre de A. Pouget de Genève et Z. Mainen de Lisbonne, soutenue par une centaine de scientifiques, protestant contre la marche du Human Brain Project (HBP). « Un de nos buts était de mettre fin à l’affaire entre Markram et les médias ». Un panel de scientifiques de haut niveau fut désigné – sans Markram ni les deux protestataires. « Un consensus eut été difficile avec Henry et moi (Pouget) dans la même salle. » La Commission européenne désigna aussi un panel anonyme. Les deux groupes arrivent essentiellement aux mêmes conclusions telles que: « extremly troubling unrealistic claims; HBP needs honest and more modest strategy; need for a new interntional gouvernance entity ». P. Gillet, vice-président de l’EPFL accepte toutes ces conclusions. Markram n’est pas disponible. Reste maintenant à les mettre en pratique . Là réside la grande incertitude.

– 1441 – 46. CRYO-ME, BIOLOGIE STRUCTURALE. Urnavicus et al. (MRC, Cambridge) µ-tubules, dyneine et dynactine. La protéine dynéine est la principale locomotive du transport le long des voies que sont les µ-tubules. La dynactine est un cofacteur essentiel. Cette étude par cryo-me à une résolution de 8 – 4Å décrit ce gros complexe de 23 sous-unités comprenant deux filaments de type actine de 4 et 5 sous-unités. Un modèle de fonctionnement en est déduit. Je compte les points pour la cryo; en voilà un gros de plus.

– 1480 – 84. ÉDUCATION, STATISTIQUE. Widom et al. Transmission intergénérationnelle d’abus sur les enfants: réalité et biais de détection. C’est un fait connu et robuste: les enfants abusés ont tendance à devenir des parents abuseurs. Les auteurs élargissent, contrôlent par enquêtes individuelles et réanalysent les données. Ils concluent que l’effet est un biais dû au fait que les parents connus pour avoir eux-mêmes subi des abus sont surveillés de plus près et sont plus facilement identifiés comme abuseurs. Le prétendu effet disparait lorsque qu’il est tenu compte de ce biais. Reste le drapeau rouge de danger qu’il faut agiter chaque fois que s’accumulent les mots-clés tels que: statistique, sciences sociales, politiques, économie, intérêts financiers, morale. Dans ce cas, j’agite.