{"id":203,"date":"2014-04-29T18:38:51","date_gmt":"2014-04-29T16:38:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=203"},"modified":"2014-10-29T14:44:47","modified_gmt":"2014-10-29T13:44:47","slug":"transcendance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=203","title":{"rendered":"Transcendance"},"content":{"rendered":"<p>Alison Jolly est morte le 6 f\u00e9vrier. Il est bon de se souvenir d\u2019elle [1].<br \/>\nFigure 1<br \/>\n<a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Alisson-Jolly.png?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-226\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Alisson-Jolly.png?resize=495%2C310&#038;ssl=1\" alt=\"Alisson Jolly\" width=\"495\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Alisson-Jolly.png?w=699&amp;ssl=1 699w, https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Alisson-Jolly.png?resize=300%2C187&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 495px) 100vw, 495px\" \/><\/a><br \/>\nPrimatologiste remarquable, elle a mis en \u00e9vidence, d\u00e8s les ann\u00e9es 60, chez les l\u00e9murs de Madagascar, une organisation sociale o\u00f9 les femelles sont dominantes. Avec son mari, \u00e9conomiste du d\u00e9veloppement, elle s\u2019est engag\u00e9e pour qu\u2019il soit tenu comptes des populations locales et de leurs besoins sp\u00e9cifiques dans les politiques de d\u00e9veloppement durable. Avec lui, elle a aussi eu 4 enfants \u2013 et autant de petits-enfants &#8211; pour lesquels elle a \u00e9crit une collection d\u2019histoires illustr\u00e9es. Pas mal ! Ici nous voulons retenir une autre de ses contributions. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale voulait que \u00ab l\u2019outil fait l\u2019homme \u00bb, c\u2019est elle qui, d\u00e8s le d\u00e9but de son travail, a promu l\u2019id\u00e9e que la socialisation est le moteur de l\u2019\u00e9volution humaine (Jolly 1999). L\u2019id\u00e9e vaut la peine d\u2019\u00eatre suivie. R\u00e9sum\u00e9 : Nous posons une hypoth\u00e8se : l\u2019\u00e9motion transcendantale est dans la nature humaine, comme l\u2019est, par exemple, la comp\u00e9tence \u00e0 acqu\u00e9rir le langage. Nous verrons : (i) l\u2019origine \u00e9volutive de cette facult\u00e9; (ii) en quoi agit-elle ici et maintenant ; (iii) quelles cons\u00e9quences devons-nous en tirer ?<!--more--> L\u2019Homo sapiens n\u2019a pas tout invent\u00e9. Prenons un moment (17\u2019) pour nous rappeler nos racines communes d\u2019avec les primates [2] . La belle pr\u00e9sentation TEX de Frans de Waal illustre combien les comportements et les sentiments typiquement \u00ab humains \u00bb &#8211; collaboration, r\u00e9ciprocit\u00e9, \u00e9quit\u00e9, empathie, compassion &#8211; existent aussi chez les grands singes. La neuropsychologie confirme \u00ab Monkey brains wired to share \u00bb (Reardon 2014). Il est \u00ab trendy \u00bb d\u2019explorer ces m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s dans le cerveau humain ((Santiesteban, Banissy et al. 2012) pour un exemple de recherche, (Churchland 2013) pour une synth\u00e8se scientifico-\u00ab philosophique \u00bb). Les questions pos\u00e9es sont au fondement de la nature humaine et les r\u00e9ponses que l\u2019on peut y apporter touchent directement au sens que nous voulons donner \u00e0 nos vies.<\/p>\n<p><strong>Petit.<\/strong><br \/>\nRevenons aux fondements. La th\u00e9orie darwinienne de l\u2019\u00e9volution a largement d\u00e9montr\u00e9 que c\u2019est l\u2019individu qui est au centre du processus \u00e9volutif. Ce qui compte d\u2019abord, c\u2019est la fitness de l\u2019organisme, c\u2019est-\u00e0-dire le nombre de descendants qu\u2019il transmet \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante, ou, en \u00e9largissant le concept, sa fitness inclusive qui fait le compte des g\u00e8nes transmis plut\u00f4t que des descendants individuels. Bref, pour faire simple, nous gardons bien \u00e0 l\u2019esprit que l\u2019organisme vivant est \u00e9go\u00efste. Simple ! Simple and stupid, of course. \u00c9go\u00efste oui, mais pas seulement. Voyons plus loin. Darwin avait d\u00e9j\u00e0 parfaitement per\u00e7u l\u2019importance du ph\u00e9nom\u00e8ne social dans le monde vivant (Darwin 1859 (1992), Darwin 1871 (2006)). Il s\u2019\u00e9tonnait que, si souvent, un individu semble sacrifier son int\u00e9r\u00eat au profit de celui d\u2019un autre. Il se demandait, sans avoir de r\u00e9ponse satisfaisante, comment peut se pr\u00e9server h\u00e9r\u00e9ditairement un comportement qui semble nuire \u00e0 la fitness de l\u2019individu. Cent-cinquante ans plus tard, avec la g\u00e9n\u00e9tique en plus, la r\u00e9ponse est assez claire : la vie est compliqu\u00e9e et ses chemins gagnants sont souvent sinueux. On constate en effet que, ce qui parait \u00eatre un sacrifice ici et maintenant, s\u2019av\u00e8re \u00eatre une strat\u00e9gie gagnante \u00e0 long terme. Parmi les exemples classiques, citons le cas des insectes sociaux chez qui la majorit\u00e9 des individus abandonnent toute chance de se reproduire au profit d\u2019une reine \u00e0 laquelle ils consacrent tous leurs efforts. La strat\u00e9gie est gagnante parce que les ouvri\u00e8res sont g\u00e9n\u00e9tiquement proches de la reine \u2013 quelquefois m\u00eame elles en sont des clones \u2013 et que la reine pond efficacement. Il en r\u00e9sulte que l\u2019ouvri\u00e8re aide \u00e0 transmettre des g\u00e8nes identiques aux siens mieux qu\u2019elle ne le ferait directement. Ne croyons pas, toutefois, que l\u2019arrangement est facile et qu\u2019il puisse se vivre sans probl\u00e8me. Autre cas fameux : le sexe. Comment se fait-il qu\u2019une femelle accepte de prendre en charge la moiti\u00e9 des g\u00e8nes d\u2019un autre individu qui, le plus souvent, lui laisse tout le travail sur le dos ? Comment se fait-il que cette proc\u00e9dure couteuse pour la femelle soit g\u00e9n\u00e9ralement adopt\u00e9e dans l\u2019ensemble du monde vivant alors qu\u2019il semblerait tellement plus facile de se reproduire par parth\u00e9nogen\u00e8se (clonage) ? La r\u00e9ponse, ici encore, n\u00e9cessite le grand d\u00e9tour par l\u2019hypercycle de l\u2019\u00e9volution : pour survivre dans un milieu qui change, il faut changer; le sexe apporte ce changement en brassant les cartes \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration. Nous en avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 sur ce blog (https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=82). Ce que nous voulons mettre en \u00e9vidence ici, est le conflit entre l\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 court terme \u2013 se reproduire par clonage \u2013 et l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur qui n\u2019apparait que dans la longue dur\u00e9e. Comment faire pour que le premier ne l\u2019emporte pas sur le second? Dans le cas du sexe \u2013 c\u2019est passionnant! -, la nature fait en sorte que l\u2019on ne puisse pas y \u00e9chapper. Le premier truc, celui que chacun connait, consiste \u00e0 le rendre d\u00e9sirable. Moins populaire, mais constituant un des sujets majeurs de la recherche de mon institut, la nature fait en sorte que, chez les mammif\u00e8res, le chromosome sexuel m\u00e2le est exclu du processus de brassage des cartes. Il est ainsi prot\u00e9g\u00e9 ; pas moyen pour la femelle de le mettre dehors. En quelque sorte, la nature inclut dans la physiologie l\u2019obligation de valoriser le long terme par rapport \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat. Parce que ce principe est tellement g\u00e9n\u00e9ral et tellement important, j\u2019insiste avec un troisi\u00e8me exemple : le cancer. C\u2019est la r\u00e8gle de la vie, n\u2019importe quelle cellule tend \u00e0 s\u2019en sortir au mieux, quitte \u00e0 \u00e9chapper aux contraintes traditionnelles. Pour une cellule d\u2019un organisme comme le n\u00f4tre \u2013 une cellule de peau par exemple \u2013 les contraintes sont s\u00e9v\u00e8res: elle est une cellule de peau et l\u2019organisme veille s\u00e9v\u00e8rement \u00e0 ce qu\u2019elle remplisse fid\u00e8lement sa fonction. Il n\u2019emp\u00eache que, la cellule reste avec sa propension \u00e0 vivre sa vie et pour ce faire, elle a, en principe, toutes les possibilit\u00e9s, puisqu\u2019elle porte en elle l\u2019ensemble de l\u2019information g\u00e9n\u00e9tique de tout l\u2019organisme. Faut-il parler de guerre entre l\u2019organisme et chacune de ses cellules ? En tous cas, lorsque la cellule s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e et se disperse en m\u00e9tastases, c\u2019est bien une lutte mortelle qui en r\u00e9sulte. Arrive l\u2019homme. Quoi de neuf ? \u00c0 ce propos, on aura tout dit, la main pr\u00e9hensile, la posture debout, les glandes sudoripares (qui permettent un refroidissement efficace pour courir longtemps) et m\u00eame une modification d\u2019une prot\u00e9ine (la myosine) des muscles de la m\u00e2choire lib\u00e9rant ainsi la tension qui emp\u00eache le cr\u00e2ne de s\u2019agrandir ! \u00c9piph\u00e9nom\u00e8nes que tout cela ! On a aussi insist\u00e9 sur l\u2019importance du social. Avec Alison Jolly, nous avons compris que les primates ne sont pas forc\u00e9ment moins dou\u00e9s que nous. Nous nous souvenons aussi que les neurones miroirs ont d\u2019abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert chez les macaques (Rizzolatti and Sinigaglia 2007). Non, \u00e0 mon sens, ce qui fait que l\u2019Homo sapiens bouleverse sa lign\u00e9e \u00e9volutive est \u00e0 chercher dans l\u2019agrandissement de son cerveau. En suivant beaucoup d\u2019autres , j\u2019aime y penser \u00e0 ma sauce, ce qui donne \u00e0 peu pr\u00e8s ceci [3]. D\u2019une part, il y a le monde r\u00e9el, de l\u2019autre, il y a l\u2019image que nous nous en faisons. (Je me re-r\u00e9p\u00e8te [4]). Cette image, c\u2019est nous et c\u2019est notre outil de travail pour faire notre vie. Bien \u00e9videmment, la capacit\u00e9 \u00e0 se repr\u00e9senter le monde n\u2019est pas une invention humaine. La bact\u00e9rie qui fait tourner ses flagelles pour se diriger l\u00e0 o\u00f9 le sucre est abondant a sa \u00ab vue du monde \u00bb et son (petit) \u00ab plan \u00bb pour en tirer avantage. Les mammif\u00e8res font mieux. La vid\u00e9o cit\u00e9e en note 1 illustre les subtiles strat\u00e9gies dont ils sont capables pour atteindre leur but. L\u2019homme fait encore mieux; beaucoup mieux ! Il faut bien le dire, avec l\u2019\u00eatre humain, on a l\u2019impression d\u2019un saut qualitatif. Par rapport au chimpanz\u00e9, sa capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale a tripl\u00e9, mais l\u2019ampleur de son image du monde semble avoir v\u00e9ritablement explos\u00e9. Le mot \u00e9mergence prend tout son sens ici. Que s\u2019est-il pass\u00e9 ? Je vois deux hypoth\u00e8ses possibles : l\u2019\u00e9mergence molle ou l\u2019\u00e9mergence dure. Dans le premier cas, l\u2019\u00e9mergence molle, on admettra que rien de fondamental n\u2019a chang\u00e9 dans le fonctionnement du cerveau, mais, comme le d\u00e9crit la physique des ph\u00e9nom\u00e8nes critiques, il y a des situations o\u00f9 un peu plus du m\u00eame fait toute la diff\u00e9rence. Il vaut la peine de s\u2019y arr\u00eater et de comprendre comment cela peut arriver avec une pens\u00e9e sp\u00e9ciale pour Laurence.<\/p>\n<p><em><span style=\"text-decoration: underline;\">Comprendre les ph\u00e9nom\u00e8nes critiques par un exemple<\/span><\/em><br \/>\n<em> Il s&rsquo;agit de traverser une rivi\u00e8re en sautant sur des pierres distribu\u00e9s au hasard. La question est de trouver la densit\u00e9 de pierres permettant le gu\u00e9. Pour ce faire, nous mod\u00e9lisons le probl\u00e8me selon le sch\u00e9ma de la figure 2. Nous y voyons les deux berges de la rivi\u00e8re \u00e0 traverser avec des pierres dispos\u00e9s au hasard. Ce sont les carr\u00e9s noircis ou ceux marqu\u00e9s d\u2019une croix. La r\u00e8gle du jeu veut que l&rsquo;on ne puisse passer d&rsquo;une pierre \u00e0 l&rsquo;autre que si elles se touchent par un c\u00f4t\u00e9. La variable est la proportion de carr\u00e9s occup\u00e9s. Il est bien clair que, avec peu de pierre, on ne passera pas. Il est tout aussi clair que, si toutes les pierres sont occup\u00e9es, il ne faudra plus parler de rivi\u00e8re, mais d&rsquo;esplanade! Entre les deux, il y a une densit\u00e9 de pierre autour de laquelle on passera de la situation o\u00f9 la travers\u00e9e n&rsquo;est probablement pas possible \u00e0 celle o\u00f9 les chances de traverser seront bonnes. Quelle est cette limite? Math\u00e9matiquement, le probl\u00e8me est difficile (je savais comment m\u2019y prendre (de Gennes 1985), mais c\u2019est bien pass\u00e9). Heureusement, il y a une autre m\u00e9thode, beaucoup plus efficace: la simulation \u00e0 l&rsquo;ordinateur. L\u00e0 non plus, je ne sais plus comment faire, mais je sais \u00e0 qui demander. Gilles \u00e0 liquid\u00e9 l&rsquo;affaire en deux temps trois mouvements. Merci \u00e0 lui.<\/em> <em> La simulation consiste donc \u00e0 marquer au hasard, une certaine proportion des carr\u00e9s repr\u00e9sentants les pierres dans la rivi\u00e8re. La figure 2 illustre une portion de 10 carr\u00e9s le long de la rivi\u00e8re qui a, elle-m\u00eame, 10 carr\u00e9s de large.<\/em><br \/>\n<em>Figure 2<\/em> <img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-228\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-2.png?resize=492%2C258&#038;ssl=1\" alt=\"Fig 2\" width=\"492\" height=\"258\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-2.png?w=492&amp;ssl=1 492w, https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-2.png?resize=300%2C157&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 492px) 100vw, 492px\" \/> <em>Dans cet exemple, des 100 carr\u00e9s disponibles, 46 sont occup\u00e9s par une pierre. Celles qui sont accessibles depuis la berge nord (en haut) sont en noir, celles qui ne le sont pas sont marqu\u00e9es d\u2019une croix. On constate que, dans ce cas, la rivi\u00e8re n\u2019est pas traversable. La simulation consiste \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter l\u2019exercice 10\u2019000 fois pour chaque proportion de sites occup\u00e9s (entre 0 et 100%). La figure 3 donne le r\u00e9sultat.<\/em> <em> L\u2019axe des X porte la proportion de sites occup\u00e9s et l\u2019axe des Y, le nombre de fois (en milliers) que, parmi les 10&rsquo;000 essais, la configuration particuli\u00e8re aurait permis de rejoindre la rive sud \u00e0 pieds secs. On constate que, en dessous de 40% des sites occup\u00e9s, la probabilit\u00e9 de pouvoir passer et faible. En dessus de 70, on passe presque \u00e0 tous coups. C\u2019est un peu avant 60% que l\u2019on a une chance sur deux de pouvoir traverser et c\u2019est dans cette r\u00e9gion qu\u2019un petit changement du nombre de pierres a la plus grande influence sur la probabilit\u00e9 de passage.<br \/>\n<\/em><em>Figure 3<\/em> <img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-231\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig.3.png?resize=685%2C378&#038;ssl=1\" alt=\"Fig.3\" width=\"685\" height=\"378\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig.3.png?w=685&amp;ssl=1 685w, https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig.3.png?resize=300%2C165&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 685px) 100vw, 685px\" \/> <em style=\"line-height: 1.5;\">La m\u00eame simulation, mais, cette fois, pour une rivi\u00e8re dix fois plus large (100 pierres) donne le r\u00e9sultat repr\u00e9sent\u00e9 sur la figure 4. Remarquons que c\u2019est toujours un peu avant 60% que l\u2019on a une chance sur deux de passer, mais le changement de la probabilit\u00e9 de passage quand change le nombre de pierres est bien plus abrupt.<br \/>\n<\/em><em>Figure 4<\/em> <a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-4.png?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-229\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-4.png?resize=629%2C356&#038;ssl=1\" alt=\"Fig 4\" width=\"629\" height=\"356\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-4.png?w=629&amp;ssl=1 629w, https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-4.png?resize=300%2C169&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 629px) 100vw, 629px\" \/><\/a> <em>La figure 5 pr\u00e9sente la r\u00e9gion centrale plus en d\u00e9tail.<\/em> <a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-5.png?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-230\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-5.png?resize=747%2C359&#038;ssl=1\" alt=\"Fig 5\" width=\"747\" height=\"359\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-5.png?w=747&amp;ssl=1 747w, https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/Fig-5.png?resize=300%2C144&amp;ssl=1 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 747px) 100vw, 747px\" \/><\/a> <em>Sur le graphique, nous pouvons maintenant pr\u00e9ciser que c\u2019est \u00e0 environ 58,8% des sites occup\u00e9s que la probabilit\u00e9 de passage est de 50%. Nous voyons aussi que, si nous diminuons le nombre de pierres de 2% nous allons nous trouver bloqu\u00e9s plus de 9 fois sur 10 alors qu\u2019en en ajoutant seulement 2% nous sommes assur\u00e9s de passer plus de 9 fois sur 10. L\u2019effet serait encore plus abrupt si la rivi\u00e8re \u00e9tait plus large. Nous sommes l\u00e0 en pr\u00e9sence d\u2019une situation typique de ph\u00e9nom\u00e8nes critiques : \u00e0 la limite (rivi\u00e8re tr\u00e8s large), sans que change la r\u00e8gle du jeu, un changement infime de la variable autour du point critique (ici, la proportion de sites occup\u00e9s) change le r\u00e9sultat du tout au tout (ici, la possibilit\u00e9 de traverser la rivi\u00e8re). On utilise le mot \u00ab percolation \u00bb pour marquer cette transition soudaine vers le nouvel \u00e9tat (la relation au caf\u00e9 est peu \u00e9vidente). Ce type de ph\u00e9nom\u00e8ne est courant en physique. La cong\u00e9lation de l\u2019eau en est un exemple.<\/em><\/p>\n<p>Se peut-il que l\u2019image du monde que produit le cerveau traverse un seuil critique entre les 500g du chimpanz\u00e9 et le kilo et demi de l\u2019homme ? Se peut-il que ce soit seulement chez l\u2019homme qu\u2019ait lieu la percolation des signaux c\u00e9r\u00e9braux en une image du monde devenue globale ? La deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se, celle de l\u2019\u00e9mergence dure, fait appel \u00e0 une nouvelle capacit\u00e9 du cerveau qui existerait chez l\u2019humain, mais pas chez les autres grands singes. On peut imaginer toute sorte de nouveaut\u00e9 qui causerait cette r\u00e9volution. Je reprends celle de Hauser, Chomsky et Fitch (Hauser, Chomsky et al. 2002) parce qu\u2019elle me plait bien. Ces auteurs proposent que, quelque part dans la r\u00e9cente \u00e9volution du genre homo, est apparue dans le cerveau, la facult\u00e9 d\u2019une nouvelle op\u00e9ration : la r\u00e9cursion. En gros, il s\u2019agit simplement du concept \u00ab etc. \u00bb Par exemple, alors que chaque terme de la s\u00e9rie 1+1=2 ; 2+1=3 ; 3+1=4 appelle un nouveau calcul et un nouvel effort &#8211; je serai fatigu\u00e9 avant d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 bien loin \u2013 la s\u00e9rie 1+1=2, 2+1=3, 3+1, etc. introduit la r\u00e9cursion qui termine l\u2019op\u00e9ration en l\u2019ouvrant sur l\u2019infini. Hausser et ses coll\u00e8gues croient y voir l\u2019origine de l\u2019abstraction. Moi, je vois surtout que la r\u00e9cursion est une gymnastique mentale. Elle appelle \u00e0 imaginer l\u2019arbre, avec ses arbres voisins, et leurs voisins, etc.; de l\u2019arbre nait ainsi la for\u00eat. Elle permet de retrouver mon fr\u00e8re dans le p\u00e8re de la cousine de la s\u0153ur de mon fils. Elle permet surtout le langage. \u00ab J\u2019\u00e9cris comment la r\u00e9cursion des signaux neuronaux percole en une image du monde qui transcende la r\u00e9alit\u00e9 telle que la per\u00e7oivent mes sens, ici et maintenant \u00bb \u2026 et j\u2019esp\u00e8re me faire comprendre. Oh la la ! \u00c9mergence dure ou molle, qu\u2019importe. Ce que nous retenons ici est que l\u2019image du monde que se construit chaque \u00eatre humain est incomparablement plus vaste que celle de n\u2019importe quel animal. Par certains aspects, elle est m\u00eame sans limites. Elle lui permet aussi d\u2019agir de mani\u00e8re complexe et dans un but lointain. L\u2019\u00eatre humain est-il meilleur pour autant ? Bof, le moins que l\u2019on puisse dire et que la r\u00e9ponse positive n\u2019est pas \u00e9vidente. Inutile de regarder tr\u00e8s loin, l\u2019\u00eatre humain reste un animal darwinien. Il veille \u00e0 survivre le mieux possible, lui d\u2019abord, ses descendants ensuite. Quant aux autres, l\u2019\u00eatre humain, en \u00eatre social, a appris \u00e0 collaborer avec eux parce que cette strat\u00e9gie paie. Pour le reste, il s\u2019en fiche. Il faut pourtant noter que chercher son avantage dans la collaboration est une affaire subtile. En effet, si pour moi, l\u2019id\u00e9al consiste \u00e0 obtenir les bienfaits de la collaboration sans pour autant en payer le prix , mon partenaire vise \u00e9videmment le but inverse. La belle collaboration o\u00f9 chacun donne sans compter le meilleur de lui-m\u00eame semble vraiment une bien difficile \u00e9laboration. Robert Trivers, un biologiste qui toute sa vie a \u00e9tudi\u00e9 les animaux sociaux, sans toutefois oublier de penser \u00e0 l\u2019animal que nous sommes, a r\u00e9cemment \u00e9crit un livre p\u00e9n\u00e9trant (Trivers 2011)[5] que je r\u00e9sume ainsi. Partout dans la vie, le paraitre est important. Il s\u2019agit de paraitre fort (comme le bouquetin aux cornes ridicules), de sembler invisible (comme le papillon clair qui \u00e9volue en papillon sombre quand les arbres sont noircis de fum\u00e9e ou comme le plasmodium de la malaria qui change d\u2019 \u00ab habits \u00bb quand l\u2019organisme qu\u2019il infecte l\u2019a identifi\u00e9), d\u2019apparaitre dangereux ou toxique (comme la chenille ou le papillon que l\u2019oiseau aurait trouv\u00e9 d\u00e9licieux s\u2019il n\u2019avait pas compris le signal \u2026 ou si justement s\u2019il l\u2019a trop bien compris). Il faut paraitre, mais l\u2019autre n\u2019est pas moins apte \u00e0 identifier le subterfuge que le trompeur \u00e0 tromper. La guerre du paraitre n\u2019est pas pr\u00e8s d\u2019\u00eatre termin\u00e9e. Arrive l\u2019humain \u2013 encore lui \u2013 et sa capacit\u00e9 incomparable \u00e0 fa\u00e7onner son paraitre. En face de lui, l\u2019humain, avec son incomparable comp\u00e9tence \u00e0 d\u00e9masquer le trompeur. La guerre continue. Pour le moment, le paraitre semble marquer des points gr\u00e2ce \u00e0 une strat\u00e9gie gagnante : pour bien mentir, il faut y croire et l\u2019homme a d\u00e9velopp\u00e9 une \u00e9tonnante capacit\u00e9 \u00e0 croire \u00e0 ses propres mensonges, seul ou en groupes. Ainsi, le mot altruisme reste avec toute son ambig\u00fcit\u00e9. Dans le langage courant, il s\u2019agit d\u2019une haute valeur morale &#8211; quoique l\u2019on sache pertinemment combien il est motivant de mettre en \u00e9vidence le nom du donateur sur l\u2019objet g\u00e9n\u00e9reusement offert au bien public. Les biologistes utilisent aussi le mot, mais ils l\u2019ont d\u00e9pouill\u00e9 de toute valeur morale. Une action altruiste est seulement caract\u00e9ris\u00e9e par le fait qu\u2019elle semble profiter d\u2019avantage \u00e0 autrui qu\u2019\u00e0 son auteur. L\u2019altruisme est un domaine important de la recherche en sociobiologie ; typiquement il s\u2019agit de trouver par quel d\u00e9tour l\u2019action b\u00e9n\u00e9ficie quand m\u00eame \u00e0 son auteur (voir, ci-dessus, le cas des insectes sociaux). Le psychologue social Daniel Batson a pass\u00e9 le gros de sa vie \u00e0 \u00e9tudier ce qu\u2019est l\u2019altruisme humain (Batson 2008). Il faut sans doute regarder ce genre d\u2019exp\u00e9riences avec prudence (une r\u00e9f\u00e9rence sur la non-cr\u00e9dibilit\u00e9 des exp\u00e9riences en sciences sociales serait bienvenue ; j\u2019en ai vu une belle r\u00e9cemment), mais, ceci dit, les r\u00e9sultats de Batson semblent int\u00e9ressants. \u00c0 ses sujets de test, il explique qu\u2019ils sont l\u00e0 pour conduire des exp\u00e9riences avec des participants. Deux exp\u00e9riences sont pr\u00e9sent\u00e9es, l\u2019une semble amusante et int\u00e9ressante, l\u2019autre ennuyeuse et d\u00e9sagr\u00e9able. Le sujet est sens\u00e9 conduire l\u2019une alors que son coll\u00e8gue (qui n\u2019existe pas dans la r\u00e9alit\u00e9) est sens\u00e9 conduire l\u2019autre. Le noyau de la recherche consiste \u00e0 laisser le sujet d\u00e9cider <span style=\"text-decoration: underline;\">honn\u00eatement<\/span>, qui s\u2019occupera de laquelle des deux exp\u00e9riences. Le sujet est dans sa petite cellule. Il se cro\u00eet seul, mais il est observ\u00e9 et il sera ensuite questionn\u00e9 sur sa d\u00e9cision. Sans surprise, on apprend que le sujet s\u2019attribue \u00ab honn\u00eatement \u00bb le beau r\u00f4le dans 80% des cas. Ceci n\u2019est que l\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re ; l\u2019exp\u00e9rience est d\u00e9velopp\u00e9e avec toute sorte de finesses. Par exemple, dans sa cellule, le sujet dispose d\u2019une pi\u00e8ce de monnaie ; il va souvent l\u2019utiliser pour jouer \u00e0 pile ou face, sans que cela ne semble influencer le r\u00e9sultat du choix. Alternativement, il dispose une pi\u00e8ce marqu\u00e9e \u00ab exp\u00e9rience A pour moi\/pour lui). Le sujet joue et encore, il se donne l\u2019avantage \u00e0 80%, quel que soit le r\u00e9sultat du jet. L\u2019admirable est que toujours, il se trouve honn\u00eate et parfaitement raisonnable. Le titre de l\u2019article r\u00e9sume les r\u00e9sultats : \u00ab Moral masquerades \u00bb. Il y a toutefois des moyens pour changer le r\u00e9sultat ; l\u2019un consiste \u00e0 faire savoir au sujet qu\u2019il est observ\u00e9, l\u2019autre \u00e0 le placer devant un miroir dans lequel il se voit en face. Entre Hobbs qui voit l\u2019homme mauvais, mais que la soci\u00e9t\u00e9 peut cadrer pour le meilleur et Rousseau qui croit l\u2019homme naturellement bon, ma position est nettement \u00e0 gauche (dans la phrase). Le texte ci-dessus donne quelques arguments. Sorry lecteur, on ne rigole pas beaucoup jusqu\u2019ici.<\/p>\n<p><strong>Grand<\/strong><br \/>\nEt pourtant ! Voir tout noir est tout aussi mal voir que de voir tout blanc. Sans aller plus loin qu\u2019\u00e0 Lausanne, on trouve une autre psychologue sociale qui travaille \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de Batson. Il s\u2019agit de Florence Passy (Passy 2003, Passy and Monsch 2013, Passy en pr\u00e9paration). Elle \u00e9tudie ces personnes qui s\u2019engagent durablement et avec une force admirable pour un id\u00e9al qui les d\u00e9passe. Parce que leur but est si grand et si lointain, ces personnes travaillent g\u00e9n\u00e9ralement au sein d\u2019un groupe qui fait fructifier\u00a0leurs modestes contributions. Dans ces groupes, on retrouve les d\u00e9fenseurs de la Nature, des Droits Humains, ceux qui luttent pour le d\u00e9veloppement du Tiers-monde, le droit des femmes, contre le nucl\u00e9aire, les OGM, etc. (On pourrait sans doute y inclure des djihadistes ou peut- \u00eatre des militants fachos-extr\u00e9mistes, mais ce ne sont pas ceux-l\u00e0 qu\u2019\u00e9tudie le groupe Passy.) L\u2019\u00e9tude de ces groupes et de leur dynamique est un sujet cher \u00e0 la sociologie moderne qui \u00e9tudie beaucoup la fa\u00e7on dont les individus sont entrain\u00e9s par le groupe. Pourtant, pour Mme Passy, c\u2019est l\u2019individu qu\u2019elle veut mettre au centre avec la question : comment tant d\u2019\u00eatres humains engagent-ils tant de forces vers un but grand et g\u00e9n\u00e9reux, en apparente contradiction avec la petitesse \u00e9go\u00efste de ce que semble \u00eatre la lutte quotidienne pour la vie ? Mme Passy n\u2019est ni la seule ni la premi\u00e8re \u00e0 s\u2019en \u00e9tonner. Descartes apr\u00e8s St. Augustin trouvait si surprenant que des \u00eatres si petits puissent avoir une telle vision de grandeur qu\u2019il y voyait la preuve de l\u2019existence de Dieu. Tout r\u00e9cemment, Florence Kaufmann, coll\u00e8gue et n\u00e9anmoins amie sociologue et philosophe de l\u2019UNIL, m\u2019invitait \u00e0 un s\u00e9minaire de Maurice Bloch du LES \u00e0 Londres, un des fondateurs de l\u2019anthropologie cognitive. La th\u00e8se qu\u2019il pr\u00e9sentait, bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9tude d\u2019une ethnie \u00ab premi\u00e8re \u00bb de Madagascar, peut se r\u00e9sumer ainsi : chercher la nature humaine dans la religion est st\u00e9rilement r\u00e9ducteur, il faut voir plus grand, c\u2019est dans la \u00ab transcendance \u00bb qu\u2019il faut la trouver. Je buvais du petit lait puisque le brouillon du pr\u00e9sent texte \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9 et son titre affirm\u00e9. Ainsi, face \u00e0 la petitesse de l\u2019\u00e9go\u00efsme darwinien, nous nous retrouvons forts de la transcendance. Sommes-nous bien avanc\u00e9s ? Je crois que oui, parce que nous connaissons tous personnellement l\u2019attrait du grand et du g\u00e9n\u00e9reux [6]. Il ne s\u2019agit pas ici de se flatter, mais d\u2019\u00e9quilibrer les mis\u00e9rables paragraphes du d\u00e9but de ce texte. Les grands discours ne sont pas n\u00e9cessaires pour rappeler que les mots bienveillance, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et amiti\u00e9 ne sont pas vides de sens. J\u2019aime par exemple, la fa\u00e7on dont Montaigne parle de La Bo\u00e9tie (r\u00e9f\u00e9rence). L\u2019\u00e9motion que l\u2019on ressent face au r\u00e9seau social qui nous entoure n\u2019est pas vaine non plus. Quand je vois une personne en d\u00e9tresse sur qui se pr\u00e9cipite l\u2019aide de la soci\u00e9t\u00e9, je suis quelques fois \u00e9mu aux larmes. Cela peut \u00eatre le bruyant passage des pompiers ou l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re et tout le tralala sur le lieu de l\u2019accident. Cela peut aussi \u00eatre, simplement, ce conseiller exp\u00e9riment\u00e9 du CSP qui explique gratuitement, avec comp\u00e9tence et bienveillance la d\u00e9marche qui aidera le demandeur d\u2019asile \u00e0 sortir de son cul-de-sac. Chacun peut ici y aller de son propre couplet et de ses propres \u00e9motions. Si besoin est, la litt\u00e9rature le cin\u00e9ma et le th\u00e9\u00e2tre sont prolixes \u00e0 d\u00e9velopper l\u2019argument. Quant \u00e0 l\u2019amour, cit\u00e9 ici en fin de liste parce qu\u2019il doit avoir une place sp\u00e9ciale, il est et reste, malgr\u00e9 la complexit\u00e9 du mot et sa polys\u00e9mie, l\u2019\u00e9motion fondamentale de la grandeur des relations humaines. Pour comprendre l\u2019ampleur de la question, c\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 Johannes Bronkhorst, prof. honoraire de sanscrit et de culture de l\u2019Inde \u00e0 l\u2019UNIL (Bronkhorst 2008), que je dois le plus. Au d\u00e9part, il constate, avec tant d\u2019autres, que la religion, ou au moins quelques formes religieuses, se retrouvent en tout temps, dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s humaines. Comme Bloch (voir ci-dessus), il voit bien que ce serait faire peu de cas de la richesse et la diversit\u00e9 de cet \u00e9tonnant fait culturel que de le ramener \u00e0 un \u00ab g\u00e8ne de Dieu \u00bb. Faut-il alors penser que ce n\u2019est pas dans la religion, mais dans la religiosit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019attrait exerc\u00e9 par la pens\u00e9e \u00ab religieuse \u00bb qu\u2019il faut rechercher la nature humaine ? On voit une analogie avec le langage: ce n\u2019est pas le langage qui est inn\u00e9, mais la comp\u00e9tence \u00e0 l\u2019apprendre. Mais alors, que veut dire pens\u00e9e \u00ab religieuse \u00bb ? Un des dadas de Bronkhorst est l\u2019\u00e9tude de l\u2019asc\u00e9tisme (Bronkhorst 2001), c\u2019est-\u00e0-dire cette propension \u2013 encore une que l\u2019on retrouve de tout temps dans toutes cultures &#8211; \u00e0 s\u2019imposer des \u00ab complications \u00bb diverses dans la vie, par exemple de ne pas manger, ne pas boire ou habiter sur le chapiteau d\u2019une colonne ! De quoi s\u2019agit-il ? Sans doute, d\u2019affirmer sa grandeur en se riant de la petitesse de la vie quotidienne ! Dans un livre r\u00e9cent, Bronkhorst va plus loin en rapportant l\u2019attrait pour la grandeur aux fondements neurobiologiques de la conscience (Bronkhorst 2012). C\u2019est bien \u00e0 ce niveau qu\u2019il nous faut r\u00e9fl\u00e9chir. Revenons donc \u00e0 notre chemin \u00e9volutif. Au temps o\u00f9 nous en \u00e9tions encore \u00e0 l\u2019anc\u00eatre commun de l\u2019homme et du singe, l\u2019individu \u00e9go\u00efste ne voyait gu\u00e8re que son int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat. Il percevait n\u00e9anmoins d\u00e9j\u00e0 finement ses semblables et il savait s\u2019engager dans des collaborations, complexes\u2026 mais n\u2019exag\u00e9rons pas. Arrivent l\u2019explosion mentale et l\u2019extension infinie de l\u2019image du monde. La profondeur de l\u2019analyse que les individus peuvent faire de leur situation n\u2019a plus de limite. En principe, chacun est capable de concevoir intellectuellement des buts sophistiqu\u00e9s qui ne peuvent \u00eatre atteints qu\u2019\u00e0 travers des strat\u00e9gies portant sur le long terme. Surtout, gr\u00e2ce au langage, les \u00eatres humains peuvent collaborer pour atteindre ces buts. Les possibilit\u00e9s d\u2019action semblent infinies. Peuvent-elles se r\u00e9aliser ? Pas dans cet \u00e9tat ! Nous le savons personnellement et la neuropsychologie le confirme (r\u00e9f\u00e9rence), nos d\u00e9cisions ne sont gu\u00e8re prises par l\u2019analyse raisonnable et l\u2019argumentation logique; elles suivent surtout nos \u00e9motions. Si cela est vrai pour l\u2019homme moderne, ce l\u2019est encore bien plus chez nos cong\u00e9n\u00e8res simiesques comme ce l\u2019\u00e9tait sans doute \u00e0 l\u2019origine de l\u2019\u00e9volution du groupe Homo. Pour prendre avantage des nouvelles potentialit\u00e9s intellectuelles et sociales de l\u2019homme moderne, il a fallu que l\u2019\u00e9volution introduise une nouvelle composante \u00e0 la nature humaine : l\u2019\u00e9motion de la transcendance. Telle est l\u2019hypoth\u00e8se que nous proposons ici sur la base des consid\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes. Il s\u2019agit maintenant de donner au mot bateau \u00ab transcendance \u00bb, un cadre un peu plus ferme.<\/p>\n<p><strong>Transcendantal<\/strong><br \/>\n<em>L\u2019amour<\/em> Nous invoquions ci-dessus ces propri\u00e9t\u00e9s biologiques qui assurent que l\u2019avantage imm\u00e9diat de l\u2019organisme n\u2019\u00e9crase pas l\u2019avantage \u00e0 long terme. Nous citions les rigoureux contr\u00f4les qui assurent l\u2019\u00ab altruisme \u00bb (au sens biologique) de tous les membres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019insectes sociaux. Nous avons aussi \u00e9voqu\u00e9 le plaisir sexuel comme contribution \u00e0 la valorisation de la reproduction sexuelle par opposition \u00e0 la parth\u00e9nogen\u00e8se (clonage). \u00c0 ce point de notre expos\u00e9, nous pouvons en ajouter une autre, le couple durable, une structure sociale qui ne se retrouve pas chez les autres grands singes. R\u00e9sultat : doublement de la force de travail r\u00e9sultant en plus d\u2019enfants, plus forts; l\u2019avantage \u00e9volutif est \u00e9vident [7]. Cette invention de l\u2019\u00e9volution n\u2019est pas une nouveaut\u00e9 humaine, elle se retrouve dans de nombreuses esp\u00e8ces telles que le corbeau ou certains campagnols. Est-ce \u00e0 dire que l\u2019amour dans le couple n\u2019est pas une pr\u00e9rogative humaine ? L\u2019observation des esp\u00e8ces monogames fait en tous cas souvent penser \u00e0 de grands amoureux (r\u00e9f\u00e9rence ? Un petit film sur les campagnols ?) Il est int\u00e9ressant que la biochimie de ce comportement se retrouve aussi chez les humains amoureux (Young and Wang 2004). Le public adore \u00e7a, la presse populaire s\u2019en r\u00e9gale (Precht 2012), mais l\u2019amour sexuel ou parental est quand m\u00eame assez distant de l\u2019amour, \u00e9motion fondamentale de la grandeur des relations humaines, mentionn\u00e9e ci-dessus. L\u2019amour auquel se r\u00e9f\u00e8re l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019\u00e9motion transcendantale n\u2019est pas li\u00e9 au sexe ou aux enfants. Son origine \u00e9volutive ne peut \u00eatre due directement \u00e0 la propagation des g\u00e8nes, car elle s\u2019affranchit pour une bonne part du cadre de la parent\u00e9. Il est pourtant vraisemblable que les racines de l\u2019amour transcendantal soient \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019amour sexuel ou parental que la nature a \u00ab invent\u00e9 \u00bb bien avant. En quelque sorte, cette nouvelle forme sociale \u00e9tend au dehors du milieu familial l\u2019amour que les parents portent naturellement \u00e0 leurs enfants. C\u2019est peut-\u00eatre en raison de ces racines communes que les diff\u00e9rents sens du mot amour sont pareillement imbriqu\u00e9s. Le sens commun ne s\u2019y trompe portant pas compl\u00e8tement; peu confondent \u00ab faire l\u2019amour \u00bb avec la recherche de \u00ab l\u2019amour divin \u00bb. L\u2019amour auquel nous nous r\u00e9f\u00e9rons ici doit plut\u00f4t \u00eatre vu comme un attachement confiant et amical appelant une collaboration durable. Surtout, il transcende l\u2019int\u00e9r\u00eat individuel en une \u00e9motion ouverte \u00e0 autrui et au monde. <em>Le principe de r\u00e9alit\u00e9<\/em> \u00ab Dans la psychanalyse freudienne, le principe de r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9signe la capacit\u00e9 d&rsquo;ajourner la satisfaction pulsionnelle \u00bb (Wikipedia). C\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit: renoncer \u00e0 son int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat pour un avantage plus grand plus tard. Comme chacun l\u2019exp\u00e9rimente \u00e0 chaque instant, la pratique du principe de r\u00e9alit\u00e9 est difficile, et cela d\u2019autant plus que l\u2019on est capable d\u2019envisager un avenir plus grand, plus lointain et plus complexe. Le sujet est vaste. La litt\u00e9rature abonde. Tout gamin, j\u2019avais commenc\u00e9 par un livre de Bettelheim faisant une large place au sujet (Bettelheim 1967, 1969) ; j\u2019y \u00e9tais encore il y a quelques jours \u00e0 propos d\u2019une recherche sur la neurobiologie de la planification de l\u2019action chez la souris (zut, je ne retrouve pas la r\u00e9f\u00e9rence, \u00e7a viendra). Le sujet est fondamental dans le pr\u00e9sent texte. Bornons-nous \u00e0 remarquer que l\u2019\u00e9motion transcendantale porte et \u00e9tend le principe de r\u00e9alit\u00e9. <em>La religiosit\u00e9<\/em> En juin 2011, \u00e0 l\u2019occasion de son changement de statut de professeur ordinaire \u00e0 celui de professeur honoraire, Johannes Bronkhorst avait organis\u00e9 un m\u00e9morable colloque \u00ab Why are humans religious ?\u00bb. Passionnant ! J\u2019en ai retir\u00e9 en particulier l\u2019\u00e9vidence de l\u2019omnipr\u00e9sence et la diversit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne religieux, mais aussi combien la plus brillante assembl\u00e9e de sp\u00e9cialistes \u00e9tait rest\u00e9e incapable de s\u2019entendre sur la d\u00e9finition m\u00eame du sujet. Dans le contexte du pr\u00e9sent texte, la religiosit\u00e9 apparait comme une \u00e9laboration de l\u2019\u00e9motion transcendantale. Comme le dit Maurice Bloch, ni la religion ni la religiosit\u00e9 ne sont constitutives de la nature humaine. Selon la pr\u00e9sente hypoth\u00e8se, c\u2019est l\u2019\u00e9motion transcendantale qui est fondamentale. \u00c0 partir de l\u00e0, il n\u2019y a qu\u2019un pas pour que la religiosit\u00e9 impr\u00e8gne les cultures et que les religions y fleurissent. Le livre de D. S. Wilson, Darwin\u2019s cathedral (Wilson 2003) nous conduit \u00e9l\u00e9gamment sur le chemin de cette \u00e9laboration culturelle.<\/p>\n<p><strong>Et alors ?<br \/>\n<\/strong> D\u2019abord il s\u2019agit de savoir si l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019\u00e9motion transcendantale fait sens. Je la crois testable, c\u2019est \u00e0 dire falsifiable. Si elle s\u2019av\u00e8re un peu correcte, elle sera aussi euristique. Elle m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e dans bien d\u2019autres domaines. Pour le moment, j\u2019en tire une conclusion toute pragmatique sugg\u00e9rant \u00e0 l\u2019ath\u00e9e que je suis, une approche plut\u00f4t bienveillante de la religion. Voyons tout cela. <em>Testable<\/em> L\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019\u00e9motion transcendantale est testable, selon deux voies au moins. La premi\u00e8re suit l\u2019approche de Laurent Lehmann, mon voisin de bureau au DEE qui mod\u00e9lise l\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s, humaines en particulier Lehmann and Rousset, 2014). La m\u00e9thode consiste \u00e0 d\u00e9finir un mod\u00e8le compatible avec les donn\u00e9es historiques et d\u2019observer son \u00e9volution en fonction des param\u00e8tres \u00e9tudi\u00e9s. \u00c0 titre d\u2019exemple, un de ses r\u00e9cents travaux avait pour titre : \u00ab The co-evolution of social institutions, demography, and large-scale human cooperation \u00bb (Powers and Lehmann 2013). \u00c0 partir d\u2019un mod\u00e8le vraisemblable de soci\u00e9t\u00e9 n\u00e9olithique form\u00e9e de petits groupes ind\u00e9pendants, il \u00e9tudie les conditions qui conduisent \u00e0 la formation de larges groupes investissant dans le bien commun une part substantielle de leurs efforts. Il me semble qu\u2019une approche de ce type pourrait incorporer l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019\u00e9motion transcendantale afin d\u2019explorer si et comment elle pourrait contribuer \u00e0 rendre compte de l\u2019histoire \u00e9volutive humaine. La seconde voie viendra de la g\u00e9n\u00e9tique. Ne parlons pas du g\u00e8ne de la transcendance, ce sera plus compliqu\u00e9. Pour le moment, la g\u00e9n\u00e9tique des traits complexes est difficile et elle n\u2019en est qu\u2019\u00e0 ses balbutiements. Toutefois, si l\u2019hypoth\u00e8se est correcte, il y aura forc\u00e9ment un corr\u00e9lat g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 l\u2019\u00e9motion transcendantale. Si tel est le cas, nous pouvons penser qu\u2019il sera possible de le caract\u00e9riser et de suivre son \u00e9volution au cours de l\u2019hominisation. Au rythme auquel arrivent les donn\u00e9es de la g\u00e9n\u00e9tique (l\u2019avalanche actuelle des donn\u00e9es provenant du s\u00e9quen\u00e7age des g\u00e9nomes) et la r\u00e9cente capacit\u00e9 d\u2019\u00e9tendre la lecture aux ADN fossiles, il ne faudra peut-\u00eatre pas attendre tr\u00e8s longtemps (le point dans (Callaway 2014)). <em>Consid\u00e9rable<\/em> Ici encore je reprends une consid\u00e9ration adapt\u00e9e de Bronkhorst dans son dernier ouvrage (Bronkhorst 2012). Toujours au cas o\u00f9 l\u2019hypoth\u00e8se serait correcte, il est \u00e9vident que l\u2019\u00e9motion transcendantale est fondamentale pour toute la psychologie, la sociologie et l\u2019anthropologie. \u00c0 ma connaissance, rien de tel n\u2019a s\u00e9rieusement \u00e9t\u00e9 introduit dans la pens\u00e9e de ces domaines. Quand je vois ce que les psychanalystes (par exemple) ont r\u00e9ussi \u00e0 construire \u00e0 partir de leurs concepts fondateurs tels que la th\u00e9orie sexuelle ou le complexe d\u2019\u0152dipe, je me dis que l\u2019\u00e9motion transcendantale pourrait \u00eatre une nouvelle voie royale vers une compr\u00e9hension renouvel\u00e9e de l\u2019\u00eatre humain. <em>Bienveillante<\/em> Dawkins, comme d\u2019autres, veut en finir avec Dieu (Dawkins 2006). Le filon est \u00e0 la mode, beaucoup s\u2019y jettent. Selon les vues ci-dessus, ils ont tout faux, comme avait (a ?) tout faux l\u2019\u00c9glise catholique lorsqu\u2019elle diabolise le plaisir sexuel. La jouissance du sexe est une propri\u00e9t\u00e9 humaine qui a eu toute sa valeur \u00e9volutive et qui garde encore quelque avantage. L\u2019attrait pour la transcendance a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 fondateur de l\u2019Homo sapiens. Comme d\u00e9crit ci-dessus il pourrait \u00eatre actuellement plus important que jamais. C\u2019est en tous cas ce que sugg\u00e8re le n\u00e9cessit\u00e9 de trouver des r\u00e9ponses aux d\u00e9fis pos\u00e9s par\u00a0la mondialisation ou \u00e0 l\u2019\u00e9chauffement climatique. Il s\u2019agit d\u2019abord de bien prendre connaissance de ce qu\u2019est l\u2019\u00e9motion transcendantale pour l\u2019accueillir et la guider avec bienveillance de mani\u00e8re \u00e0 la transcender en un bienfait pour tous. Y\u2019a du boulot!<\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p>[1]\u00a0<a href=\"http:\/\/www.theguardian.com\/science\/2014\/feb\/19\/alison-jolly\">http:\/\/www.theguardian.com\/science\/2014\/feb\/19\/alison-jolly<\/a> (consult\u00e9 le 25.3.14).<br \/>\n[2]\u00a0<a href=\"http:\/\/www.ted.com\/talks\/frans_de_waal_do_animals_have_morals\">http:\/\/www.ted.com\/talks\/frans_de_waal_do_animals_have_morals<\/a> (consult\u00e9 le 25.3.14).<br \/>\n[3]\u00a0Je cite ceux qui m\u2019ont particuli\u00e8rement apport\u00e9: <span style=\"line-height: 1.5;\">&#8211; Bronkhorst, J. (2012). Absorption. Human nature and buddhist liberation, UniversityMedia. <\/span>&#8211; Damasio, A. R. (2003). Spinoza avait raison. Joie et tristesse, le cerveau des \u00e9motions. Paris, Odile Jacob. &#8211; Churchland, P. S. (2013). Touching A Nerve: The Self As Brain, W. W. Norton &amp; Company. &#8211; Dehaene, S. (2014). Consciousness and the Brain. New York, Viking. &#8211; Edelmann, G. M. (2000). Biologie de la conscience (Titre original: Bright Air, Brilliant Fire: On the Matter of Mind). Paris, Poches Odile Jacob. &#8211; Hauser, M. D., et al. (2002). \u00ab\u00a0The faculty of language.\u00a0\u00bb Science <strong>298<\/strong>: 1569 &#8211; 1576. Malheureusement, Hauser n\u2019a pas fait bonne impression depuis. Voir\u00a0: https:\/\/chronicle.com\/article\/Marc-Hauser-Resigns-From\/128296\/. &#8211; Koch, C. (2012). Consciousness. Confessions of a romantic reductionist. Cambridge (Ma), The MIT Press.<br \/>\n[4] \u00a0Voir\u00a0: https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=175.<br \/>\n[5] \u00a0Voir aussi\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=dAljJfR3HZ0\">http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=dAljJfR3HZ0<\/a><br \/>\n[6] \u00a0Tous, vraiment\u00a0? On peut se le demander pour certains que nous connaissons. \u00c0 mon avis, ceux-ci sont g\u00e9n\u00e9ralement de vulgaire auto-tricheurs qui, pris dans la tourmente quotidienne, se refusent \u00e0 accepter un besoin qui pourrait les d\u00e9stabiliser. J\u2019admets quand-m\u00eame que, pour la grandeur, certains sont plus dou\u00e9s que d\u2019autres. Et puis, il semble qu\u2019il existe des cas pathologique. Celui de Phineas Gage (http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Phineas_Gage) est document\u00e9 dans tous les trait\u00e9s de neurobiologie. Le psychopathe asocial semble \u00eatre une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un article r\u00e9cent du Scientifique American met en parall\u00e8le avec des grands patrons de l\u2019industrie Dutton, K. (2012). \u00ab\u00a0The wisdom of psychopaths.\u00a0\u00bb Scientific American <strong>307<\/strong>(04 (Oct. 2012)): 68 &#8211; 71.<br \/>\n[7] \u00a0Evident\u00a0? Pas tellement\u00a0! Les \u00e9tudes comparative r\u00e9centes sugg\u00e8rent une tout autre explication\u00a0: Lukas, D. and T. H. Clutton-Brock (2013). \u00ab\u00a0The evolution of social monogamy in mammals.\u00a0\u00bb Science <strong>341<\/strong>(2.8.13): 526 &#8211; 530. On conna\u00eet les tr\u00e8s mauvaises pratiques du lion lorsqu\u2019il devient m\u00e2le alpha. Il tue les petits des\u00a0 femelles de la horde pour favoriser sa propre descendance.\u00a0 En fait, la pratique est courante chez de nombreuses esp\u00e8ces de mammif\u00e8res. \u00c9tudiant la phylog\u00e9nie de 61 esp\u00e8ces dont le male est monogame,\u00a0 Lukas constate qu\u2019elles descendent toutes d\u2019esp\u00e8ces dont le m\u00e2le pratique l\u2019infanticide. La monogamie serait alors une solution \u00e9volutive efficace pour \u00e9viter cette couteuse pratique.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p>Batson, C. D. (2008). \u00ab\u00a0Moral masquerades: Experimental exploration of the nature of moral motivation\u00a0\u00bb. \u00a0Phenom Cogn Sci 7: 51 &#8211; 66.<\/p>\n<p>Bettelheim, B. (1967, 1969). Survivre. Paris, \u00c9ditions Robert Laffont.<\/p>\n<p>Bronkhorst, J. (2001). \u00ab\u00a0Ascetism, religion and biological evolution.\u00a0\u00bb Method and Theory in the Study of Religion 13: 374-418.<\/p>\n<p>Bronkhorst, J. (2008). Aux origines de la philosophie indienne. Paris, Infolio.<\/p>\n<p>Bronkhorst, J. (2012). Absorption. Human nature and buddhist liberation, UniversityMedia.<\/p>\n<p>Callaway, E. (2014). \u00ab\u00a0The Neanderthal in the family.\u00a0\u00bb Nature 507(27.3.): 414-416.<\/p>\n<p>Churchland, P. S. (2013). Touching A Nerve: The Self As Brain, W. W. Norton &amp; Company.<\/p>\n<p>Damasio, A. R. (2003). Spinoza avait raison. Joie et tristesse, le cerveau des \u00e9motions. . Paris, Odile Jacob.<\/p>\n<p>Darwin, C. (1859 (1992)). L&rsquo;origine des esp\u00e8ces au moyen de la s\u00e9lection naturelle ou la pr\u00e9servation des races favoris\u00e9esdans la lutte pour la vie, GF Flammarion.<\/p>\n<p>Darwin, C. (1871 (2006)). La descendance de l&rsquo;homme. Les facult\u00e9s mentales de l&rsquo;homme et celles des animaux inf\u00e9rieurs, L&rsquo;Harmattan.<\/p>\n<p>Dawkins, R. (2006). The God delusion. London, Bantam Press. de Gennes, P.-G. (1985). Scaling concepts in polymer physics. Ithaca, London, Cornell University Press.<\/p>\n<p>Dehaene, S. (2014). Consciousness and the Brain. New York, Viking. Dutton, K. (2012). \u00ab\u00a0The wisdom of psychopaths.\u00a0\u00bb Scientific American 307(04 (Oct. 2012)): 68 &#8211; 71.<\/p>\n<p>Edelmann, G. M. (2000). Biologie de la conscience (Titre original: Bright Air, Brilliant Fire: On the Matter of Mind). Paris, Poches Odile Jacob.<\/p>\n<p>Hauser, M. D., et al. (2002). \u00ab\u00a0The faculty of language.\u00a0\u00bb Science 298: 1569 &#8211; 1576.<\/p>\n<p>Jolly, A. (1999). Lucy&rsquo;s Legacy: Sex and Intelligence in Human Evolution, Harward University Press.<\/p>\n<p>Koch, C. (2012). Consciousness. Confessions of a romantic reductionist. Cambridge (Ma), The MIT Press.<\/p>\n<p>Lukas, D. and T. H. Clutton-Brock (2013). \u00ab\u00a0The evolution of social monogamy in mammals.\u00a0\u00bb Science 341(2.8.13): 526 &#8211; 530.<\/p>\n<p>Lehmann, L. and F. Rousset (2014). \u00ab\u00a0The genetical theory of social behaviour.\u00a0\u00bb Phil. trans. R. Soc. B <b>369\u00a0<\/b>(31.3.14)<\/p>\n<p>Passy, F. (2003). Social Networks Matter. But How ? Social Movements and Networks. Relational Approaches to Collective Action. M. D. D. McAdam. Oxford, Oxford University Press: 21 &#8211; 48.<\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Passy, F. (en pr\u00e9paration). Chapter 1: Bringing the Mind Back In. <\/span><span style=\"line-height: 1.5;\">Passy, F. and G.-A. Monsch (2013). Do social neworks really matter in contentious politics? Social networks and social movements. In:\u00a0J. Krinsky and N. Crossley. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Powers, S. T. and Lehmann, L. (2013). \u00ab\u00a0The co-evolution of social institutions, demography, and large scale human cooperation.\u00a0\u00bb Ecology Letters 16(11): 1356-1364. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Precht, R. D. (2012). Wer bin ich, und wenn Ja, wie viele?, Goldmann. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Reardon, S. (2014). \u00ab\u00a0Monkey brains wired to share. Game-theory test exposes circuits for social interaction.\u00a0\u00bb Nature 506(22.2.14): 416. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Rizzolatti , G. and C. Sinigaglia (2007). Les neurones miroirs. Paris, Editions Odile Jacob. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Santiesteban, I., et al. (2012). \u00ab\u00a0Enhancing social ability by stimulating right temporoparietal junction.\u00a0\u00bb Curr. Biol. 22(23 (4.12)): 2274 &#8211; 2277. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Trivers, R. (2011). Deceit and self-deception. Fooling Yourself the Better to Fool Others, Penguin Books. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Wilson, D. S. (2003). Darwin&rsquo;s cathedral, The University of Chicago Press. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"line-height: 1.5;\">Young, L. J. and Z. Wang (2004). \u00ab\u00a0The neurobiology of pair-bonding.\u00a0\u00bb Nat. Neurosci. 7: 1048 &#8211; 1054.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alison Jolly est morte le 6 f\u00e9vrier. Il est bon de se souvenir d\u2019elle [1]. 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