{"id":591,"date":"2015-04-03T17:43:02","date_gmt":"2015-04-03T15:43:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=591"},"modified":"2015-04-03T17:43:02","modified_gmt":"2015-04-03T15:43:02","slug":"bien-faire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=591","title":{"rendered":"Bien faire"},"content":{"rendered":"<p>C&rsquo;\u00e9tait au temps o\u00f9 je m&rsquo;initiais \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique. Le professeur titulaire, th\u00e9ologien de surcroit, me chaperonnait. R\u00e9agissant \u00e0 mon id\u00e9e\u00a0selon laquelle\u00a0chacun est\u00a0\u00a0responsable d&rsquo;\u00e9laborer sa\u00a0morale selon la r\u00e9alit\u00e9 du monde et la sagesse de la raison, il me fit p\u00e9remptoirement savoir que cette id\u00e9e\u00a0de morale naturelle est une vieillerie d\u00e9pass\u00e9e. Fin de la discussion.<\/p>\n<p>Reprenons.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/diezi_voeux.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-595\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/diezi_voeux.jpg?resize=328%2C401&#038;ssl=1\" alt=\"diezi_voeux\" width=\"328\" height=\"401\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/diezi_voeux.jpg?w=525&amp;ssl=1 525w, https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/diezi_voeux.jpg?resize=245%2C300&amp;ssl=1 245w\" sizes=\"auto, (max-width: 328px) 100vw, 328px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Pour la nouvelle ann\u00e9e, Jacques Diezi m&rsquo;a offert cette belle gravure. J&rsquo;aime les arbres; la beaut\u00e9 a-t-elle meilleure expression? J&rsquo;aime aussi leur symbolisme; l&rsquo;arbre de la vie, l&rsquo;arbre de l&rsquo;\u00e9volution, l&rsquo;arborescence d&rsquo;une pens\u00e9e subtile, m\u00eame la construction d&rsquo;une phrase. Dans l&rsquo;image ci-dessus, je vois le monde en au moins 4 dimensions. La premi\u00e8re est le temps. Il se d\u00e9roule le long du tronc et des branches qui s&rsquo;\u00e9talent dans l&rsquo;espace vers l&rsquo;indiscernable tissu du futur. L&rsquo;arbre est notre vie trac\u00e9e dans le monde o\u00f9 chaque instant est pour nous une bifurcation. Pour la clart\u00e9 de la repr\u00e9sent\u00adation, \u00adJacques Diezi n&rsquo;en a grav\u00e9 que quelques-unes; sans doute celles qui, \u00e0 post\u00e9riori, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les plus d\u00e9cisives. O\u00f9 suis-je maintenant dans ce parcours? Quelque part, bien avanc\u00e9 sur un rameau particulier, ayant laiss\u00e9 derri\u00e8re moi toutes les bifurcations vers les autres futurs \u00e0 jamais disparus<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n<h2>Libert\u00e9<\/h2>\n<p>Bien s\u00fbr, cet arbre, je l&rsquo;aime surtout parce qu&rsquo;il dessine ma libert\u00e9. Chaque embranchement est l&rsquo;instant d&rsquo;un choix auquel je participe et ma libert\u00e9 est le r\u00f4le que je m&rsquo;attribue dans ce choix. Elle est en moi que je la veuille ou non, qu&rsquo;elle soit consciente ou pas. Elle est ma substance affective. \u00c0 son propos, je me sens assez husserlien, convaincu que ce sentiment, comme la conscience de soi ou l&rsquo;amour, est au fondement de toute connaissance m\u00eame si la dire est bien difficile. Certains l&rsquo;on fait avec les mots les plus touchants. Ils font la litt\u00e9rature. D&rsquo;autres ont d\u00e9velopp\u00e9 d&rsquo;\u00e9tonnants pipautages. Par exemple, il est dit qu&rsquo;un choix libre est celui qui ne d\u00e9pend d&rsquo;aucune influence ext\u00e9rieure comme le d\u00e9, \u00ab\u00a0libre\u00a0\u00bb de tomber sur n&rsquo;importe quelle face<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. D&rsquo;autres nient que la libert\u00e9 puisse exister puisque, dans notre monde d\u00e9terministe, l&rsquo;avenir et tout entier la cons\u00e9quence unique du pass\u00e9. Je me rallie \u00e0 ce que j&rsquo;ai compris de Spinoza. Je vois une personne devant une bifurcation du chemin. Elle choisit d&rsquo;aller \u00e0 gauche parce qu&rsquo;\u00e0 droite le chemin semble boueux. Une autre arrive au m\u00eame endroit. Elle voit la bifurcation et la boue \u00e0 droite, mais elle voit aussi ce pass\u00e9 qui l&rsquo;a conduit ici et elle consid\u00e8re tous les futurs qu&rsquo;elle peut imaginer. Elle choisit le chemin de gauche parce qu&rsquo;il m\u00e8ne au mieux vers le but qu&rsquo;elle s&rsquo;est fix\u00e9. Pour moi, la deuxi\u00e8me personne est plus libre que la premi\u00e8re. Cette d\u00e9finition me suffit. Sans n\u00e9gliger tous les d\u00e9terminismes ext\u00e9rieurs ou int\u00e9rieurs qui influencent mon choix, elle me laisse ce que je suis: 73 ans d&rsquo;histoire v\u00e9cue dans un monde tr\u00e8s grand que je m&rsquo;efforce de percevoir, un peu.<\/p>\n<p>Avec la libert\u00e9 vient la responsabilit\u00e9. Qu&rsquo;en faire? Toujours husserlien, je sens que la r\u00e9ponse ne peut venir que du fond de moi. En moi, je sais, mieux que par n&rsquo;importe quel discours ce qui est bien et ce qui est mal. Mon bien\u00eatre ou mon bonheur en sont les indicateurs.<\/p>\n<p>Bonheur! Encore un mot qui est l&rsquo;objet des plus grandes envol\u00e9es de l&rsquo;esprit. Bien\u00eatre suit de pr\u00e8s. Mes philosophes classiques ne m&rsquo;ont gu\u00e8re aid\u00e9 \u00e0 les approcher. Heureusement, il y a mieux. Pendant des ann\u00e9es, les propos sur le bonheur d&rsquo;Alain (<a href=\"#_ENREF_1\">Alain 1956, 1970<\/a>) sont rest\u00e9s aux toilettes de notre maison de Rauenberg. J&rsquo;ai muri avec eux. R\u00e9cemment ce sont deux livres semblables, Happiness (<a href=\"#_ENREF_5\">Layard 2005<\/a>) et Happiness by design (<a href=\"#_ENREF_2\">Dolan 2014<\/a>) qui m&rsquo;ont \u00e9tonn\u00e9 par le plaisir que j&rsquo;y ai trouv\u00e9. Il m&rsquo;a fallu un peu de temps pour en comprendre la raison: ces auteurs cherchent &#8211; et trouvent &#8211; le bonheur, non pas dans l&rsquo;esprit, mais dans le ressenti en soi et la r\u00e9alit\u00e9 du monde (https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=282). Nous y reviendrons.<\/p>\n<h2>Moi ou nous<\/h2>\n<p>Longtemps, j&rsquo;ai voulu que la libert\u00e9 soit aussi morale. Sans doute est-ce l\u00e0 le relent de la tradition philosophique classique qui veut que libert\u00e9 et morale soient indissociablement et naturellement en nous. J&rsquo;ai abandonn\u00e9 depuis l&rsquo;enfance l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une morale transcendantale et la biologie m&rsquo;a appris que la morale naturelle est une id\u00e9e fallacieuse et dangereuse<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Gilles, rigoureux, m&rsquo;a oblig\u00e9 \u00e0 bien s\u00e9parer les deux concepts. La question \u00ab\u00a0que faire pour bien faire ?\u00a0\u00bb se trouve ainsi moins enchev\u00eatr\u00e9e. L&rsquo;\u00e9tude de la question s&rsquo;appelle l&rsquo;\u00e9thique, la morale<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> est la r\u00e9alit\u00e9 que nous lui donnons dans la vie.<\/p>\n<p>Vue de cette fa\u00e7on, bien faire se ram\u00e8ne \u00e0 deux strat\u00e9gies possibles, mais oppos\u00e9es: l&rsquo;une, c&rsquo;est moi, l&rsquo;autre, c&rsquo;est nous, ou alors, parce que nous ne sommes pas de ceux qui croient aux solutions simples, c&rsquo;est \u00ab\u00a0plut\u00f4t moi\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0plut\u00f4t nous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re direction est darwinienne; chacun fait ce qu&rsquo;il peut pour prosp\u00e9rer au mieux; le monde dans lequel je vis, les autres \u00eatres humains en particulier, ne compte pour moi que dans la mesure o\u00f9 ils me sont utiles. Il y a pr\u00e8s de 4 milliards d&rsquo;ann\u00e9es que la m\u00e9thode fonctionne, elle a fait la vie, elle nous a fait Hommes et elle poursuit aujourd&rsquo;hui son \u00e9crasante efficacit\u00e9. Elle va de soi, elle est naturelle. Comme la pierre qui roule vers la vall\u00e9e, elle ne demande ni plans ni choix.<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a><\/p>\n<p>La seconde n\u00e9cessite de prendre distance. Elle veut \u00e9tendre le moi subjectif et embrasser chacun du m\u00eame regard; elle veut \u00e9tendre \u00e0 tous le bonheur et l&rsquo;harmonie que je recherche. La r\u00e8gle d&rsquo;or de l&rsquo;\u00e9thique la dit de cent fa\u00e7ons; l&rsquo;une d&rsquo;elles est: \u00ab\u00a0Tu aimeras ton prochain comme toi-m\u00eame\u00a0\u00bb. Cette deuxi\u00e8me solution est moderne. Elle est apparue avec l&rsquo;Homme et sa capacit\u00e9 \u00e0 se faire une image complexes du monde o\u00f9 il peut se voir \u00ab\u00a0de l&rsquo;ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb, lui parmi les autres. Par ses neurones miroirs<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> il ressent m\u00eame l&rsquo;autre en lui. Ainsi, il imagine son futur sur la base de son exp\u00e9rience pass\u00e9e et il agit dans le pr\u00e9sent pour r\u00e9aliser un but. De petits buts en petits buts, petit \u00e0 petit, il construit ses propres valeurs qui deviennent le fil rouge qui guide ses choix. Sachant combien limit\u00e9e est notre libert\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 du monde, on peut s&rsquo;\u00e9tonner que chacun, \u00e0 chaque instant, pour chaque action, se sente convaincu d&rsquo;agir en fonction de ses buts et ses valeurs. Tant mieux!<\/p>\n<h2>Politique<\/h2>\n<p>Dans la vie r\u00e9elle, buts et valeurs deviennent politique. C&rsquo;est une question de d\u00e9finition, mais pour faire clair, je dis que la politique du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, s&rsquo;appelle la droite, celle du \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, la gauche. Ainsi, la D\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme pousse \u00e0 gauche, le socialisme y tend g\u00e9n\u00e9ralement aussi, le n\u00e9olib\u00e9ralisme va nettement \u00e0 droite. Je veux montrer que le bon sens et la raison appellent \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>Droite.<\/h3>\n<p>Naturellement, certains gagnent au jeu du moi. Certains, plut\u00f4t peu, sortent un moment vainqueurs de la s\u00e9lection darwinienne. Il y a 50 ans que le grand arbre qui ombrage notre jardin et l\u00e0, solidement ; il va vraisemblablement le rester pour quelques d\u00e9cennies. Je l&rsquo;imagine tranquille et satisfait&#8230; comme Vasella et les biens-arriv\u00e9es de notre soci\u00e9t\u00e9. Moi de m\u00eame. Il est vrai que de naitre en Suisse, m\u00e2le, dans une famille cultiv\u00e9e, juste avant les 30 glorieuses est un bon point de d\u00e9part. Aujourd&rsquo;hui, la femme libyenne \u00e0 moins de chance, comme d&rsquo;ailleurs les trillons de grains de pollen que le pin du jardin gaspille chaque ann\u00e9e. Soyons clairs, la solution darwinienne est formidablement s\u00e9lective; \u00e0 vue humaine, elle est \u00e9pouvantablement cruelle. Pourquoi alors est-elle si attirante? Comment se fait-il que certains osent publiquement se dire de droite?<\/p>\n<p>Il est vrai que, chez nous, dans notre milieu, en ce moment, \u00e7a va! \u00c7a va m\u00eame \u00e9tonnamment bien. En Suisse, actuellement, pour une majorit\u00e9 de la population, \u00e7a va aussi, et dans nos pays d\u00e9velopp\u00e9s, les sondages montrent que la plupart se disent plut\u00f4t heureux. Quelle chance! Il faut pourtant un bel effort pour ne pas tenir compte de la pr\u00e9carit\u00e9 de notre situation. Elle ne durera pas, c&rsquo;est s\u00fbr. Pour vivre et agir, ce bel effort, il faut le faire. Ce n&rsquo;est m\u00eame pas difficile, nous sommes construits pour. Il faut aussi fermement se couvrir les yeux pour ne pas voir ce qui ne va pas autour de nous, par exemple, les 10% de pauvres et tous ceux qui vivent sans r\u00e9elle appartenance en Suisse. Le faut-il? Plus loin, ne pas voir devient plus facile. Peter Singer, professeur d&rsquo;\u00e9thique \u00e0 Harvard, commen\u00e7ait son cours g\u00e9n\u00e9ral en distribuant un d\u00e9pliant appelant \u00e0 verser 5 $ pour gu\u00e9rir en enfant l\u00e9preux. Peu s&rsquo;appr\u00eataient \u00e0 payer. Il constatait ensuite que, quelques jours auparavant, quand un enfant avait risqu\u00e9 de se noyer dans l&rsquo;\u00e9tang du campus, sans h\u00e9sitation, tous les pr\u00e9sents se sont pr\u00e9cipit\u00e9s pour le sauver. C&rsquo;est la distance qui fait la diff\u00e9rence. Aimer son prochain est plus facile quand il est proche, encore mieux s&rsquo;il est g\u00e9n\u00e9tiquement proche! Voir court est facile. La politique de l&rsquo;autruche est rassurante.<\/p>\n<p>Elle est trompeuse. Elle peut fonctionner un temps et en un lieu, mais \u00e0 terme, le monde nous rattrape forc\u00e9ment. La question est, \u00abdans combien de temps ?\u00bb Les pr\u00e9visions m\u00e9t\u00e9orologiques sont \u00e0 une semaine, la pr\u00e9vision de vie est g\u00e9n\u00e9ralement un peu plus longue, naturellement, elle est de l&rsquo;ordre de la g\u00e9n\u00e9ration. Si le nanti d&rsquo;aujourd&rsquo;hui vise exclusivement son bien\u00eatre, il n&rsquo;est pas irraisonnable d&rsquo;en rester l\u00e0 et de faire le pari du moi si l&rsquo;on a bien \u00e9vit\u00e9 d&rsquo;avoir des enfants, des proches chers et des amis fid\u00e8les. M\u00eame dans ce cas, le pari est risqu\u00e9<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. On a vite un accident, on tombe vite malade, les affaires quelquefois vont gravement de travers, et qu&rsquo;on le veuille ou non, m\u00eame les yeux ferm\u00e9s, le monde nous rattrape. Ebola, l&rsquo;attaque de Charlie hebdo, les bateaux de r\u00e9fugi\u00e9s choquent et d\u00e9stabilisent beaucoup. En fait, ils ne devraient pas \u00e9tonner. Quant au changement climatique, j&rsquo;apprends beaucoup des nieurs de mon entourage. La volont\u00e9 de voir petit est plus grande qu&rsquo;on ne l&rsquo;imagine. C&rsquo;est de cela qu&rsquo;il faut s&rsquo;\u00e9tonner. Pourquoi tant de gens ne voient-ils pas o\u00f9 sont leur int\u00e9r\u00eat et leur avantage?<\/p>\n<p>C&rsquo;est une hypoth\u00e8se, mais je tends \u00e0 penser que la nature humaine favorise la droite. Darwin l&rsquo;avait bien vu, nous sommes \u00e9quip\u00e9s pour apprendre facilement certaines choses &#8211; le langage &#8211; et cultiver certaines \u00e9motions &#8211; la transcendance par exemple (https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=203). Il se pourrait que, comme la croyance selon laquelle toutes nos actions sont librement d\u00e9cid\u00e9es, nous soyons bons \u00e0 nous convaincre que le monde se limite au tout petit monde que nous percevons directement. \u00c9volutivement il fut probablement favorable de ne pas trop finasser ni trop se poser de questions. La soci\u00e9t\u00e9 l&rsquo;approuve comme le montre la fa\u00e7on dont sont trait\u00e9s les libres penseurs &#8211; ou les lanceurs d&rsquo;alerte. Le respect des puissants est peut-\u00eatre aussi une tendance naturelle favorisant la pens\u00e9e de droite. Il me semble que nos neurones miroirs (!!!) sont plus r\u00e9ceptifs envers ceux qui ont gagn\u00e9 qu&rsquo;envers ceux qui peinent &#8211; sauf peut-\u00eatre pour les jeunes enfants. Est-ce un r\u00e9sidu du temps o\u00f9 la hi\u00e9rarchie du groupe humaine \u00e9tait rigoureuse ou bien est-ce un avantage \u00e9volutif s\u00e9lectionn\u00e9 avec le d\u00e9veloppement de la socialit\u00e9 humaine? On en saura plus dans 10 ou 20 ans.<\/p>\n<h3>Gauche<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9go\u00efsme darwinien d&rsquo;un moi exclusif n&rsquo;est pas viable parce que le monde vivant est un tout o\u00f9 personne n&rsquo;est jamais seul. Pour y penser \u00e0 vaste \u00e9chelle, disons que la question de savoir si une vie existe sur une autre plan\u00e8te n&rsquo;est peut-\u00eatre pas si difficile \u00e0 r\u00e9soudre parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de voir le dinosaure local; il suffit d&rsquo;observer comment la plan\u00e8te a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e par la vie. Regardant notre Terre, nous savons que son atmosph\u00e8re remarquable &#8211; premier signe qu&rsquo;observerait l&rsquo;extraterrestre &#8211; porte tout enti\u00e8re la marque de la vie, par l&rsquo;oxyg\u00e8ne en particulier. Quant \u00e0 la nature du sol, ce n&rsquo;est pas seulement la fine couche v\u00e9g\u00e9tale qui en porte la trace<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, c&rsquo;est toute la g\u00e9ologie. En effet, la majorit\u00e9 des min\u00e9raux sont issus de processus biochimiques (l\u00e0, une r\u00e9f\u00e9rence quantitative perdue du Scientific Amercan).<\/p>\n<p>Le mot altruisme s&rsquo;immisce forc\u00e9ment dans la pr\u00e9sente r\u00e9flexion. Dans son sens traditionnel, il est une valeur morale. Dans le sens biologique, il correspond \u00e0 un apparent abandon au profit d&rsquo;un autre d&rsquo;un avantage qu&rsquo;un organisme pourrait s&rsquo;attribuer. Darwin (encore lui) s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tonn\u00e9 de l&rsquo;ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne qui, \u00e0 priori, semble s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;\u00e9go\u00efsme naturel qu&rsquo;implique sa th\u00e9orie. Depuis, la situation s&rsquo;est clarifi\u00e9e; si le comportement altruiste implique une perte pour l&rsquo;individu ici et maintenant, une analyse plus large montre que, globalement, finalement, la vie y gagne toujours. En fait, l&rsquo;altruisme biologique est un \u00e9go\u00efsme malin. Ainsi, l&rsquo;\u00eatre humain lui aussi est biologiquement altruiste, un peu et toujours de mani\u00e8re ambig\u00fce. Le chapitre de l&rsquo;altruisme biologique ne s&rsquo;arr\u00eate pas avec cette remarque. \u00ab\u00a0Mon\u00a0\u00bb d\u00e9partement de l&rsquo;UNIL, le DEE, consacre l&rsquo;essentiel de ses efforts \u00e0 en poursuivre l&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n<p>Mais nous ici, continuons avec l&rsquo;altruisme social et culturel qui appel \u00e0 \u00ab\u00a0aimer son prochain comme soi-m\u00eame\u00a0\u00bb, \u00e0 ressentir le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb plut\u00f4t que le \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, \u00e0 penser large. La pens\u00e9e libre nous y conduit de toutes les mani\u00e8res. Nous en explorons quelques-unes.<\/p>\n<h2>Gauche<\/h2>\n<h3>Thermodynamique<\/h3>\n<p>Passet (<a href=\"#_ENREF_6\">Passet 2010<\/a>) se r\u00e9f\u00e8re aux sciences dures pour comprendre l&rsquo;\u00e9conomie. Didactiquement, l&rsquo;id\u00e9e est bonne, mais, nous aide-t-elle \u00e0 faire des pr\u00e9visions r\u00e9alistes? A-t-elle une valeur euristique? J&rsquo;en doute (https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=163). Fran\u00e7ois Rodier, un physicien pur et dur, tente la m\u00eame aventure dans un podcast int\u00e9ressant (https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=5-qap1cQhGA&amp;list=UUGv05UJHKH5EclUmms753Zw). Je trouve que lui aussi pousse bien loin le bouchon de la m\u00e9taphore d\u00e9guis\u00e9e en mod\u00e8le r\u00e9aliste. La m\u00eame d\u00e9marche a-t-elle plus de sens en politique?<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> J&rsquo;en ai l&rsquo;impression. Essayons prudemment.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/bien_mal.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-594\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/bien_mal.jpg?resize=305%2C344&#038;ssl=1\" alt=\"bien_mal\" width=\"305\" height=\"344\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/bien_mal.jpg?w=658&amp;ssl=1 658w, https:\/\/i0.wp.com\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/bien_mal.jpg?resize=266%2C300&amp;ssl=1 266w\" sizes=\"auto, (max-width: 305px) 100vw, 305px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Ouvrons n&rsquo;importe quelle revue scientifique, on tombera sur un graphique de ce genre (figure 2) montrant que, en fonction d&rsquo;un quelconque param\u00e8tre, le syst\u00e8me recherche son minimum d&rsquo;\u00e9nergie. Selon la figure, le syst\u00e8me est le plus stable quand il est au fond du trou A. Un peu de chaleur lui donne \u00e0 s&rsquo;agiter tout en restant aux alentours du point d&rsquo;\u00e9quilibre id\u00e9al. Le trou B est \u00e9nerg\u00e9tiquement moins favorable, mais le syst\u00e8me peut y rester de mani\u00e8re stable tant que l&rsquo;agitation n&rsquo;est pas suffisante pour lui faire sauter la barri\u00e8re h. Si cet \u00e9v\u00e8nement survient, alors se casse la paix des m\u00e9nages. Attir\u00e9 par le trou profond A, le syst\u00e8me tombe en dissipant son trop-plein d&rsquo;\u00e9nergie. Cela peut faire des d\u00e9g\u00e2ts. Les physiciens adorent ce genre de mod\u00e8le et la gymnastique intellectuelle standard consiste \u00e0 \u00e9tendre la repr\u00e9sentation \u00e0 plusieurs param\u00e8tres, beaucoup de param\u00e8tres, m\u00eame \u00e0 un nombre infini de param\u00e8tres. L&rsquo;\u00e9nergie devient alors une hypersurface \u00e0 n-1 dimensions dans un espace \u00e0 n dimensions. Dommage, au-del\u00e0 de 3 dimensions, pas moyen de nous en faire une repr\u00e9sentation visuelle. Tant pis, les math\u00e9matiques ont des lois que ne s&rsquo;arr\u00eatent pas \u00e0 nos images. L&rsquo;une d&rsquo;elles, par exemple, nous enseigne qu&rsquo;une barri\u00e8re de potentiel qui semble insurmontable entre les \u00e9tats A et B dans le graphique \u00e0 2 dimensions peut \u00eatre contourn\u00e9e selon des chemins d&rsquo;autant plus nombreux que la dimension de l&rsquo;espace est grande. Ainsi, une coupe g\u00e9ographique selon l&rsquo;axe Lausanne-Evian sugg\u00e8re que le niveau du lac devrait atteindre le Chalet \u00e0 Gobet. Avec une dimension de plus, il descend \u00e0 375m en s&rsquo;\u00e9coulant \u00e0 Gen\u00e8ve. Le L\u00e9man serait bien vide si l&rsquo;on ajoutait encore quelques dimensions.<\/p>\n<p>Les physiciens ne sont pas les seuls \u00e0 appr\u00e9cier ce genre de mod\u00e8le, la biologie \u00e9volutive en a fait un de ses outils majeurs, comme on peut le constater en assistant \u00e0 n&rsquo;importe quel s\u00e9minaire du DEE, le noble institut font j&rsquo;ai l&rsquo;honneur d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;h\u00f4te. Chez ces gens, la n<sup>i\u00e8me<\/sup> dimension n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9nergie, mais la fitness, ou plut\u00f4t, la fitness chang\u00e9e de signe, car c&rsquo;est vers les sommets que la pousse l&rsquo;\u00e9volution et non pas, vers les puits les plus profonds illustr\u00e9s par la figure. Emma Darwin, qui peinait a admettre que l&rsquo;\u00e9volution naturelle puisse \u00ab\u00a0inventer\u00a0\u00bb l&rsquo;aile alors que le vol n&rsquo;existait pas, ou bien l&rsquo;oeil avant de voir, s&rsquo;en serait probablement mieux sortie si elle avait eu \u00e0 l&rsquo;esprit l&rsquo;imaginable richesse des chemins dans un espace multidimensionnel. Elle n&rsquo;est pas la seule, la th\u00e9orie darwinienne de l&rsquo;\u00e9volution reste, encore aujourd&rsquo;hui, inimaginable \u00e0 la plupart des gens qui nous entourent (<a href=\"#_ENREF_3\">Dubochet 2011<\/a>). La difficult\u00e9 que les biologistes rencontrent souvent pour faire comprendre la probl\u00e9matique de l&rsquo;origine de la vie, ou plus proche de nous, celle de la sp\u00e9ciation (les esp\u00e8ces: pourquoi et comment?), atteste que la plupart de nos concitoyens ne disposent pas des outils qui permettent de rendre compte de la complexit\u00e9 (https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/wp-admin\/post.php?post=82&amp;action=edit).<\/p>\n<p>Ici pourtant, ce n&rsquo;est ni de physique ni de biologie dont il s&rsquo;agit, mais de l&rsquo;\u00e9volution politique d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 que l&rsquo;on aimerait mod\u00e9liser selon un param\u00e8tre g\u00e9n\u00e9ral d'\u00a0\u00bb\u00e9nergie\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0fitness\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0qualit\u00e9\u00a0\u00bb. La tradition n\u00e9olib\u00e9rale veut que l&rsquo;on s&rsquo;en prenne au PIB. Nous n&rsquo;aimons pas \u00e7a. Lucy travaille \u00e0 trouver mieux. D&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, il faudrait mettre \u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0harmonie\u00a0\u00bb, mais de quoi s&rsquo;agit-il? Nous choisissons des mots moins charg\u00e9s, parce que plus bateau. Il s&rsquo;agit tout b\u00eatement de bien ou de mal faire. La convention des signes de l&rsquo;axe du bien et du mal nous conduit donc \u00e0 mettre le meilleur au plus bas et le pire au plus haut. Ainsi, le d\u00e9sir et les efforts de chacun le poussent vers le puits le plus profond. Pour ceux qui se trouvent en A ou en B, la vie peut se d\u00e9rouler relativement tranquillement, quoiqu&rsquo;elle est plus heureuse en A qu&rsquo;en B. Typiquement, en A, nous trouvons le bon bourgeois, tranquille et confiant dans son avenir qu&rsquo;il pense tout trac\u00e9. En B, c&rsquo;est peut-\u00eatre un paysan indien dans sa mis\u00e8re ancestrale. Dans son puits, chacun peut s&rsquo;agiter; l&rsquo;\u00e9tat reste stable tant que l&rsquo;agitation de B le laisse bien en dessous de la barri\u00e8re de potentiel h. Qu&rsquo;il l&rsquo;atteigne et hop, s&rsquo;ouvre \u00e0 lui l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat A, tellement plus d\u00e9sirable. Il y coule d&rsquo;autant plus violemment que la diff\u00e9rence de potentiel est grande. Son arriv\u00e9e en A est bousculante; il apporte avec lui l&rsquo;agitation qu&rsquo;il avait en B augment\u00e9e de la diff\u00e9rence de potentiel de A \u00e0 B. Le trou A pourra peut-\u00eatre dissiper cette agitation et se retrouver dans l&rsquo;\u00e9tat calme et profond. Ce n\u2019est pas certain. Quoi qu&rsquo;il en soit la transition sera d&rsquo;autant plus violente que la diff\u00e9rence de potentiel est grande. Le r\u00e9sultat a toutes les chances d&rsquo;\u00eatre douloureux pour l&rsquo;arrivant de B comme pour l&rsquo;habitant de A. On l&rsquo;aura compris, dans ce mod\u00e8le, on doit constater que le Moyen-Orient a \u00e9t\u00e9 chauff\u00e9 depuis bien des ann\u00e9es et, r\u00e9cemment, la barri\u00e8re de potentiel est saut\u00e9e par certains. Le r\u00e9sultat en est Charlie Hebdo ou le flot de r\u00e9fugi\u00e9s se d\u00e9versant dans la confortable Europe. Mes le\u00e7ons au foyer MNA pour mineurs non accompagn\u00e9s, visent simplement \u00e0 amortir la chute de quelques-un\/e\/s qui viennent de tomber dans notre puits.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le thermodynamique est tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral. Il s&rsquo;applique rigoureusement \u00e0 tout syst\u00e8me ferm\u00e9 \u00e9voluant sur une surface de potentiel. Le probl\u00e8me est que la vie n&rsquo;est pas un syst\u00e8me ferm\u00e9 (elle re\u00e7oit beaucoup d&rsquo;\u00e9nergie de l&rsquo;ext\u00e9rieure) et le potentiel est une grandeur physique rigoureusement d\u00e9finie. Ainsi, la diff\u00e9rence de potentiel entre A et B doit \u00eatre ind\u00e9pendant du chemin conduisant de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. M, arrivant d&rsquo;Afghanistan par avion \u00e0 Zurich ou K, faisant le trajet en deux ans par l&rsquo;Iran, la Turquie et la Gr\u00e8ce prouvent bien que ce n&rsquo;est pas toujours le cas. Il n&#8217;emp\u00eache que cette repr\u00e9sentation offre une analogie qui, au moins conceptuellement, m&rsquo;aide \u00e0 penser. Elle nous dit en particulier que la voie vers un monde meilleur, ne peut consister \u00e0 terme que dans la r\u00e9duction des diff\u00e9rences. Ceux qui pr\u00e9tendent stabiliser le syst\u00e8me et ses diff\u00e9rences en renfor\u00e7ant les barri\u00e8res de potentiel, comme le pr\u00f4ne un fort courant US depuis des d\u00e9cennies (<a href=\"#_ENREF_4\">Huntington 1998<\/a>) sont des fauteurs de troubles.<\/p>\n<p>Vous n&rsquo;aimez pas l&rsquo;analogie, tant pis, les m\u00eames conclusions se d\u00e9duisent sur d&rsquo;autres bases.<\/p>\n<h3>Philosophie politique.<\/h3>\n<p>Le livre de John Rawls, Th\u00e9orie de la justice (<a href=\"#_ENREF_8\">Rawls 1971 (1987)<\/a>) est un classique consid\u00e9rable. J&rsquo;en ressors ici une id\u00e9e, souvent cit\u00e9e: la soci\u00e9t\u00e9 pour laquelle nous voulons agir est celle que nous choisirions si nous ignorions la position dans laquelle nous aurons \u00e0 y vivre. Les successeurs ont \u00e9t\u00e9 prompts \u00e0 critiquer. On a dit par exemple que, \u00e9tant tous diff\u00e9rents, la solution qui est la meilleure pour moi n&rsquo;est pas forc\u00e9ment la meilleure pour tous. Sans doute. D&rsquo;ailleurs le m\u00eame reproche peut-\u00eatre fait \u00e0 la r\u00e8gle d&rsquo;or de l&rsquo;\u00e9tique \u00ab\u00a0traite ton prochain comme tu aimerais qu&rsquo;il te traite\u00a0\u00bb. Il n&#8217;emp\u00eache que, comme premi\u00e8re approximation, je n&rsquo;en vois pas de meilleure, surtout, en bon husserlien, persuad\u00e9 que ce que je sais des autres ne peut se construire que sur ce que je sens de moi. L&rsquo;id\u00e9e de Rawls s&rsquo;impose dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;avenir est impr\u00e9dictible. \u00c0 court terme pourtant, chacun cro\u00eet savoir ce qui va arriver. Nous comprenons que les nantis souhaitent conserver leur avantage. Ils s&rsquo;y cramponnent et ils y croient, plus que de raison. \u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle de la g\u00e9n\u00e9ration, l&rsquo;avantage \u00e9go\u00efste des nantis se dilue en une vaste illusion. La plupart son trop born\u00e9s pour s&rsquo;en rendre compte.<\/p>\n<p>Les r\u00e9flexions de Rawls ne sont pas des plus r\u00e9centes (1971), mais, si la philosophie ne vieillit gu\u00e8re, elle peut \u00eatre actualis\u00e9e. Il en va de m\u00eame pour l&rsquo;histoire. C&rsquo;est l&rsquo;historien Rosanvallon(<a href=\"#_ENREF_9\">Rosanvallon 2011<\/a>) qui m&rsquo;a r\u00e9cemment apport\u00e9 le plus pour replacer les id\u00e9es classiques de la philosophie politique dans la r\u00e9alit\u00e9 actuelle. Son message est optimiste. Il montre par exemple comment, vers la fin du 19e si\u00e8cle, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00c9tat redistributeur est soudainement devenue une r\u00e9alit\u00e9. Bismarck &#8211; certainement pas le plus socialiste des dirigeants &#8211; introduit une assurance sociale pour tous les Allemands parce qu&rsquo;il avait la claire intuition que pour \u00e9viter les m\u00e9faits du d\u00e9sordre, il fallait boucher les trous les plus marqu\u00e9s du syst\u00e8me social. \u00c9trangement, la France, l&rsquo;Angleterre et les USA ont fait de m\u00eame \u00e0 quelques ann\u00e9es d&rsquo;intervalle &#8211; pourtant Dieu sait si ces pays ne cherchaient pas \u00e0 unifier leurs politiques. Symbolique plus que r\u00e9elle au d\u00e9part, l&rsquo;id\u00e9e \u00e9tape par \u00e9tape, a fait son chemin. Il y a eu des hauts, il y a eu des bas. O\u00f9 en est-on? Coll\u00e9 \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 qui nous submerge, il est difficile de prendre distance et d&rsquo;y voir un peu clair. Les philosophes et les historiens nous y aident. Je les vois unis pour promouvoir le potentiel plat du chapitre pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3>Psychologie et sociologie.<\/h3>\n<p>Toujours bon Husserlien, nous savons ce qu&rsquo;est notre bonheur ou notre malheur. Pourtant, comme toutes \u00e9motions, ils sont indicibles. Cela n&#8217;emp\u00eache pas que nous l&rsquo;exp\u00e9rimentions \u00e0 chaque instant. De ces exp\u00e9riences, nous pouvons parler. Nous ne nous en privons pas et la litt\u00e9rature est abondante. Le plus souvent dans cette lecture, j&rsquo;ai surtout trouv\u00e9 l&rsquo;ennui, mais pas seulement. Pendant des ann\u00e9es, lorsque nous \u00e9tions en Allemangne, nous avons eu aux toilettes les Propos sur le bonheur d&rsquo;Alain (<a href=\"#_ENREF_1\">Alain 1956, 1970<\/a>). Pas de grands discours, des situations simples o\u00f9 l&rsquo;on peut se reconnaitre et penser \u00ab\u00a0ah ah, c&rsquo;est \u00e7a!\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0ha ha\u00a0\u00bb de la d\u00e9couverte scientifique. R\u00e9cemment, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 cette approche d\u00e9velopp\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re quasiment scientifique (<a href=\"#_ENREF_5\">Layard 2005<\/a>) (<a href=\"#_ENREF_2\">Dolan 2014<\/a>). D&rsquo;abord vient l&rsquo;expos\u00e9 des faits, mat\u00e9riel et m\u00e9thode: les exp\u00e9riences qui rendent heureux ou malheureux. Vient ensuite la discussion, la g\u00e9n\u00e9ralisation et la mise en relation avec les autres savoirs relevant. Viennent enfin la conclusion et ses solutions. J&rsquo;avais not\u00e9 sur mon blog, le plaisir surprenant de cette lecture (https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/?p=282).<\/p>\n<p>On retrouve dans ces livres, les observations bien connues selon lesquelles, au-del\u00e0 d&rsquo;un certain niveau de revenu &#8211; pas tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 &#8211; , la richesse mat\u00e9rielle n&rsquo;est plus un facteur d\u00e9terminant. C&rsquo;est la comparaison qui compte; ma situation par rapport \u00e0 celle de mon prochain? Du temps o\u00f9 nous \u00e9tions des activistes \u00e0 B\u00e2le, Michel Ducommun et Adrien Jeanneret s&rsquo;\u00e9taient fait vider de chez Ciba-Geigy (?) parce qu&rsquo;ils avaient communiqu\u00e9 leur salaire \u00e0 leurs coll\u00e8gues. Sage protection de la firme pour s&rsquo;assurer la maitrise du jeu, combien efficace, des gratifications arbitraires. Autre anecdote: le fait d&rsquo;avoir rendu publique la consommation \u00e9lectrique des m\u00e9nages en Californie, g\u00e9n\u00e9r\u00e9 autant d&rsquo;\u00e9conomie qu&rsquo;une augmentation de 20% du prix de l&rsquo;\u00e9nergie. Tout ceci est bien normal, nous sommes des \u00eatres sociaux, la soci\u00e9t\u00e9 nous fait constamment connaitre comment elle nous \u00e9value. Pour peu que le moi-individuel soit \u00e0 peu pr\u00e8s satisfait, c&rsquo;est le moi-social qui est d\u00e9terminant. La 3e illustration est bien plus qu&rsquo;une anecdote, c&rsquo;est un pan de r\u00e9alit\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9claire, avec le coefficient de Gini.<\/p>\n<p>Le coefficient de Gini (G), tout le monde en parle depuis quelques ann\u00e9es. Il y a de quoi! G est une mesure de la disparit\u00e9 des revenus dans une population. Il prend la valeur z\u00e9ro quand les revenues sont \u00e9galement r\u00e9partis et il vaut 1 quand une personne \u00e0 tout et les autres n&rsquo;ont rien. Entre ces extr\u00eames la d\u00e9finition est un peu compliqu\u00e9e (voir Wikipedia [http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Coefficient_de_Gini]). Qu&rsquo;importe, populairement on se r\u00e9f\u00e8re, par exemple, au rapport de revenus entre les 10% de la population qui a le plus et les 10% qui a le moins. Depuis quelques ann\u00e9es, un fait marquant de la sociologie a consist\u00e9 \u00e0 d\u00e9montrer que le Coefficient de Gini (G) est un indicateur robuste de la qualit\u00e9 de vie &#8211; du bonheur &#8211; d&rsquo;un groupe ou d&rsquo;une nation, dans la mesure o\u00f9 un seul chiffre peut rendre compte d&rsquo;une grandeur si complexe et multifactorielle. Le meilleur texte \u00e0 ce propos, je l&rsquo;ai trouv\u00e9 chez Wilkinson (<a href=\"#_ENREF_10\">Wilkinson and Pickett 2010<\/a>)) que j&rsquo;ai d\u00e9couvert lors de sa pr\u00e9sentation au colloque de l&rsquo;Acad\u00e9mie d&rsquo;Engelberg , en 2013. C&rsquo;\u00e9tait juste avant le vote sur l&rsquo;initiative f\u00e9d\u00e9rale 1:12 qui voulait limiter \u00e0 ce rapport l&rsquo;\u00e9chelle des salaires dans les firmes. (Elle fut rejet\u00e9e \u00e0 65%) . Apr\u00e8s la pr\u00e9sentation, j&rsquo;avais rappel\u00e9 \u00e0 l&rsquo;audience le vote \u00e0 venir. Pour toute r\u00e9action, je n&rsquo;ai per\u00e7u qu&rsquo;un petit courant froid, vite surmont\u00e9 d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p>La lecture de Wilkinson convainc, quoiqu&rsquo;il faille y revenir \u00e0 deux fois et bien m\u00e9diter le message, pour comprendre comment le coefficient de Gini peut \u00eatre un indicateur si puissant pour un si vaste domaine. Par exemple, comment se fait-il qu&rsquo;il corr\u00e8le tellement bien avec le taux de maternit\u00e9s chez les adolescentes (p. 189)? On prend la mesure de cette donn\u00e9e en r\u00e9alisant combien le bien\u00eatre commence par le sentiment d&rsquo;\u00eatre reconnu. La soci\u00e9t\u00e9 in\u00e9galitaire est par nature \u00e9go\u00efste. Elle cultive le chacun-pour-soi et l&rsquo;indiff\u00e9rence. Elle est le terreau du rejet de l&rsquo;autre. Pour y survivre, quelle solution plus forte &#8211; et plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e parfois &#8211; que de s&rsquo;affirmer en \u00e9tant m\u00e8re?<\/p>\n<p>Le message est clair: pour le bonheur d&rsquo;un groupe, d&rsquo;une nation ou de l&rsquo;humanit\u00e9, la bonne recette consiste \u00e0 r\u00e9duire les diff\u00e9rences. Facile!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sociologie et \u00e9conomie. <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Plus les riches sont riches, plus la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble est prosp\u00e8re. [&#8230;] L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est peut-\u00eatre d\u00e9sirable, mais ce sont les in\u00e9galit\u00e9s qui sont productives et qui, au bout du compte, permettent \u00e0 tous de vivre mieux.\u00a0\u00bb (cit\u00e9 de la pr\u00e9face par P. Canfin dans (<a href=\"#_ENREF_10\">Wilkinson and Pickett 2010<\/a>)). L&rsquo;hypoth\u00e8se est int\u00e9ressante (pour les riches, au sens propre du terme). Elle constitue le cr\u00e9do, c&rsquo;est-\u00e0-dire la croyance affirm\u00e9e sans en r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une analyse objective, du n\u00e9olib\u00e9ralisme qui domine l&rsquo;\u00e9conomie actuelle.<\/p>\n<p>Est-elle correcte? Il est vrai que la r\u00e9ponse \u00e0 la question n&rsquo;est pas ais\u00e9e. Un podcast avec (ou \u00e0 propos de) Piketty relevait que ceux qui ont peu sont tr\u00e8s nombreux, ceux qui ont \u00e9norm\u00e9ment sont rares. Pour l&rsquo;explorateur de la jungle de l&rsquo;\u00e9conomie, les premiers sont visibles, pas les seconds. Depuis quelques ann\u00e9es pourtant, le courant salutaire qui coule sur la sociologie d\u00e9borde sur l&rsquo;\u00e9conomie. On dit que c&rsquo;est \u00e0 cause du Big data, l&rsquo;informatique, le web, et l&rsquo;outil statistique. C&rsquo;est possible, mais c&rsquo;est aussi par le fait de personnes remarquables. Thomas Piketty par exemple. Il faut le lire, c&rsquo;est important. En version condens\u00e9e (<a href=\"#_ENREF_7\">Piketty and Saez 2014<\/a>), c&rsquo;est court et bon, mais un peu dur. La version \u00e9tendue est longue &#8211; presque mille pages &#8211; mai elle est tranquille et tellement int\u00e9ressant (Piketty, 2013). On ne devrait pas se montrer en public sans en avoir lu au moins les 50 pages de l&rsquo;introduction.<\/p>\n<p>Le message est simple. \u00c0 long terme, c&rsquo;est la diffusion des connaissances qui est la force principale d&rsquo;\u00e9galisation des conditions. \u00c0 l&rsquo;heure actuelle pourtant, la soci\u00e9t\u00e9 laisse dominer le laisser-faire naturel du n\u00e9olib\u00e9ralisme qui avantage le gain du capital par rapport au gain du travail. La cons\u00e9quence en est la concentration d&rsquo;une part croissante de la richesse sur un nombre de plus en plus r\u00e9duit d&rsquo;individus. Cela dure depuis 200 ans, avec de temps en temps quelques corrections. La plus remarquable fut la grande destruction du capital durant les deux guerres mondiales et la crise des ann\u00e9es 30. Les \u00ab\u00a030 glorieuses\u00a0\u00bb ont construit sur la situation de d\u00e9part favorable ainsi cr\u00e9\u00e9e. Restant dans le syst\u00e8me n\u00e9olib\u00e9ral, elle a oeuvr\u00e9 \u00e0 r\u00e9tablir le d\u00e9s\u00e9quilibre initial. Aujourd&rsquo;hui, le facteur Gini des nations d\u00e9velopp\u00e9es est presque revenu au niveau du d\u00e9but du 20e si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Piketty est tr\u00e8s comp\u00e9tent. Il semble que les \u00e9conomistes bon teint du monde entier le reconnaissent. Il est aussi un homme engag\u00e9. Dans son livre, transparait de page en page l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;\u00e9conomie et g\u00e9n\u00e9ral, et son travail en particulier, ne sont pas des constructions acad\u00e9miques s\u00e9par\u00e9es de l&rsquo;usage; ce sont des analyses de la r\u00e9alit\u00e9. Elles montrent les voies politiques vers une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle chacun choisirait de vivre. Cette soci\u00e9t\u00e9 serait \u00e9galitaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Hier, dans le cadre du cycle annuel des conf\u00e9rences interdisciplinaires de l&rsquo;UNIL, le conf\u00e9rencier avait pour th\u00e8me, \u00ab\u00a0Les objectifs du mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement \u00ab\u00a0. Une personne posa la question suivante: \u00ab\u00a0Pourquoi doit-on s&rsquo;efforcer d&rsquo;aider au d\u00e9veloppement des autres?\u00a0\u00bb. Le conf\u00e9rencier r\u00e9pondit \u00e0 peu pr\u00e8s cela: \u00ab\u00a0ah! vous \u00eates un \u00e9tudiant, vous aimez la provocation, c&rsquo;est normal! Mais la question est quand m\u00eame int\u00e9ressante, m\u00eame si elle n&rsquo;a pas vraiment de r\u00e9ponse. C&rsquo;est une affaire de morale. Ce que je peux dire en tous cas, c&rsquo;est que les grandes organisations qui se targuent de d\u00e9veloppement, la banque mondiale par exemple, n&rsquo;y pensent jamais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Pauvre type!<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9crit le texte ci-dessus parce que, \u00e0 l&rsquo;instar du conf\u00e9rencier d\u2019hier, je rencontre tant de gens qui n&rsquo;ont pas compris que \u00ab\u00a0bien faire\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas n&rsquo;importe quoi et que bien vivre se construit sur quelques fondements incontournables. Ils sont simples. Un bon r\u00e9sum\u00e9 en est: \u00ab\u00a0Fais \u00e0 ton prochain ce que tu voudrais qu&rsquo;il te fasse\u00a0\u00bb. Sur cette base, on peut construire. Ailleurs, le monde est insens\u00e9.<\/p>\n<p>D&rsquo;accord, ce n&rsquo;est pas par mon texte que le conf\u00e9rencier d&rsquo;hier ainsi que tous les \u00e9gar\u00e9s de son genre diront \u00ab\u00a0ah, ah, enfin, j&rsquo;ai compris!\u00a0\u00bb Dommage, mais je ne perds pas courage. Il y a plein de gens qui font mieux que moi. Merci \u00e0 eux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Biographie<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alain (1956, 1970). <span style=\"text-decoration: underline;\">Propos <\/span>Paris, NRF, Gallimard.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dolan, P. (2014). <span style=\"text-decoration: underline;\">Happiness by Design<\/span>. UK, Pinguin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dubochet, J. (2011). \u00ab\u00a0Why is it so difficult to accept Darwin&rsquo;s theory of evolution ?<\/p>\n<p>On the popular fallacy that evolution has a predetermined direction, and the development of a responsible worldview based on free will.\u00a0\u00bb <span style=\"text-decoration: underline;\">BioEssays<\/span> <strong>33 <\/strong>(4): 240\u2013242.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Huntington, S. P. (1998). <span style=\"text-decoration: underline;\">The clash of civilizations and the remaking of the world order<\/span>. London, Simon and Schuster Australia.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Layard, R. (2005). <span style=\"text-decoration: underline;\">Happiness. Lesson from a new science<\/span>. London, Penguin Books.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Passet, R. (2010). <em><span style=\"text-decoration: underline;\">Les grandes repr\u00e9sentations du monde et de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 travers l\u2019histoire.<\/span><\/em>, LLL.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Piketty, T. and E. Saez (2014). \u00ab\u00a0Inequalit\u00e9 in the long run. .\u00a0\u00bb <span style=\"text-decoration: underline;\">Science<\/span> <strong>344<\/strong>(6186): 838 &#8211; 843.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Piketty, T. (2013). Le capitasl au XXIe si\u00e8cle. Paris, Seuil.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Rawls, J. (1971 (1987)). <span style=\"text-decoration: underline;\">Th\u00e9orie de la justice<\/span>. Paris, Seuil.<\/p>\n<p>l&rsquo;id\u00e9e que la soci\u00e9t\u00e9 souhaitable est celle que l&rsquo;on souhaite alors que l&rsquo;on ne sait pas dans quelle r\u00f4le on s&rsquo;y trouvera est bien connue mais le livre est bien plus riche que \u00e7a.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Rosanvallon, P. (2011). <span style=\"text-decoration: underline;\">La soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9gaux<\/span>. Paris, Seuil.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Wilkinson, R. G. and K. Pickett (2010). <span style=\"text-decoration: underline;\">Pourquoi l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est meilleure pour tous<\/span>. Paris, Les petits matins; institut Veblen.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00c0 un instant donn\u00e9 le futur s&rsquo;ouvre avec toutes ses possibilit\u00e9s. Plus tard, il n&rsquo;en restera plus que l&rsquo;ici et maintenant uniquement r\u00e9alis\u00e9. C&rsquo;est le grand \u00e9lagage du temps. On sait le mesurer, n&rsquo;importe quelle pendule fait l&rsquo;affaire, mais on ne sait ni le d\u00e9duire, ni le calculer. Le fameux concept de l&rsquo;entropie \u00ab\u00a0S\u00a0\u00bb, ne semble pourtant pas bien loin d&rsquo;une solution. Pourtant, frustr\u00e9s de ne pas savoir vraiment comment le d\u00e9finir, certains physiciens \u00e9lucubrent \u00e0 coeur joie. Ainsi, se demandant ce que deviennent les branches abandonn\u00e9es, ils proposent qu&rsquo;elles continuent d&rsquo;exister sous forme d&rsquo;univers parall\u00e8les, heureusement inaccessible \u00e0 nous. \u00c0 titre de gymnastique mentale, l&rsquo;article de Mark Tenmark et appropri\u00e9. \u2028Tegmark, M. (2008). \u00ab\u00a0Parallel universes.\u00a0\u00bb <span style=\"text-decoration: underline;\">Sci. Am.<\/span> <strong>288<\/strong>(5): 30 &#8211; 41.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Il s&rsquo;agissait, l&rsquo;autre jour, de d\u00e9cider d&rsquo;une promenade. Y va-t-on ou n&rsquo;y va-t-on pas? Nous avons longuement \u00e9tudi\u00e9 la m\u00e9t\u00e9o, le trajet, nos envies et sentiments mais nous n&rsquo;arrivions pas \u00e0 une conclusion. Nous avons choisi de jouer la d\u00e9cision au d\u00e9. Ainsi, nous sommes all\u00e9s. Est-ce le d\u00e9 qui a d\u00e9cid\u00e9? Bien s\u00fbr que non, le hasard ne d\u00e9cide jamais rien, c&rsquo;est nous qui avons librement choisi de ne pas d\u00e9cider. Le soleil nous a donn\u00e9 raison.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Nous gardons \u00e0 l&rsquo;esprit que la nature n&rsquo;est ni bonne ni mauvaise; elle est par ce qui a fonctionn\u00e9 dans l&rsquo;histoire \u00e9volutive. J&rsquo;ai discut\u00e9 ailleurs (r\u00e9f\u00e9rence) le fameux syllogisme naturaliste qui consiste \u00e0 attribuer une valeur morale aux lois de la nature.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Ces d\u00e9finitions ne sont pas traditionnelles. Qu&rsquo;importe, pourvu que l&rsquo;on sache de quoi on parle.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> L&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;on puisse parler de la morale du parfait \u00e9go\u00efste para\u00eetra choquante \u00e0 certains. Il faut prendre distance et se rendre compte que ledit se convainc, peut-\u00eatre m\u00eame sans peine, que sa philosophie est juste et bonne. Friedmann, l&rsquo;\u00e9conomiste de Chicago annon\u00e7ait haut et fort que la seule morale de la firme est de faire le plus de profit possible. Beaucoup le suivent encore.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Les neurones miroir, d\u00e9couvert chez le singe d&rsquo;ailleurs, peuvent se caract\u00e9riser par un effet que nous connaissons tous: regardant le sauteur \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, nos propres muscles l&rsquo;accompagne dans l&rsquo;effort. L&rsquo;id\u00e9e du toi qui vit en moi pla\u00eet, trop sans doute, car les neurones miroirs deviennes quelquefois, chez des psychologues et dans le grand public, beaucoup plus que ce qu&rsquo;y trouvent les sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Dans la Turquie de l&rsquo;Empire ottoman, \u00e0 la mort du calife, ses fils accouraient. Le premier arriv\u00e9 devenait calif, les suivants \u00e9taient \u00e9trangl\u00e9s avec un ruban de soie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Le dernier livre de Darwin, envoy\u00e9 \u00e0 publier quelques jours avant sa mort, est consacr\u00e9 aux verres de terre qu&rsquo;il avait \u00e9tudi\u00e9 durant toute sa vie. Par eux il illustre comment ces modestes animaux \u00e9laborent un milieux qui leur est favorable contribuant ainsi de mani\u00e8re d\u00e9cisive \u00e0 la bonne vie d&rsquo;innombrables autres esp\u00e8ces.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Le physicien Fran\u00e7ois Rodier propose un joli podcast dans lequelle il s&rsquo;essaie \u00e0 la thermodynamique de la t<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;\u00e9tait au temps o\u00f9 je m&rsquo;initiais \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique. Le professeur titulaire, th\u00e9ologien de surcroit, me chaperonnait. R\u00e9agissant \u00e0 mon id\u00e9e\u00a0selon laquelle\u00a0chacun est\u00a0\u00a0responsable d&rsquo;\u00e9laborer sa\u00a0morale selon la r\u00e9alit\u00e9 du monde et la sagesse de la raison, il me fit p\u00e9remptoirement savoir que cette id\u00e9e\u00a0de morale naturelle est une vieillerie d\u00e9pass\u00e9e. Fin de la discussion. Reprenons.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[1],"tags":[58,158,107,182,70,179,183,181,136],"class_list":["post-591","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","tag-economie","tag-ethique","tag-philosophie","tag-piketty","tag-politique-2","tag-psychologie","tag-rosanvallon","tag-sociologie","tag-thermodynamique"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=591"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/591\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.dubochet.ch\/jacques\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}