Science – actualité, juillet 2015

 

Quelques points saillants en juillet 2015

Cryo-ME, pour garder un oeil

(2.7.15, Nature 523,47. Architecture of the spliceosomal… Cambridge conseillé par R. Henderson)
2.7.15, Nature 523,106. Structure of actin-like ParM filaments… ségrégation de plasmides bactériens. C. Sachse (EMBL)+Cambridge.
3.7.15, Science, 88 – 91. Comment un anticorps neutralise le virus de la dengue; Fribiansah et al. (14 auteurs de Singapour et divers unis US.
10.7.15, Science 195, 195 – 8+ 142-3. COPI et la formation de vésicules membranaires. John Briggs et al. au EMBL.
16.7.15, Nature 523, 366-9. Intégration de rétrovirus dans les nucléosomes. Maskell et al., UK, US, D)

 

Un peu de tout.

01.07.15. Scientific American.

– 42. ÉNERGIE, TECHNOLOGIE. Manu. Pérovskite contre silicium? Les cellules photovoltaïques aux pérovskites vont-elles supplanter le silicium? Quelques faits: Le record de taux de conversion pour les cellules aux pérovskites est actuellement de 21%, mais les progrès sont rapides. La bande d’énergie (band gap) des cellules au silicium n’est pas idéalement placée dans le spectre solaire, ce qui limite le rendement théorique à 33%. Les pérovskites sont diverses; elles pourraient être mieux placées (on parle de 46%) ou même être combinées en deux couches centrées chacune sur des énergies différentes. Le désavantage majeur des pérovskites est la sensibilité à l’humidité. Elles doivent donc être scellées pour au moins 25 ans. Le plomb qui les compose est un autre désavantage. Il faut le relativiser: n’importe quelle batterie d’auto comporte assez de plomb pour faire 700 m2 de cellules aux pérovskites. Reste le problème de la commercialisation. Le silicium est installé et la guerre commerciale sera rude… à moins que l’on ne développe des cellules hybrides Si/pérovskites. Un dossier à suivre.

 

02.07.15. Nature 523.

– 9. RECHERCHE, POLITIQUE, FINANCE. Gilles. R.Germain, Cell 161, 1485 – 91 (2015). Financement de la recherche. Court rapport sur cet article qui fait grand bruit. Les chercheurs perdent un temps fou à déposer des projets qui sont par nature incertains. Par contre, les données sont solides en ce qui concerne ce que produisent les auteurs des dits projets. D’où l’idée: subventionner les personnes, pas les projets. Un commentaire: Le système « personne et non projet » pourrait révolutionner la façon dont la science est faite. Comment subventionner les chercheurs débutants?

– 11. GÉNÉTIQUE, DROIT, SPHÈRE PRIVÉE. Gabriel. Une firme US n’avait pas aimé les deux cacas humains posés sur son gazon. Suspectant deux collaborateurs, elle fait analyser leur DNA sans autorisation. Résultat 1: ils ne sont pas les coupables, mais ils ne sont pas contents. Résultat 2: la firme est condamnée à leur verser 2.25 millions.

– 17 – 8. RADIATIONS, RISQUES À FAIBLE DOSE. Jean-Claude K. Rapport à propos de l’article: Leuraud et al, Lancet Haematol, http://doi.org/5s4;2015. !Attention: correction du 16 juillet, p.269! Pour les données générales sur les cancers produits par les radiations ionisantes, voir: http://www2.lbl.gov/abc/wallchart/chapters/appendix/appendixf.html. Dans nos pays l’irradiation naturelle est typiquement de 1-3mSv/an. L’irradiation médicale compte à peu près pour autant. Typiquement, il faut compter un cancer mortel par 20 Sv. Quel est l’effet des faibles doses? Il y a peu de bonnes données en dessous de 100 mSv et pratiquement rien en dessous de 20 mSv. Deux hypothèses sont possibles. (i) En dessous d’un certain seuil, par exemple 5 ou 20 mSv, l’irradiation n’a plus d’effet. (ii) La réponse est linéaire, quelle que soit la dose. L’industrie nucléaire aime bien l’hypothèse (i). La (ii) devrait être l’hypothèse par défaut. Le présent travail porte sur le taux de leucémie d’une population de 300’000 travailleurs de l’industrie nucléaire dont tous étaient contrôlés par dosimètre. En moyenne ils ont reçu 1.1 mS supplémentaire dû à leur activité professionnelle, certains jusqu’à 50 mS. Le résultat confirme l’hypothèse linéaire. De la cohorte étudiée, on déduit que, statistiquement, 30 personnes sont mortes à cause de l’irradiation professionnelle reçue (1/104 pour 1mS), résultat commensurable avec les valeurs classiques. Nous retenons donc ce point important: l’augmentation des cancers avec la dose de radiation est linéaire, y compris pour les très faibles doses . Au niveau individuel, l’effet des doses mesurées est quand même négligeable.

– 19 – 20. CLIMAT, DROIT. Jean-Claude K. Gabriel. News. Le tribunal intervient dans le changement climatique. Nos gouvernements font peu contre le changement climatique, mais nous, le petit peuple peut pousser au char. La fondation hollandaise Urgenda pour la défense du climat argumente que les mesures de réduction du CO2 visées par l’EU(-17% de 1990 en 2020) sont insuffisante pour éviter la catastrophe annoncée et que les citoyens sont mis en danger. Ils demandent que la Hollande diminue de 25 % et que la politique nationale tienne compte données climatiques confirmées. Le tribunal du Haag leur a donné raison. Si cette décision fait école, elle sera de grande portée. Un cas semblable est en cours en Belgique. Aux USA, une telle intervention est semble-t-il légalement impossible. Pour sa part, la Californie porte plainte contre l’État fédéral qu’elle accuse de ne pas prendre les mesures nécessaires. Notons aussi que depuis 2007 la Cour Suprême autorise l’EPA (Agence de protection de l’environnement) a légiférer sur les émissions de CO2 des voitures et, très récemment, celle des avions aussi.

 

03.07.15. Science 349.

31 – 32, 74 – 77. NEUROANATOMIE, GÉOMÉTRIE. Clément. Le repliement d’une feuille de papier et les plissements du cerveau. Dans nos travaux sur les pelotes aléatoires d’ADN, il était important de connaitre la distribution des fragments apparaissant à la surface. Lors d’une discussion mémorable, Clément avait élargi le problème à la question suivante: prenons une feuille de papier et froissons-la en une boulette serrée; colorons alors la surface de la boulette; quelle est la distribution des taches de couleur une fois la feuille de nouveau défroissée. Dans le présent article, il s’agit de replier la feuille de manière plus ou moins serrée selon un indice de pliage lié à l’énergie de déformation; aux extrêmes il y aurait, d’une part, la surface lisse d’une sphère, de l’autre la pelote super pliée à la Clément. Il est montré que la surface exposée est proportionnelle à la surface de la feuille multipliée par la racine de son épaisseur. Très bien! Mais ce qui est remarquable, c’est que cette loi d’échelle rend compte étonnamment bien du nombre de cellules dans le cortex selon le taux de convolution et la dimension du cerveau. La relation s’applique à tous les mammifères.

 

09.07.15. Nature 523.

– 133. ENVIRONNEMENT, POLITIQUE. Jean-Claude K. News. La Chine confirme ses bonnes intentions. C’est bientôt la conférence de Paris. Si je ne m’abuse, la plupart des grands pays n’ont pas encore annoncé leurs plans de réduction d’émission de CO2 (à mi-aout, c’est à peu près fait), mais la Chine a fait son annonce: 60 – 65% de réduction par rapport à 2005 d’ici 2050 (augmentation quand même jusqu’à 2030 à cause du retard d’industrialisation à rattraper.) Ce plan est ambitieux. Malheureusement, en Chine, les données sur toutes les formes de pollutions sont souvent considérées comme des secrets d’État. La transparence de l’effort annoncé n’est guère garantie.

– 152 – 4. DÉVELOPPEMENT, POLITIQUE. Commentaires. Lucy. But du développement: apprendre à décider. L’ONU mettra en oeuvre en septembre les 17 buts et 169 mesures du deuxième train de mesures SDG (Sustainable Development Goals). Le présent article en dit le plus grand mal; des buts réducteurs fixés sans une vision claire de leurs conséquences et des besoins globaux. Par exemple, qu’apportera le but de diminuer de moitié les morts sur la route? D’abord cela faussera les statistiques. Les auteurs proposent un autre but: apprendre à prendre des décisions sur la base de vraies données pour des buts clairement identifiés, ajustés au fur et à mesure du développement du projet (approche bayésienne). Pour cette étude réfléchissent en terme de la théorie de la décision selon laquelle « la valeur d’une information est ce qu’une personne raisonnable payerait pour avoir cette information avant de prendre la décision » alors que « le but des mesures et de réduire l’incertitude d’une décision ». La thèse de Lucy me semble bien entrer dans cette approche.

 

10.7.15. Science 349.

– 122. CLIMAT, DROIT, FRACKING, ENVIRONNEMENT, TREMBLEMENT DE TERRE. News. Gabriel. La court suprême de l’état d’Oklahoma a donné raison à des privés contre les compagnies de gaz accusées d’être responsables des tremblements de terre induits par leur activité de fracking (le plus gros de degré 5.7). La vanne est ainsi ouverte aux actions de groupes, très efficaces aux USA. Comme d’habitude, l’industrie et l’État étaient de connivence pour nier que le fracking était à l’origine de l’extraordinaire activité sismique récente. Encore une fois, c’est l’engagement citoyen qui a été efficace. Avec cette décision, l’avenir sera compliqué pour l’industrie du fracking.

– 139 – 40, 154, 156 et 191. HIV, VACCIN, NÉDECINE. Les pointes (spikes) du HIV sont faites de l’arrangement non covalent de 3 fragments, GP120 et GP41, obtenus par coupure de GP160. On a évidemment essayé d’en faire des vaccins en intégrant ces protéines dans des virus ou autres « présentoirs ». Sans succès, car l’arrangement natif ne se forme que dans le contexte de la membrane du HIV et la structure résultante cache les régions les plus visibles des protéines libres. Ayant étudié précisément l’hexamer en forme native, Sanders et al. force artificiellement l’association correcte stabilisée par quelques liaisons covalentes. Pour la première fois, ils obtiennent une réponse immunologique forte. Ce n’est pas un vaccin, loin de là, car le virus est divers et éminemment variable, mais c’est peut-être le début d’une avenue gagnante. Comme pour Ebola pour lequel la nouvelle d’un vaccin 100% efficace commence à circuler, on constate quand même que la biotechnologie est lente par rapport à l’épidémie.

Une récente analyse montre l’épidémie de HIV pourrait être stoppée par des mesures sanitaires, en particulier en donnant les anti HIV à toute personne infectée la rendant ainsi non infectieuse. L’ennui c’est qu’il faudrait suivre 25 millions de personnes infectées pour le restant de leur vie. Ce serait cher, mais moins cher que de laisser l’épidémie se propager. Pour en savoir plus, voir Science du 17.7. 2015, 226-231.

 

16.7.15. Nature 523

– 261. POLITIQUE, SCIENCE. Gilles. Miguel Seabra, président de Science Europe a démissionné pour raison de santé le 10 juillet. Elisabeth Monard, secrétaire générale de la Research Foundation Flanders et désignée en attendant l’élection d’un nouveau président à l’assemblée générale de novembre.

– 271 – 89. SCIENCE, POLITIQUE, ÉDUCATION. Dossier. L’enseignement de base des sciences. J’y relève: (i) L’enseignement par résolution de problème est démontré meilleur que les méthodes par cours standards. « Au jour d’aujourd’hui il n’est pas éthique d’enseigner de toute autre manière ». (ii) Les professeurs de sciences devaient recevoir un entrainement à la conduite des groupes.

 

17.7.15. Science 349.

– 219. SCIENCE ET SOCIÉTÉ, GAIN-OF-FUNCTION. DROIT. Gabriel. News. En novembre 2013, après une saga dont nous avons parlé ici, Ron Fouchier et al. de Rotterdam, publiait un article très controversé dans lequel il montrait que le virus H5N1 de la grippe aviaire pouvait vraisemblablement être facilement transformé en une souche infectieuse pour les humains. Au par avant, le gouvernement hollandais, avait imposé l’inhabituelle exigence que l’article soit soumis à une licence d’exportation afin de pouvoir contrôler la diffusion d’un savoir potentiellement dangereux. Fouchier avait dû s’y plier, mais il porta plainte contre le gouvernement hollandais pour atteinte à la liberté académique. Le tribunal statua d’abord en faveur de l’État.La décision vient d’être cassée en appel pour des raisons de procédures. Sur le fond, l’affaire est toujours en suspens. Il y a une situation urgente de risque global et les tribunaux sont absolument incapables d’agir en temps utile. Il est urgent que la société se donne les moyens d’encadrer la recherche rapidement et pragmatiquement.

– 232 – 3, 290 – 294. MICROSCOPIE ÉLECTRONIQUE, PARTICULE, GRAPHÈNE. Structure 3-D de nanocristaux en solution. La cryo-me permet de résoudre la structure moléculaire de particules biologiques délicates en sommant l’information sur un très grand nombre de particules identiques, mais d’orientation différente. Contrairement à la matière biologique, les nanocristaux sont souvent résistants au faisceau d’électrons. Dans le présent travail, Park et al. placent des nanocristaux en solution liquide (pas congelée) entre deux couches étanches de graphène monoatomique. Les cristaux restent mobiles et peuvent tourner sur eux-mêmes. Muni d’un excellent microscope électronique et d’une caméra à lecture rapide, de longues séries d’images « instantanées » (quelques ms) et d’orientation variable permettent de reconstruire la structure 3-D d’une manière qui doit beaucoup aux techniques utilisées pour la cryo-me.

– 305 – 8. VÊLAGE, GLACIER, CLIMAT. Jean-Claude K. Les langues glaciaires de l’Arctique ou Antarctique libèrent leurs icebergs dans un processus de vêlage, souvent extrêmement violent et spectaculaire (http://www.dubochet.ch/jacques/?p=606). Murray et al. sont allés voir sur place et ont pu suivre en détail plusieurs de ces évènements dont certains produisent des tremblements de terre de degré 5. Contrairement aux glissements géologiques que ne durent généralement que quelques secondes, le phénomène du vêlage glaciaire dure quelques minutes. Sa signature est caractéristique et maintenant à peu près comprise. On peut s’en faire une idée en imaginant un bloc de 800 m de profondeur, 200 m de large, couvrant un front glaciaire de 1 km, qui soudain se détache et tourne de 90°. La figure schématise le phénomène. Dorénavant, un bon réseau de sismomètre devrait permettre de suivre l’ensemble de ces évènements en temps réel, en Arctique comme en Antarctique où l’on s’attend à des évènements encore plus spectaculaires.

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23.7.15. Nature 523.

– 386. CLIMAT. Jean-Claude K. Rapport 2014 de la NOA US (National and Oceanic Administration.) La concentration en CO2 a atteint 397.2 ppm en augmentation de 1.9 ppm durant l’année et 42% depuis l’industrialisation. Nouveau record de température moyenne et le niveau des océans continue de monter de 3.2 mm/an.

– 412 – 3, 441 – 4. NANOTECHNOLOGIE. Les protéines se replient naturellement de manière spécifique. Toutefois, le phénomène est généralement trop compliqué pour être prédit et artificiellement contrôlé. Les ARN et les ADN se replient aussi par appariement de séquences et, depuis quelques années, on sait ingnieurer ainsi quelques formes simples, des polygones platoniciens par exemple. Ici Benson et al. de Stockholm combinent magnifiquement de belles mathématiques avec la puissance de calcul, un programme user friendly et la biotechnologie de l’ADN pour construire des nanoobjets de n’importe quelle forme. Au départ, il y le problème des ponts de Königsberg: comment faire sa promenade pour traverser une fois et seulement une fois les 7 ponts sur la rivière. Euler inventa la méthode des graphes et avec elle il montra que le problème n’est possible que si tous les sommets du graph ont un nombre pair d’arrête. Disons aussi que, même dans ce cas, les calculs deviennent vite lourds. Ensuite, il y a les méthodes graphiques qui permettent d’approximer n’importe quelle forme à l’aide de triangles juxtaposés, par exemple, figure a.

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Les jeux vidéos en font grand usage. À partir de là, il s’agit de trouver le chemin qui passera par toutes les arêtes sans doublons. Oui, mais pour ce faire il faut d’abord lever l’impossibilité des sommets impaire. Les figures b-c montrent comment s’y prendre. La suite est presque facile (fig. e). Le programme vHelix propose les séquences des fragments qui par appariement se lieront uniquement l’une à l’autre selon le patron. Les firmes de synthèse d’ADN se feront le plaisir de faire parvenir ces séquences en masse et par retour du courrier. La suite va toute seule, il suffit de mélanger et, l’agitation moléculaire naturelle les apparieront naturellement et la forme de l’objet apparait sans autre. La 2e figure en donne un exemple: le petit bonhomme mesure moins d’un dixième de micron. Les règles de la construction ne sont plus ce qu’elles étaient lorsqu’il est possible de réaliser, simplement et en masse, des briques de n’importe quelle forme. Potentiellement, bien d’autres domaines pourraient tirer avantage de ces possibilités; par exemple la catalyse. Autoassemblage en formes choisies et catalyse pointue, voilà qui pourrait déboucher, par exemple, sur un bel usage du soleil.

– 459 – 62. ÉVOLUTION, SÉLECTION, TAILLE, INTELLIGENCE, CULTURE. Johannes, Nicolas, Laurent. Consortium ROHgen. Vers quoi pousse la sélection biologique. Les méthodes d’analyse de l’ADN progressant plus vite que la loi empirique de Moore (en informatique, doublement de la densité des circuits logiques tous les 18 mois): le prix de la lecture d’une lettre de l’ADN décroit d’un facteur 2 tous les 7 mois depuis 2003. Conséquence: c’est maintenant que la masse des données de l’ADN devient disponible à l’analyse et que les deux questions fondamentales de la génétique peuvent enfin être abordées sérieusement. (i) Quelle est la relation entre un trait phénotypique et l’information génétique? Pour y répondre, il faut rechercher les corrélations entre le trait et le génome. Il existe quelques cas simples où le changement d’une lettre de l’ADN cause la malade (le phénotype). C’est le cas de l’anémie falciforme. En général la situation est bien plus compliquée et l’on ne fait que commencer à en découvrir les subtilités. (ii) Comment l’évolution biologique et culturelle ont-elles façonné notre histoire, présente, ancienne et très ancienne. L’outil pour aborder ces questions s’appelle la génétique des populations. C’est une science sérieuse, difficile avec beaucoup de statistique. En voici quelques éléments.

Considérons un site de l’ADN (par exemple un gène) qui, dans une population peut avoir deux formes A et a (a est peut-être dû à une mutation). Ainsi les brins complémentaires de l’ADN pourront avoir le génotype AA ou aa (homozygotes) ou bien les formes identiques Aa ou aA (hétérozygote). On dit que A et a sont deux allèles. Lors de la reproduction sexuée, chaque parent transmet au hasard un brin à son descendant. Normalement, si p et q sont les proportions des allèles A et a dans la population (p+q=1), la fréquence allélique reste statistiquement la même à la génération suivante. Si, par exemple l’allèle a est rare, q est donc petit, la probabilité que le descendant porte le génotype aa est encore plus faible (q2). La loi de Hardy-Weinberg (HW) décrit la proportion d’un génotype en fonction de la fréquence des allèles (cf. fig.)

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Là ou l’affaire se complique – et devient intéressante – c’est quand la loi HW n’est pas suivie exactement de génération en génération. Ainsi un allèle peut être favorisé (ou défavorisé) et la structure de la population change au cours du temps. Ce phénomène est le fondement de l’évolution. Il peut avoir plusieurs causes. (i) Dérive génétique: le mélange des allèles à la reproduction étant aléatoire, la fluctuation statistique peut, par hasard, favoriser ou défavoriser un allèle. Si la population est petite et l’allèle rare, il y a même une chance qu’il disparaissent définitivement. (ii) L’effet Walhund. Il apparait quand un allèle donne un avantage sélectif à son porteur, augmentant ainsi les chances de survie de celui qui le porte. L’allèle se retrouve dans la population en plus grande proportion que ne le prévoit HW. L’évolution opposée est le corolaire pour un allèle défavorable. Les mécanismes évolutifs qui réalisent l’effet Walhund sont divers et souvent subtils. L’un d’entre eux est la dépression de consanguinité. Elle apparait quand certaine individus se reproduire préférentiellement entre eux. Ils forment alors dans l’espèce un sous-groupe restreint, plus ou moins bien défini, mais moins riche en diversité génétique que le reste de la population. Au grand jeu de la sélection naturelle, ce manque de ressources génétique est défavorable. La consanguinité n’est pas bonne pour la santé comme le prouve l’histoire des familles royales européennes et, comme le montre cet article, pour bien d’autres choses encore.

L’article présenté ici est un bel exemple du genre d’études qui se pratiquent actuellement. À partir d’une base de données de plus de 300’000 personnes, les auteurs recherchent les situations de dépression de consanguinité, c’est-à-dire les situations de diversité génétique faible. On peut s’attendre que les traits liés à une telle situation soient défavorisés s’ils sont soumis à une forte pression évolutive. Les auteurs étudient spécifiquement 16 traits et comparent la valeur de ces traits dans la situation de dépression de consanguinité par rapport à leur valeur dans l’ensemble de la population. Le résultat prouve que la taille est sous forte pression sélective; la capacité cognitive et le niveau d’éducation le sont aussi quoique moins fortement. Par contre les traits dont l’effet ne survient qu’avec l’âge tel que la pression sanguine, le taux de cholestérol et divers traits du métabolisme cardiaque ne semblent pas être sous pression de la sélection.

La conclusion que l’évolution biologique se fiche des vieux n’est pas surprenante. Par contre les résultats de cet article semblent avoir une portée plus fondamentale. L’évolution biologique a conduit du singe à l’homme et avec lui, de manière incomparable, sont venus le langage et la culture. Les sciences humaines admettent que, avec cette révolution, l’évolution culturelle s’est intégralement substituée à l’évolution biologique. Le présent article est une donnée de plus qui prouve que cette idée n’est pas correcte. L’évolution biologique des hautes facultés humaines continue à montrer ses effets. Pour une présentation actuelle de ce vaste et difficile domaine, je recommande: Wade, N., A troublesome inheritance. Genes, Race and Human History. 2014, New York: Pinguin Books.

24.7.15. Science 349. Il y aurait bien plus à rapporter, mais il n’y a pas que ça dans la vie.

– 376 – 7, 420 – 424. BIOLOGIE, BIOTOPE. There is plenty of room at the bottom. Cette phrase était le titre d’un séminaire donné par Feynman en 1959 dans lequel il parlait de chimie synthétique et de nanotechnologie. Le même titre convient au présent article qui rapporte l’étude profonde de sédiments sous-marins et la découverte que, à 2500 m en dessous du fond marin, des sédiments vieux de 20 millions d’années contiennent des cellules vivantes capables de produire du méthane. La biosphère est plus grande qu’on ne l’imagine.

– 384 – 5. BIOTECHNOLOGIE, POLITIQUE. R. Alta Charo. Yellow light for emerging technologies. Le présent article dénonce la lourdeur des procédures pour autoriser les nouvelles thérapies ou médicaments et analyse comment mieux combiner prudence et rapidité. Quoi que beaucoup de scientifiques se rendent compte que les nouvelles technologies peuvent poser des problèmes sociaux et de sécurité, la crainte de perturber la marche de la recherche et les promesses de développement économiques n’incitent pas à la retenue. L’urgence de disposer de médicaments face à Ebola, les espoirs (de gros bizness) avec des thérapies basées sur les cellules souches comme aussi les infinies possibilités que l’on attend de CRISPR stimulent l’envie de faire bouger la situation.   Ici, il est proposé d’abandonner le système de régulation en tout ou rien qui interdit tout ce qui n’est pas autorisé, pour activer plus souvent la lumière orange clignotante permettant de progresser de manière pragmatique. Par exemple, il est proposé de donner une autorisation temporaire aux thérapies dont l’avantage a été démontré, à charge au fabricant d’approfondir l’étude des risques. Il semble que le système européen se prêterait à un tel changement mieux que le système US.

 

30.7.15. Nature 523

– 507. ENVIRONNEMENT, PESTICIDE. Antoine. Les insecticides néocorticoides, accusés de tuer les abeilles et d’être cancérigène, ont été interdit par l’EU en 2013. Sur demande de fermiers du colza, le gouvernement UK a utilisé une procédure d’urgence pour lever partiellement cette interdiction.

– 539 – 40, 588 – 591. GÉNÉTIQUE, PSYCHIATRIE, DÉPRESSION. Nicolas. CONVERGE consortium. Deux marqueurs génétiques de la dépression. La dépression touche 350 millions de personnes dans le monde. On dit que c’est la maladie la plus couteuse. La génétique des populations démontre que la maladie a une forte composante génétique, mais, comme pour presque toutes les maladies psychiatriques, il n’a pas été possible jusqu’ici de trouver des gènes qui y sont associés. Une raison en est sans doute que l’on nomme dépression toute sorte de maladies qui sont en fait différentes. Une autre est que de très nombreux gènes participent, mais que chacun ne contribue que trop faiblement pour être statistiquement détectable sur les cohortes étudiées. Notons que si une maladie pareillement invalidante ne dépendait que d’un gène, il y a longtemps que la sélection naturelle l’aurait éliminée. F. Link d’Oxford, identifie de manière robuste deux séquences qui corrèlent avec la maladie. Il semble que le succès de sa recherche – malgré une cohorte plus petite que d’autres qui n’ont rien donné – provient du choix de la population étudiée: les femmes Chinoises Han, parce que cette population est particulièrement affectée d’une forme grave de la maladie. Ce travail ouvre une voie qui devrait déboucher sur d’autres séquences relevantes à partir desquels pourra, peut-être, être déterminé les chemins métaboliques critiques pour la maladie et, de là, éventuellement, des médicaments pour y agir. Long chemin, mais, pour la première fois, on en voit un commencement.

 

31.7.15. Science 349

– 464. ALZHEIMER. Un médicament contre Alzheimer? Les essais n’ont pas manqué jusqu’ici, mais toujours avec le triste résultat: pas ou peu d’effets. Alors maintenant que deux firmes Lilly et Biogen annoncent des résultats positifs, c’est la grande agitation. Il s’agit des anticorps « solanezumab » et « aducanumab »- quels noms! – qui s’attachent à l’amyloïdeb, l’empêchant ainsi de former les agrégats caractéristiques de la maladie. C’est du moins ce qui est visé, mais les résultats sont modestes. Vu le potentiel financier d’un tel médicament, ils sont quand même suffisants pour motiver des tests de grande envergure. Peut-être que le résultat le plus intéressant acquit jusqu’ici est que, des deux candidats que l’on veut voir au coeur de la maladie, tau et amyloïde b, c’est ce dernier qui semble s’offrir en cible thérapeutique. On est encore loin d’une thérapie. Pour le moment, la meilleure prévention reste la vie saine et la tête active.

 

 

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