Archives de catégorie : Récenssion

Dupuy, J.-P. (2005). Petite metaphysique des tsunamis: Éditions du Seuil.

Je doute avoir compris le fond de sa pensée. 

Une analyse philosophique du mal avec, selon moi, un encrage dans l’idée que le mal est un scandale et que la shoa – mauvais mot selon lui – a cassé toutes les échelles et ouvrant le monde sur un nouveau catastrophisme. 

Il analyse le mal et les désastres en se référant à tout ce qui a été dit sur le sujet, Voltaire et Rousseau en particulier , mais je ne comprend pas très bien quel fil rouge il suit lui-même si ce n’est l’intrication du mal et du divin. Il utilise beaucoup le mot transcendance; la sienne est divine. 

Il conclut – si je comprends bien – que le mal explose dans la modernité, ouvrant ainsi  les désastres avenir. Il termine ainsi: 

« … quand l’humanité, dans la panique, découvrira l’étendue du désastre [il faudra qu’elle] marque une pause … pour accéder à la conscience au moment même où sa survie est en question. … Seul un miracle pourrait le permettre, à condition surtout que nous ne l’espérions pas. »

Donc, surtout ne pas croire au miracle, c’est à dire à quelque chose qui pourrait nous sauver. En particulier il rejette  durement le « catastrophisme éclairé » ou  l' »institutional design », c’est à dire « un design qui ne se limite pas aux chaises … mais qui porte désormais aussi sur les institutions et les nations… ». Il admet qu’on ne peut rien faire, c’est foutu, peut-être, du désastre, en sortira un homme nouveau.

Personnellement, je trouve difficile de voir clair dans la soupe à la réalité et au mystique qu’il brasse.  Je crois qu’il est  plus facile de trouver son chemin en essayant d’être au clair sur la différence entre ce que la nature nous donne et ce que nous en faisons. Comme l’avenir n’est pas écrit, ce n’est certainement pas le rôle de ceux dont les générations ont produit cet état de déclarer qu’il n’y a rien à faire. Moi, je veux croire qu’il y a.

Guillaud, F. (2013). Dieu existe.

Nous parlons avec un collègue impliqué dans l’enseignement Biologie et société. Il est historien des sciences à l’UNIL. Il semble mal à l’aise avec la place qu’occupe la théorie de l’évolution chez les biologistes. Nous approfondissons la conversation. Il apparaît que le problème est transcendantal. Il me conseille de lire:

Guillaud, F. (2013). Dieu existe. Arguments philosophiques. Paris: Les Éditions du Cerf. Continuer la lecture de Guillaud, F. (2013). Dieu existe.

Mishra, P. (2017). Age of Anger: A History of the Present. Allen Lane.

Courte recension dans Nature du 2.2.2017 (p. 29)

Je n’ai lu qu’une courte recension, mais l’idée me semble intéressante. Je la formule à ma façon.

Résumé:

Pourquoi notre époque est-elle politiquement tellement tumultueuse? Du temps de l’Indouhisme, il n’y avait pas de quoi penser politique. Le présent et l’avenir étaient scellés.

Mishra remarque que c’est avec les Lumière et la révolution industrielle qu’est venue l’idée de la liberté individuelle et, qu’elle est aussi mon affaire. Depuis, la philosophie et le discours sous toutes ses formes s’en sont gobergés, mais le gouffre entre la narration et la réalité est resté terriblement béant dans l’inéquité culturelle, socioéconomique et raciale,

Le problème actuel, c’est que le gouffre est devenu visible à tous. L’information, la mondialisation, le discours politique, la publicité, l’idée « je peux », le web qui m’y fait croire, tout y conjure.

Conséquence: Blocher, Trump, Brexit, la haine de l’occident.

J’ai bien envie de lire ce livre.

 

Note: Pankaj Mishra is an essayist and novelist. Born in 1969, he grew up in small towns in northern India and studied in Allahabad and New Delhi. On graduating, Mishra moved to Mashobra, a Himalayan village, where, he has said there was “nothing to do except read and write”. He contributes essays and reviews regularly to the New York Review of Books, the New Yorker and the London Review of Books. His books include the novel The Romantics (2000) and From the Ruins of Empire (2012), which was shortlisted for the Orwell prize. His latest, Age of Anger: A History of the Present, is published by Allen Lane this month. He divides his time between London and India. https://www.theguardian.com/culture/2017/jan/22/on-my-radar-pankaj-mishra-the-night-of-mountains-may-depart-aurelec-oj-made-america-bharatanatyam

Servage digital

Cette année, du 14 au 16 octobre, le colloque d’Academia Engelberg avait pour objet « Les systèmes économiques du futur ». J’ai trouvé médiocre et d’un étonnant manque de souffle. Le président d’Avenir Suisse était lamentable, le président d’Économie Suisse était « sachlich » et intéressant, mais son message – ça va remarquablement bien chez nous, que faire pour que ça continue – était un peu court par rapport aux ambitions du colloque. Quant à la bande de théoriciens académiques, je n’ai pas compris grand-chose à ce qu’elle voulait dire. Notons que parmi les 13 conférenciers, il n’y avait pas une femme. Il faut le faire!

Pour moi, une seule présentation sortait du lot: Hennes Grassegger, un jeune économiste-journalise, auteur d’un récent pamphlet en forme de manifeste dénonçant le servage dans lequel nous enferme l’hydre de l’économie digitale. J’ai passé la soirée au Titlis avec lui. Il est gonflé, mais diablement intéressant. Grassegger, H., Das Kapital bin ich. Schluss mit der digitalen Leieigenschaft! 2015, Zurich, Berlin: Kein & Aber. Essayons d’y voir clair. Continuer la lecture de Servage digital

Wade, N. A troublesome inheritance.

Genes, Race and Human History.
2014, New York: Pinguin Books.

Y a-t-il des vérités qu’il ne faut pas dire? En tous cas parler de races est très difficile dans notre société. Le livre de Wade aborde la question sans détour. Il présente les faits et il élabores des hypothèses sur leurs vraisemblables conséquences. La lecture est passionnante et donne ample matière à penser. Elle est dérangeante parce que, de race à racisme, le pas est vite franchi. Il ne l’est pas dans ce livre mais le chapitre qui éclairerait ce danger manque sombrement.
Continuer la lecture de Wade, N. A troublesome inheritance.

Borasio, G.D., Mourir. Ce que l’on sait, ce que l’on peut faire, comment s’y préparer. Le savoir suisse. 2014 (2012): Ppur.

Le prof. Borasio est chef du service de médecine palliative au CHUV. Il a précédemment fait un travail de pionnier à Munich. J’ai fait sa connaissance dans une commission de nomination pour un prof. de théologie pratique à laquelle je participais en tant que délégué du Bureau d’égalité. C’est ainsi que j’ai découvert son petit bouquin qui fait penser à deux autres qui m’ont récemment plu:

Layard, R., Happiness. Lesson from a new science. 2005, London: Penguin Books.

Dolan, P., Happiness by Design. 2014, UK: Pinguin.

Dans ces trois cas, nous avons des personnes qui en savent beaucoup sur le sujet parce qu’ils l’ont étudié professionnellement et qu’ils l’analysent avec humanisme. Encore une fois, le résultat est bon quand la sensibilité humaniste s’épanouit par la raison alimentée des connaissances objectives.

C’est amusant de constater que, comme toutes personnes un peu cultivées, nous savons pas mal de choses sur la naissance; quels sont les phases, les problèmes possibles, les moyens de les prévenir? Sur la mort, c’est fou ce que l’on n’en sait peu. Ce livre comble cette lacune élémentaire. Mais il faut beaucoup mieux. Il place la mort dans la globalité de la vie de chacun, avec tranquillité et bienveillance, non pas pour mieux mourir, mais pour mieux se préparer et vivre un temps de la vie par lequel, comme la naissance, nous passerons tous.

Je retiens au passage son plaidoyer pour la relaxation « transcendantale » abordée pragmatiquement, comme le reste. Il renvoie à: Kabat-Zinn, J. Au coeur de la tourmente, la pleine conscience. J’ai lu. 2012.

Oliver Sacks

Oliver Sacks est mort le 30 août agé de 82 ans.

Oliver Sacks que nous avons tous lu (l’homme qui prenait sa femme pour son chapeau; musicophilia; etc.), a publié au dernier moment son dernier livre, une autobiographie intitulée « On the Move: A Life ». (Je n’ai pas lu mais j’ai écouté le podcast (go.nature.com/awsgzg) et lu la récenssion (Nature 521, 158-9). On savait sa vie intéressante mais j’ignorait que sa jeunesse a été remarquable. Dans le style Easy Rider, il a tout fait pour en faire plus sans se fixer sur rien. Apparemment son homosexualité, longtemps mal assumée, fut importante. Il a maintenant 81 ans. Il affirme sa « foi renouvelée en demain et après-demain ». Pour ce qui me concerne, je n’ai pas eu une jeunesse – ni une vie – de bâton de chaise mais pour la conclusion, je partage.

 

Interdisciplinarité, Einstein, Changeux et les philosophes

Canales, J. (2015). The Physicist and the Philosopher: Einstein, Bergson and the Debate That Changed Our Understanding of Time. , Princton Univ. Press.

Rapporté par Graham Farmelo, Nature 521, 286-7.

C’était le 6.4.1922, une rencontre à la société française de philossophe. Bergson avait 63 ans, Einstein 43. Bergson commence par expliquer pendant plus d’une demi heure que le temps est indiscociable de notre subjectivité. Einstein répondit en moins d’une minute qu’il y a un temps psychologique et un temps physique. Le temps philosophique n’existe pas.

Voici qui me rappelle étrangement: Changeux, J.-P. and P. Ricoeur (1998). Ce qui nous fait penser. La Nature et la Règle, Odile Jacob.

Je ne sais pas si Ricoeur ou Bergson avait vraiment quelque chose de valable à dire sur la pensée ou le temps mais Changeux et Einstein avaient certainement des choses à dire qu’une démarche interdisciplinaire aurait donné à leur partenaire l’occasion d’intégrer. Ce ne fut pas le cas.

L’analogie avec ∏ est assez évidente.

Quelle éducation ?

Steven Ayrton m’envoie un article de « The New York Review » à méditer (20.11.2014, p. 25-27).
D. Ravitch. The myth of chinese super schools. À propos du livre de Yong Zhao, Jossey-Bass ed. « Who’s is afraid of the Big Bad Dragon ? Why China has the best and the worst education system in the world ». Zhao, chinois de naissance et d’éducation, est prof à l’Uni d’Oregon

Les Américains sont très mauvais dans PISA – la classification des performances des écoliers par pays ou régions. Les Chinois sont les meilleurs. Réponse des administrations US : plus de tests, plus de pression, plus de matière testable à apprendre très vite.
Notons que ce n’est pas seulement la réponse US, c’est tout le système du monde qui dérape. Tester, évaluer, performer, ingérer… on en nourrirait sans relâche les chèvres les brebis et les vaches, afin qu’au lieu de lait elles crachent, de l’or! (Gilles)

Analyse de Zhao : Le système chinois continue la tradition du keju (le système confucéen pour la sélection des fonctionnaires de l’État) basé sur l’apprentissage intensif par cœur sacrifiant toute créativité, pensée originale et individualisme. Les écoles chinoises et les universités ont adapté cette philosophie à notre temps de la manière la plus brutale. « Personne n’a la plus petite chance de recevoir un prix Nobel après avoir passé 12 ans d’éducation chinoise, même affinée dans une université étrangère, apportant ainsi la preuve de la capacité de l’éducation chinoise à détruire la créativité au nom de la société ». J’ai expérimenté cela avec «mes» Chinoises. Comme on le voit, les résultats sont bons pour rattraper le retard. Le système n’ouvrira pas la voie au leadeurship intellectuel et au développement à long terme.
Et chez nous, pour ceux qui craignent d’être dépassés par la Chine, quelle solution ? Éviter de faire comme eux.
Comme pour la contribution d’hier et d’avant-hier au blog, la conclusion se répète : c’est de l’intelligence dont nous avons besoin.