Actualité scientifique de février 2016 – après quoi: pause.

Nous gardons un oeil attentif sur la cryo-ME:
Li, H., …, and M. Bogyo, Structure – and function – based design of Plasmodium-selective proteasome inhibitors. Nature, 2016. 530(7589): p. 233 – 236.
Nguyen, T.H.D. and e. al., Cryo-WM structure of the yeast U4/U6.U5tri-snRNP at 3.4Å resolution. Nature, 2016. 530(7590): p. 298 – 302.
Ballandras-Colas, A., …, and A.N. Engelman, Cryo-EM reveals a novel octameric integrase structure for betaretroviral intasome function. . Nature, 2016. 530(7590): p. 358 – 361.
Jiang, F., et al., Structures of a CRISPR-Cas9 R-loop complex primed for DNA cleavage. Science 2016. 351(6275): p. 867 – 871. Voir résumé.
Banerjee, S., …, and S. Subramaniam, 2.3 Å resolution cryo-EM structure of human p97 and mechanism of alosteric inhibition. Science, 2016. 351(6275): p. 871 – 875. Approche le reccord actuel de 2.2Å.

04. 02.2016. Nature 530, 7588.
– 10. Correction. ANTHROPOLOGIE, ORIGINE DE L’HOMME. Laurent L.
Nous avions rapporté de Science du 13.11.2015 l’article suivant: G. Llorente et al. Le génome d’un ancien Éthiopien révèle les mélanges africains récents… Le présent article rapporte l’étude de la séquence d’ADN d’un Éthiopien qui vécut il y a quelque 4’500 ans… Il apparait de plus que le retour du nord vers l’Afrique est bien plus général qu’on ne l’imaginait. Il touche toutes les populations d’Afrique y compris les Yoroubas et Mbuti (pygmée) que l’on croyait de pures souches africaines, mais qui portent quand même un bon 7% de séquences « nordiques ».
Selon l’annonce de Nature du 4.2.16, ce dernier § en italique est faux. Faux choix du programme de statistique!!! Ces gènes de retour d’Europe n’ont pas diffusé en Afrique de l’Ouest et Centrale. go.nature.com/tzfing

– 85.AGRICULTURE, ÉCOLOGIE. Timon. Nous avons avec Timon une discussion concernant la biodiversité. Je constate qu’il y a dans mes journaux au moins un article sur ce sujet par semaine et que l’ensemble est diablement compliqué. Les données solides manquent. L’article résumé ci-dessous en apporte quelques-unes, mais, avec celui-ci, j’abandonne l’idée de suivre correctement le sujet dans mes lectures avenir. Il y a trop.
Historical nectar assessment reveals the fall and rise of floral resources in Britain. Mathilde Baude, William E. Kunin, Nigel D. Boatman, Simon Conyers, Nancy Davies, Mark A. K. Gillespie, R. Daniel Morton, Simon M. Smart & Jane Memmott, Nature 530, 85–88 (04 February 2016) doi:10.1038/nature16532
There is considerable concern over declines in insect pollinator communities and potential impacts on the pollination of crops and wildflowers1, 2, 3, 4. Among the multiple pressures facing pollinators2, 3, 4, decreasing floral resources due to habitat loss and degradation has been suggested as a key contributing factor2, 3, 4, 5, 6, 7, 8. However, a lack of quantitative data has hampered testing for historical changes in floral resources. Here we show that overall floral rewards can be estimated at a national scale by combining vegetation surveys and direct nectar measurements. We find evidence for substantial losses in nectar resources in England and Wales between the 1930s and 1970s; however, total nectar provision in Great Britain as a whole had stabilized by 1978, and increased from 1998 to 2007. These findings concur with trends in pollinator diversity, which declined in the mid-twentieth century9 but stabilized more recently10. The diversity of nectar sources declined from 1978 to 1990 and thereafter in some habitats, with four plant species accounting for over 50% of national nectar provision in 2007. Calcareous grassland, broadleaved woodland and neutral grassland are the habitats that produce the greatest amount of nectar per unit area from the most diverse sources, whereas arable land is the poorest with respect to amount of nectar per unit area and diversity of nectar sources. Although agri-environment schemes add resources to arable landscapes, their national contribution is low. Owing to their large area, improved grasslands could add substantially to national nectar provision if they were managed to increase floral resource provision. This national-scale assessment of floral resource provision affords new insights into the links between plant and pollinator declines, and offers considerable opportunities for conservation.
Ma conclusion: augmenter l’herbe fleurie. Bonne idée, c’est joli!

– 37 – 38; 103 – 107. LONGÉVITÉ, MORT. Soustrup et al. A temporal scaling of C. elegans aging. De quoi meurt-on? De tout et de rien! Peut-être un article fondamental. Tous, Pierre G. Les auteurs développent une méthode pour mesurer la courbe de survie du petit ver C. elegans. Ce n’est pas trivial quand il faut suivre 100’000 individus durant toute leur vie afin de déterminer sa durée de vie à 20 minutes près. Chez ces bestioles l’espérance de vie dépend beaucoup de la température, mais aussi de toute sorte de facteurs extérieurs comme la lumière, la nourriture, divers additifs chimiques plus ou moins stimulants ou toxiques et bien surs, les mutations qui influencent la durée de vie. La courbe de survie est établie dans chaque condition (figure a-haut). Ce qui est extraordinaire, c’est que toutes ces courbes sont de la forme f(kt) ou f est une fonction donnée, t est le temps et k est un facteur caractéristique de la condition de vie. Ainsi normalisées, toutes les courbes se superposent remarquablement (fig. a-bas). Ceci veut dire que tout changement des conditions extérieures altère tout ce qui détermine la durée de vie dans les mêmes proportions. Voilà qui est très bizarre. Selon le B-A-BA de la thermodynamique, on sait qu’un changement des conditions extérieures a des conséquences différentes selon la réaction chimique. Ainsi des effets accélérant ou retardant la mort déplaceront la courbe de survie comme sur la fig. b-haut qui, une fois renormalisée donnera les courbes de la figure b-bas, bien différentes de a-bas.

Strech in time Fig 1 2016-02-20
Pour expliquer le mystère, il faut admettre que la longévité se ramène finalement à une seule grandeur. Les auteurs l’appellent la résilience (figure c).
Qu’est-ce que la résilience? Certainement pas la concentration d’un quelconque produit chimique – un radical libre – ou du gène qui l’influence. Non, il s’agit d’imaginer quelque chose qui puisse toucher de manière semblable l’ensemble des circuits métaboliques. Les auteurs annoncent leur incompréhension en mentionnant quand même que quelque chose comme une stratégie de gestion de l’énergie pourrait aider à penser le problème. Ou alors, on peut essayer de réfléchir en termes de réseau. Ainsi si chaque réaction métabolique est un point du réseau, un paramètre comme la connectivité (nombre de connexions par point) pourrait avoir des propriétés compatibles avec la notion de résilience observée dans la survie de C. elegans. Reste a savoir si la résilience est une propriété spécifique à cette bestiole particulière ou bien est-ce une propriété de la vie. Pierre Goloubinoff propose que, tôt dans la vie, peut-être à la fécondation, est enclenché le mécanisme de la mort. C’est parti, l’allure est fixée, l’aiguille tourne!
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.
(L’horloge, Baudelaire)

05. 02.2016. Science 351, 6273.
– 540. BIZNESS, CRISPR/Cas9. Les éthiciens.  À propos de l’agitation autour de CRISPR/Cas9, on apprend dans ce No. et le suivant  que:
– L’Angleterre a permis à une chercheuse de l’institut Francis Crick d’entreprendre des expériences avec des embryons humains modifiés par CRISPR/Cas9 afin d’étudier le développement durant les deux premières semaines. Paul Nurse, directeur de l’Institut est ravi.
– Lors du lancement d’une firme visant à utiliser CRISPR/Cas9 en médecine à Cambridge Ma, un appel de fond a immédiatement rapporté près de 100 millions.
– Que l’utilisation de la même technique sur les cochons est déjà avancée et proche de la commercialisation. Autre succès: des vaches qui ne font pas de cornes, les cochons résistants au virus d’une maladie pulmonaire
– Et le Sci. Am. du 1er mars consacre un article au rush sur CRISPR/Cas9 en agriculture. Pour des raisons qui ne me sont pas claire les administrations semblent vouloir accepter plus facilement les OGM produits par cette méthode plutôt que par les méthodes standards. Peut-être est-ce parce qu’on juge la méthode mieux contrôlée – ce qui est à prouver – ou parce qu’un knock-out (gène rendu non fonctionnel) produit par l’adjonction ou le retrait d’une seule lettre ne compterait pas comme organisme génétiquement modifié selon les définitions admises.

– 564. GÉNÉTIQUE, RACE, ÉVOLUTION. M. Yudell et al. Sortir la race de la génétique humaine. La notion de race a été bannie de la génétique humaine parce qu’on a prétendu qu’elle ne voulait rien dire et parce que l’histoire a assez montré le rôle néfaste du concept. Les auteurs sont choqués par le fait que la réalité des groupes humains – que l’on nomme race ou pas – revient en force avec le séquençage massif des génomes humains. Ils craignent le retour des vieux démons et veulent les retenir en les cachant. Leur argument consiste, d’une part, à reprendre l’idée que la race n’est rien de bien défini. En cela les auteurs ont raison par définition; si la race avait une frontière précise, elle ne serait plus une race, mais une espèce. Ceci n’empêche pas que des groupes puissent avoir des limites « molles » et perméables. De l’autre ils développent un argument sémantique. Plutôt que race, il faudrait parler « d’ancêtrerie » ou de « populations ».
Je partage l’inquiétude des auteurs, mais en tire d’autres conclusions. Que la notion de race existe, chacun le sait. Par exemple, il y a X dizaines de milliers d’années, des groupes ont quitté l’Afrique et se sont répandu dans le reste du monde. Depuis ils ont évolué chacun à sa façon parce que le temps a passé et parce qu’ils se trouvaient dans des milieux différents. Le résultat est visible à chacun. La génétique l’étudie en détail. Il n’empêche que nous restons de la même espèce et que nous partageons la même planète. Maintenant que la génétique documente finement chaque individu et chaque groupe, le problème n’est guère de savoir si le mot « race » est adéquat ou non. Nous avons à lutter contre le racisme, les conflits ethniques, et toutes les formes de ségrégation. Vouloir en faire une question de vocabulaire est contreproductif.

11. 02.2016. Nature 530, 7589.
– 130, 153 – 155. ENVIRONNEMENT, POLITIQUE, CLIMAT. Manu .dito; Comment, P. Williamson. Que valent les méthodes de capture du CO2 ? Titre de l’édito: que les gouvernements cessent de prétendre qui la capture du CO2 est une solution.
COP21 veut limiter l’échauffement climatique à 2 degrés, si possible 1.5. Ce qui manque encore, ce sont les moyens pour y arriver et ceux-ci devront être très considérables, bien plus considérables que ce que les gouvernements sont actuellement prêts à mettre sur pied. Alors, sans doute pour faire semblant d’être sérieux, COP21 et les instances dirigeantes qui planifient la lutte contre l’échauffement climatique font grand cas de la possibilité d’améliorer le bilan CO2 en en capturant une part substantielle de ce qui est produit. Le présent article fait le point sur 9 méthodes et montre que, dans l’état actuel de la science et des techniques, elles auraient toutes, soit des couts financiers et environnementaux insupportables, soit leur implémentation poserait un risque global pire que celui qu’elles prétendent résoudre. Voyons-en deux.
BECCS (bioenergy with carbon capture and storage) est la méthode la plus souvent citée. Il s’agit de planter de grandes surfaces; récolter ces végétaux ayant fixé une grande quantité de CO2; bruler le tout dans des centrales où le CO2 produit serait capturé puis injecté profondément dans des couches géologiques. En principe, ça devrait marcher. Pratiquement, impossible. Le problème est que, pour limiter l’échauffement climatique aux fameux 2° à la fin du siècle, il faudrait capturer, selon une estimation moyenne, 600 GT de CO2, ce qui nécessiterait quelque 500 millions de ha, c’est-à-dire 1/3 de la surface arable de l’ensemble du monde. Et avec ça, on ne parle pas de ce qu’il faudrait pour récolter et transporter ce matériel ainsi que pour faire et faire fonctionner les usines (voir aussi mon rapport sur le Sci. Am du 1.1.16 qui montre qu’on ne sait pas faire de telles usines).
L’ensemencement des océans avec, par exemple, du Fe pour augmenter la productivité de zooplancton. On dit que les expériences préliminaires donnent des résultats spectaculaires. Le premier problème est que, à priori, le plancton n’est lieu de capture que pour sa durée de vie. Après quoi, les CO2 se retrouvera naturellement dans l’eau qui sera acidifiée. La possibilité que la surproduction de plancton ainsi réalisée vienne se déposer en couches géologiquement stables au fond des océans est plaisante, mais, en fait, on n’en sait rien. De manière générale, les spécialistes craignent un dérèglement global de l’équilibre biologique des mers avec les conséquences imprévisibles que l’on peut – et surtout que l’on ne peut pas – imaginer.
Conclusion: pour maitriser l’échauffement climatique, une seule solution. Arrêter de bruler les combustibles fossiles et pour cela, commencer par arrêter de le sortir de là où il repose en paix.

12.02. 2016 Science 351, 6274
– 648 – 9, 737 – 741. NEANDERTAL, GÉNÉTIQUE. Laurent L. Simonti et al. L’héritage phénotypique du croisement entre les humains modernes et les Neandertal. Les Européens et les Asiatiques portent 1.5% d’ADN néandertaliens. Les Mélanésiens ont, en plus, 2-3% d’ADN de Dénisovans. Qu’apporte ce croisement ancien aux hommes d’aujourd’hui ? Le présent article apporte un élément de réponse; ce n’est pas tellement folichon. En particulier cet échange corrèle avec une bonne part du risque de dépression et de certaines maladies de la peau. Incidemment, il est aussi associé à une tendance à l’hypercoagulation et à l’attrait pour le tabac. La messe n’est pas dite, car si plusieurs de ces facteurs ne semblent guère bénéfiques à l’homme moderne, ils auraient été éliminés s’ils n’apportaient pas également un effet favorable. (voir ci-dessous, un article similaire dans Nature 25.2.16)

18. 02.2016. Nature 530, 7590.
– 253. POLLUTION, AVIATION. L’aviation est responsable pour 1.4% de la production mondiale de CO2. Tenue en dehors des considérants de la COP21, elle devient l’icône du refus de participer à la lutte contre l’échauffement climatique. L’ICAO, l’organe international de l’aviation civile vise à diminuer de 4% en 2018 la consommation moyenne. Or, de l’expérience passée, on peut déduire que d’ici là, sans révolution technologique, les progrès techniques auront fait diminuer la consommation de 10%.

– 255; 266-7. INNOVATION ET DÉCOUVERTE; POLLUTION À DELHI. Deux articles à transmettre. Pour Gilles: Mettre la science de l’innovation au coeur de la découverte. Pour Lucy: L’interdiction alternée des voitures en janvier à Delhi a eu un bon effet. Elle offre une entrée pour une action basée sur l’expérience.

– 258. SÉQUENÇAGE. News. Il y a eu l’ »Human genome project » qui s’est terminé en 2003. Récemment je rapportais les premiers résultats du « 1000 genomes project » alors que les Américains et les Anglais lançaient chacun leur « 10’000 genomes project ». Le 14 février l’université de Singapour annonçait le lancement du « 100’000 asian genomes project ». À ce rythme nous aurons le « World Genome Project » vers 2030.

– 258, 259, 261 – 263. RELATIVIÉ GÉNÉRALE, ONDES DE GRAVITÉ. Larry F., Manu, Gilles. De Nature du 19 novembre, je rapportais le prochain départ du satellite Lisa qui doit aller exercer la mesure hyper-précise de la distance entre deux masses séparées de 40 cm, tombant librement dans un coin super calme de l’espace. La vraie expérience commencera dans 18 ans, si tout va bien, quand la mesure sera reprise sur des masses séparées de quelques millions de km. Alors, on devrait enfin pouvoir détecter les ondes gravitationnelles émises, par exemple, par PSR B1913+16, une paire d’étoiles très denses, très proches, tournant sauvagement l’une autour de l’autre. Le 16 février, Lisa est arrivée à son fameux point de Lagrange et les masses ont été libérées. Tout va bien!
J’avais aussi commenté que, sur Terre, la petitesse du lieu et les vibrations rendent impossible le même type de mesure. Il manque 6 ordres de grandeur dans la précision.
Pourtant le 11 février, il est annoncé que les deux paires d’interféromètres LIGO ont détecté les fameuses ondes le 14 septembre . Est-ce sensé?
Il semble bien que oui, parce que l’évènement détecté est vraiment spécial. Voilà ce que l’on en comprend. L’affaire se passe à 1,3 milliard d’années-lumière de chez nous, il y a 1.3 milliard d’années. Deux trous noirs trente fois plus gros que le soleil se tournent autour. Alors que le système double visé par Lisa tourne en 7 heures environ, le signal LIGO a été détecté alors que la paire tournait à 35 tours par seconde (!); perdant son énergie par émission d’ondes de gravitation, il s’est rapidement accéléré à 250 tours par secondes (!!), puis, il est devenu chaotique et s’est tu. Les deux trous noirs venaient de fusionner. Le tout a duré 1/4 de seconde(!!!) Pendant ce court instant, le système a émis plus d’énergie gravifique que l’ensemble de l’univers visible n’en émet sous forme électromagnétique. À 7 millisecondes d’intervalle (ils sont séparés de 2100 km), les deux détecteurs ont enregistré le même signal, donnant ainsi une indication sur la direction du phénomène. L’astronomie gravitationnelle semble être devenue une réalité.
Il me reste deux problèmes. (i) Se peut-il quand même qu’il s’agisse d’une erreur ou d’un canular? Par exemple, on apprend que des simulations d’évènements étaient envoyées aléatoirement dans le système pour tester la bonne marche des opérations. Un petit rigolo a-t-il trompé tout le monde à ce petit jeu?
(ii) Mes journaux annoncent que la mesure des 2 bras des interféromètres se fait à la précision du millième de proton; Le millième d’atome serait déjà remarquable mais millième de proton – 100’000 fois plus petit – me semble erroné. Attendons les détails.

– 268. ÉVOLUTION. D. Fox. Qu’est-ce qui a produit l’explosion cambrienne? Il y a 540 millions d’années a eu lieu l’explosion cambrienne. En un temps géologiquement très court, l’évolution a fait un bon en avant, passant d’animaux relativement simples, sans guères de structures évoluées comme pattes, yeux ou branchies, aux arthropodes et cordés (ancêtres des vertébrés). On pensait que la montée de la concentration d’O2 dans l’atmosphère en était la cause. Ici il est montré que cette croissance n’a pas été régulière. Il y a eu au début du Cambrian un petit saut, La concentration de O2 passa de 0.5% à quelques %. Ce n’est pas suffisant pour expliquer, par exemple, une augmentation considérable du flux d’énergie disponible.
L’hypothèse que l’auteur lit dans les fossiles serait que l’explosion cambrienne serait le moment où certains animaux eurent l’idée de ne plus se nourrir de microbes, mais d’autres animaux. La course entre proie et prédateurs était lancée, la reine rouge devait courir pour ne pas reculer (allusion à Lewis Caroll souvent reprise en biologie évolutive.) On en est toujours là. Nous, retraités suractifs par exemple.

– 285 – 7, 327 – 330. MORALE, ALTRUISME, RELIGION. Johannes, Christine Cl., Alberto B. B.G. Purzycki. Dieux moraux, punition surnaturelle et l’expansion le la socialité humaine. Depuis l’origine de l’agriculture, la complexité de la société et le niveau de coopération ont considérablement augmenté. Il a fallu étendre le cercle de collaboration bien au-delà du groupe familier. Comment cela fut-il possible? Cet article teste l’hypothèse que la représentation de dieux omniscient et punitif envers ceux qui ne respectent pas les normes du groupe a permis d’étendre la collaboration, la confiance et l’équité envers les étrangers hors du cercle familial dans la mesure où ils partagent la même religion. La méthode de recherche des auteurs consiste en interviews ethnographiques et en jeux comportementaux afin de tester 8 cultures « premières » des principales traditions. Ils concluent que le dieu omniscient et punitif a été un important facteur du développement de la prosocialité.

19. 02. 2016, Science 351, 6275.
– 811 – 12, 827, 867 – 871 CRISPR-Cas9, CRYO-EM. Jiang, F., et al., Structures of a CRISPR-Cas9 R-loop complex primed for DNA cleavage. Cas9, la protéine associée à CRISPR coupe de manière coordonnée les deux brins de l’ADN à l’endroit spécifié par l’ARN guide. Ici est étudiée, par diffraction X et par cryo-ME, la structure du complexe de Cas9 avec l’ARN et l’ADN. Il apparait que, pour placer l’ARN, Cas9 déstabilise l’ADN double brin en le pliant de manière à y glisser le guide ARN. Une fois ainsi installé, Cas9 coupe les deux brins d’ADN de manière strictement coordonnée bien que les deux sites soient maintenant espacés d’environ 30 Å. L’approche combinée de diffraction X et cryo-EM est remarquable. Quoique la résolution de la cryo-EM ne soit pas terrible – 4.6 et 6 Å – elle apporte des éléments décisifs à la compréhension du complexe; elle est quand même remarquable vu que le complexe n’a que 220 kD (plus l’objet est petit, plus il est difficile de l’orienter et donc, de sommer l’information des différentes particules.

Cas9_CRISR_science 19.02.16

25.02.2016, Nature 530, 7591.
– 397 – 415. Dossier. POLITIQUE, FUTUROLOGIE. Générations avenir: Quelle sorte de monde allons-nous leur passer? Le but de ce dossier n’est pas d’être déprimant. Pourtant c’est ainsi que je le lis. Les deux dernières générations – la nôtre et celle de nos parents – sont les principaux responsables des problèmes du monde actuel – l’échauffement climatique, la pression démographique, la difficulté à vivre ensemble amplifiée par la mondialisation. Ces mêmes générations ont développé en médecine et en biologie (biotechnologies, ingénierie génétique) comme aussi en informatique (Intelligence artificielle, robots) des connaissances riches en promesses et en problèmes potentiels. Nous cédons ce très lourd bagage aux générations qui nous suivent. Nous avons fait le problème, eux doivent le résoudre. Pour nous, il n’y a pas de quoi se pavaner. Pour eux, il y a l’obligation de gagner. J’en connais plusieurs qui sont à la hauteur du défi.
– 429. GÉMÉTIQUE, NÉANDERTAL. Kuhlwilm et al. Ancien courant de gènes d’anciens humains modernes aux néanderthaliens de l’est (avec h dans cet article). Un article de Science du 12 février (voir ci-dessus) étudiait les conséquences phénotypiques de l’ADN néandertalien (sans h) sur nous. Le présent article explore le courant contraire en comparant le génome de néanderthaliens de l’Altaï et de Denisovan de Sibérie avec des néanderthaliens d’Espagne et de Croatie. Alors que l’on sait que les néanderthaliens ont contribué au génome des humains modernes il y a quelque 47 – 65’000 ans, le présent article montre que des humains modernes ont contribué au génome des néanderthaliens de l’Altaï des dizaines de milliers d’années plus tôt. Par contre, les auteurs ne détectent pas de transfert d’humains moderne aux Denisovan ni aux néanderthaliens européens. Sans doute que cette première étude de ces échanges ne marque pas la fin du chapitre.

– 473 – 476. PUNITION, MORALE, COMPORTEMENT. Jordan et al. La punition par un tiers est un signe couteux que celui-ci est digne de confiance. Dans les sociétés humaines, il est fréquent qu’une personne non directement impliquée s’engage couteusement à punir celui qui ne respecte pas les règles. Comment l’expliquer ? Cet article propose une réponse intéressante (celui qui paie de sa personne pour le bien commun est lui-même vu comme digne de confiance), mais il est tard, je laisse.

26.02.16.Science 351, 6276.
ÉVOLUTION, MITOCHONDRIE. Rapport: I. Johnston in Cell Systens. Pourquoi y a-t-il un génome mitochondrial. Laurent K., Michel C., Nicolas P. L’origine des mitochondries remonte à plus d’un milliard d’années, quand une sorte de bactérie fut avalée par autre cellule. Destinée extraordinaire, au lieu que la seconde digère la première, elles ont entrepris une collaboration qui prévaut aujourd’hui chez tous les eucaryotes: les mitochondries produisent l’énergie, la cellule fait tout le reste. Mais qui commande? La cellule, pourrait-on penser. C’est elle qui a le noyau, le génome et l’ADN. Au cours du temps, en effet, le génome de la bactérie initiale a été intégré dans celui de la cellule. Pas complètement toutefois. Chaque mitochondrie garde un petit génome de 27 gènes. Ce n’est pas grand-chose par rapport aux quelques 20’000 d’une cellule eucaryote ou les quelques 2000 d’une honnête bactérie. Pourquoi alors ce petit résidu? Pourquoi ne pas avoir achevé le transfert de compétences? Le présent article propose une solution intéressante. Les 27 gènes mitochondriales codent principalement pour des protéines qui sont centrales au métabolisme de l’énergie, celles qui, intégrées dans les membranes intérieures, sont physiquement au coeur de la machinerie. On peut dire que l’intendance a passé à la cellule, mais le bureau du directeur est resté dans chaque mitochondrie. Il faut aussi noter que, si la cellule n’a qu’un seul génome, chaque mitochondrie a le sien. Oh, les différences ne sont pas bien considérables, quelques mutations par-ci et par là, mais, selon les auteurs, ses différences font que, dans chaque cellule, il existe des « castes » de mitochondries à spécificité différentes. On sait qu’un système complexe dont être coordonné rigoureusement; pourtant un peu de liberté peut offrir un avantage. Ce serait le bénéfice du jeu de l’indépendance dans l’unité qui ferait que les mitochondries conservent leur petit génome individuel.

– 969 – 72. CRYO-TOMOGRAPHIE ÉLECTRONIQUE. ULTRASTRUCTURE CELLULAIRE. Groupe Baumeister à Munich. La « sociologie » moléculaire à la périphérie du noyau de HeLa. La cryo-TE consiste à calculer la structure d’un volume cellulaire vitrifié sur la base d’un grand nombre d’images enregistrée selon différentes orientations. Comme l’objet doit ainsi être photographié un grand nombre de fois, la dose totale reçue empêche d’atteindre une résolution comparable à celle de la cryo-ME de particules isolées. La deuxième limitation vient du fait que, pour que le volume cellulaire soit bien préservé, c’est au moins une cellule entière qu’il faut vitrifier. Idéalement, il faudrait que l’objet ne dépasse pas 1/10 de µm. Une cellule est bien plus épaisse. Trois méthodes peuvent être considérées. (i) Aplatir l’objet; ce n’est pas bon pour l’objet et quoi qu’il en soit, il reste trop épais. (ii) Couper l’objet vitrifier en sections minces; c’est notre CEMOVIS que je me désole de ne pas voir utiliser davantage. (iii) Creuser l’objet par un faisceau d’ions (FIB) pour n’en laisser qu’une couche mince. Le groupe de Munich est leader de la cryo-tomographie. Dans le présent article, il montre que l’affinement par le FIB (iii) permet d’obtenir des résultats améliorés. Il est aussi prétendu que l’usage d’une plaque de phase a contribué au bon résultat. J’ai mes doutes. Depuis le génial travail de Nigel Unwin dans les années 1970, beaucoup d’essais se sont heurtés aux difficultés inhérentes de la méthode. On en reparle beaucoup ces temps. J’attends encore de voir.

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