Anxiété

Article dans Le Temps du 20.11.2019

C’était au début d’août. Quatre cent trente jeunes activistes du climat venant de 38 pays européens ou proches se sont retrouvés dans les locaux mis à disposition par l’Université de Lausanne pour la réunion SMILE (« Summer Meeting in Lausanne Europe”,  https://smileforfuture.eu). Tous étaient associés au mouvement « Grève du climat » initié à peine une année plus tôt quand Greta Thunberg est allée s’asseoir devant le parlement suédois pour protester contre l’inaction des dirigeants face à la crise climatique. Rien n’est plus fort qu’une idée juste arrivant au bon moment. La déferlante des jeunes pour le climat s’avère être un phénomène mondial, extraordinaire et puissant.

Durant la semaine SMILE, les participants ont beaucoup travaillé à la suite de leur action et sur les moyens de la renforcer et de la poursuivre. Une partie du travail se faisait en atelier. J’ai participé au groupe intitulé « Anxiété ». J’y suis allé parce que je pensais que nous parlerions de communication avec le public. Faut-il chercher à provoquer l’anxiété ? Faut-il que chacun s’empanique face à la situation dramatique à laquelle nous sommes tous confrontés ? J’y allais avec un parti-pris: « non, il ne faut pas cultiver la panique,  mais oui, il faut connaître la situation et savoir que l’on peut la maîtriser si on y met le paquet».

Le groupe était formé d’à peu près autant de filles que de garçons ; l’âge moyen était 17ans et demi. La discussion ne s’est pas passée comme je m’y attendais. La première intervention fut celle d’une jeune fille racontant comment elle s’était sentie misérable d’avoir rencontré tant d’indifférence et de critique alors que son groupe s’investissait avec enthousiasme pour appeler sa petite ville à venir lutter avec eux pour le climat. Le ton était donné et presque tous les participants ont repris le thème, chacun à sa façon, avec beaucoup d’émotions, des larmes et des voix cassées. Ce n’était pas le drame du climat qui les mettait dans cet état, c’était l’anxiété de ne pas se sentir à la hauteur de la tâche énorme qu’ils prenaient sur eux ;  c’était la fâcherie et l’incompréhension d’être laissés seuls par ceux qui, naturellement, auraient dû porter la lutte. Je reconnaissais les mots de Greta Thunberg le 15 décembre 2018 à la conférence de l’ONU sur le climat en Pologne : “Vous ne parlez que de continuer avec la même mauvaise idée qui nous a mis dans ce pétrin alors que la seule chose sensée serait de tirer le frein de secours. Vous n’êtes pas assez mûrs pour dire les choses comme elles sont. Même ce fardeau, vous le laissez à vos enfants.“ Nous étions deux adultes à participer à ce groupe, mon collègue était médecin, spécialiste du stress induisant les troubles du sommeil. Chacun a entendu parler des dégâts du stress post-traumatique, mais lui m’expliquait que les spécialistes commencent à se rendre compte que le stress pré-traumatique est aussi une réalité. Il en voyait les prémisses parmi les jeunes qui nous entouraient.

C’est vrai, le défi est formidable (formidable : qui inspire une grande peur). Quand c’est notre civilisation et nos valeurs fondamentales qui sont en péril, il faut être ignorant ou vieil égoïste pour ne pas se sentir bouleversé.

Les jeunes que je connais, engagés dans le mouvement Extinction Rebellion ou dans la Grève du climat, sont intelligents, bien informés et courageux ; ils savent où ils veulent aller – maîtriser la crise du climat – et ils ont des idées précises quant au chemin pour y arriver. Ainsi, leurs mouvements affirment fermement le principe de la non-violence envers les personnes et aussi envers les choses.

Mais nous vivons dans un monde violent. L’actualité nous le dit assez. J’ai récemment découvert le ton qui règne quelquefois sur les réseaux sociaux. Peut-être est-ce ce qui a induit le vilain cauchemar que j’ai eu récemment. C’était dans ma petite ville de Morges. Ici, souvent, les gens sourient et me saluent sympathiquement quand on se croise. Dans le rêve, c’était différent. Un adolescent passe, il me regarde dans les yeux et me dit “salaud “. Aïe ! Il avait en lui la fureur de se sentir piégé dans un monde dégradé par les excès des générations qui ont précédé.

Ne nous faisons pas d’illusions, il sera difficile et il faudra veiller fermement pour que la non-violence reste le fondement de la lutte pour le climat. En vérité, il serait épouvantable que jeunes et vieux se mettent à se battre les uns contre les autres, mais, comme il est commun entre deux parties, quand la violence se lève, les responsabilités sont partagées. Il est vital que les jeunes, ceux qui, dans quelques décennies, subiront les pires chocs de la crise, comme aussi les moins jeunes, en particulier ceux qui ont en main les leviers du pouvoir, agissent dans la bienveillance pour lutter et vaincre ensemble. Quant à la désobéissance civile dont on fait grand cas ces derniers temps, j’espère que les jeunes sauront l’utiliser avec raison et que les moins jeunes ne s’agiteront pas pour autant. Ne nous braquons pas sur la forme, sur le fond, les jeunes ont raison

Les lectures scientifiques de Jacques autour de octobre 2019

Ce mois, je relève en particulier les deux sujets suivants.

On le dit partout, la vie se meurt et les espèces disparaissent, mais qu’en sait-on en fait ?
On est assez bien informé de la catastrophe globale qui frappe les grands mammifères. On a aussi quelques chiffres sérieux – quoique très partiels – sur les oiseaux.
Mais qu’en est-il des millions d’espèces de tous ordres qui forment l’arbre de la vie ? La donnée classique pour les insectes, c’est que le par-brise des autos n’est plus constamment souillé de moucherons écrasés. Nous avons besoin de mieux. C’est important.
Dans le rapport ci-joint, on parle d’un labo ce l’EPFZ qui veut que ça change (Nature du 26.10, p 478).
Plus convaincantes sont les deux études allemandes qui rapportent les comptages de larges populations d’insectes durant 27 et 10 ans respectivement. (31.10, p 641 et 671)
Mauvaise nouvelle: en 1/4 de siècle, la masse d’insectes a diminué de 3/4. Dans les régions agricoles, c’est 3/4 en 10 ans. Ça ne peut pas continuer !

Le deuxième fait est plus rigolo. Auqu’un d’entre nous ne croît à la pseudo vertu de la main invisible d’Adam Smith, sensée assurer la juste répartition des biens à tout le monde.
Ici, il est montré que la symétrie d’un contrat se casse naturellement par la statistique des grands nombres de telle sorte que, à terme, ceux qui ont le plus prennent « automatiquement » l’avantage sur ceux qui on le moins.
Laissez-vous convaincre par l’arithmétique de cette évolution. C’est facile! Par contre, la raison profonde de ce phénomène systémique n’a rien de trivial.

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Actualité scientifique partielle de Jacques en septembre 2019

ATTENTION, C’EST LE TOUT DERNIER MOMENT POUR ALLER VOTER.
SI VOUS NE L’AVEZ PAS FAIT, FAITES-LE. JE VOUS EN PRIE INSTAMMENT.

Chères amies (on reprend la vieille tradition du féminin par défaut)

Aujourd’hui, 13 octobre, je reçois d’un coup la livraison tardive de 3 numéros de Nature, dont celui du 5 septembre.
Le temps de les lire et de rédiger mes petits rapports, on aurait septembre en novembre.
Sans attendre, je vous envoie donc ce que j’ai déjà.
En particulier, j’attire votre attention sur:
– le joli article par mon voisin de bureau Alexandre Roulin à propos de l’effet de la Lune dans le succès de la chasse des chouettes effraie.
– une étude sociologique sur ce qu’ils appellent les « réseaux de la haine » sur la toile. J’y ajoute un commentaire et beaucoup de références (de Avaaz) à propos des attaques contre Greta Thunberg.
Pour ce dernier sujet, je ne vous souhaite pas une joyeuse lecture ; il pue. Continuer la lecture de Actualité scientifique partielle de Jacques en septembre 2019

Jacques à la Manifestation nationale pour le climat, Berne 28.09.2019

RTS

Pour le communiqué de presse

En 50 ans, les puissants ont imposé le fric

Pour faire marcher le monde, et

Faire croire au bonheur pas la consommation.

 

Résultat, la vie se meurt et le climat est en folie.

 

Ça ne va pas comme ça.

Ensemble, nous ferons revivre la vie.

 

Discours  90’’. 1450 caractères, 244 mots.

 

La vie se meurt et le climat est en folie.

Grands singes, lions, éléphants, tous les grands mammifères sont en voie d’extinction, sauf les plus abondants, ceux de la boucherie. On connait le syndrome du par-brise qui autrefois était souillé d’insectes mais qui aujourd’hui, reste propre car les insectes meurent aussi.

… et la température monte ; déjà 1° depuis le début de l’ère industrielle. La conséquence, on la connaît. Chez nous ce sont nos glaciers qui disparaissent, nos canicules, les soudaines averses qui nous débordent. Ailleurs, c’est pire.

Mon petit-fils aura 81 ans à la fin du siècle.

Si nous continuons, la Terre aura alors pris 3, 5 ou 7°
et je n’ose pas penser aux conditions qui régneront alors.

Ça ne va pas. On ne peut pas continuer ainsi.

 

Mais une autre voie est possible. Elle est facile. Pourquoi payer très cher pour aller chercher très loin les combustibles fossiles qui nous tuent alors que le soleil est là, abondant, pas cher et parfaitement utilisable. Techniquement, il n’y a pas de vrais problèmes.

La difficulté est de rompre avec nos habitues et de nous lancer courageusement dans la nouvelle voie.

Nous voulons ce changement. Chacun d’entre nous prendra sa part.

Mais si nous sommes ici, c’est parce que nous exigeons que chacune de nos communes, chacun de nos cantons, et ici, de notre parlement fédéral déclare l’urgence climatique et agisse en conséquence.

Nous le leur rappellerons dans les urnes le 20 octobre.

Actualité scientifique de Jacques en août 2019

En particulier j’attire votre attention sur
– un article du 8.8. qui rapporte 27 ans de mesures quantitatives des insectes volant en Allemagne.
En résumé, il y en a aujourd’hui 80% de moins.
– article du 15.8 qui détermine combien les diverses installations construites, en construction ou planifiées pour brûler des hydrocarbures dans le monde vont produire de CO2 si elles fonctionnent normalement durant leur durée de vie attendue par les exploitants. Réponse :  « beaucoup trop ». Pour tenir les 1.5° que l’on dit supportables, il va falloir que les industriels du pétrole et du gaz naturel démolissent leurs avoirs.
On comprend que Ueli Maurer, président de la confédération, s’engage dans son récent discours à l’ONU pour que le monde ne se presse pas vers la sortie du C; Albert Rösti, président de son parti UDC,  est aussi président de Swissoil. 

 

01.08.2019 Nature 572,7767

-11. This week.

CLIMAT, TEMPÉRATURE, RECORD, EUROPE, INDE. Tous

Double série de records de température en Europe en moins d’un mois. 38,7°C en Angleterre, 46°C en France (record battu de 1,9°, bravo !). Tout ça, de la rigolade à côté des plus de 50° pendant plusieurs semaines le mois passé en Inde et les 55° mesurés au Kuwait et au Pakistan l’an passé (3e plus haute température officiellement mesurée). Bravo aussi !

 

-15, Heidi Ledford, News

INGENIERING GÉNÉTIQUE, CRISPPR, RÉGULATION UE, Les biologistes.

OGM : on n’est pas hors de l’auberge.

Dans la Communauté européenne, tous les produits de consommation génétiquement modifiés sont soumis à une réglementation bien plus sévère que les produits non génétiquement modifiés. Jusqu’ici, il était relativement facile de distinguer un OGM d’un organisme produit par les méthodes standard de sélection parce que les manipulations impliquaient de relativement gros morceaux d’ADN transférés ou modifiés. Ils étaient vite et précisément détectés par les méthodes standard d’amplifications des fragments d’ADN.

Avec CRISPR, tout change. Il se peut, par exemple, que le nouvel organisme soit obtenu en changeant une seule base (une lettre de l’ADN), juste au bon endroit. Comment savoir ce qui a été changé parmi les mutations naturelles qui arrivent, comme ça, par hasard ? On ne le verra que si on sait où regarder. Les firmes ne sont pas prêtes à communiquer leurs petits secrets.

Les Américains ont trouvé leur solution. Les « OGM » obtenus par modifications génétiques ciblées grâce à CISPR, ou avec des outils semblables, ne sont pas des OGM. Les Européens restent à la définition classique et ne savent plus comment faire.

Nous avons déjà discuté l’arrivée prévisible de ce problème. La solution consisterait à ne pas se préoccuper de la façon par laquelle la modification est obtenue, mais seulement de ce qui est obtenu.

 

Ledford, H. (2019). CRISPR conundrum: Strict European court ruling leaves food-testing labs without a plan. Nature, 572(7767), 15. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31363192. doi:10.1038/d41586-019-02162-x

 

-35-36 (commentaire), 51 – 55, Toll et coll.

CLIMAT, POLLUTION, AEROSOL, NUAGE, EAU, RÉFLECTANCE, GEOINGENIERING. .  Com sci. GPclim, un peu indigeste. Ernst Zürcher qui décrit l’augmentation de la couverture nuageuse au-dessus des forêts pourrait être intéressé.

L’effet de la pollution sur la réflectivité des nuages ; nombre et dimensions des gouttes d’eau.

Les microparticules de la pollution favorisent la formation des gouttes d’eau. De ce fait, la dimension des gouttes dans un nuage pollué est plus petite que dans un nuage propre. Conséquemment, la réflectance est plus élevée; le flux solaire est mieux renvoyé dans l’espace. Ainsi fonctionne l’effet refroidisseur de la pollution. On dit que, sans cet effet, l’échauffement climatique actuel de 0,9°C serait de 1,1 ou 1,2°C. Les géoingénieurs aiment ça. Ils imaginent un bel avenir pour lur profession. Nous, nous n’aimons pas.

Autre phénomène découvert et documenté dans le cadre de cette étude (mais non expliqué), la concentration en vapeur d’eau est plus petite dans une plume de pollution (typiquement dans le nuage de microparticules issu d’une centrale thermique) que dans l’air non pollué.

Les deux phénomènes (dimension des gouttes et concentration de vapeur d’eau) ont un effet opposé sur la réflectance. Comment se compensent-ils ?

La réponse donnée ici est que la réflectance est d’abord déterminée par la dimension des gouttes. Son augmentation par la pollution n’est compensée que pour 1/4 par la relative sécheresse des plumes de pollution.

Bref, on en reste à peu près où on en était; la pollution par les microparticules reste un facteur de refroidissement du climat, juste un peu moins fort qu’on le pensait précédemment.

 

Toll, V., Christensen, M., Quaas, J., & Bellouin, N. (2019). Weak average liquid-cloud-water response to anthropogenic aerosols. Nature, 572(7767), 51-55. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31367029. doi:https://doi.org/10.1038/s41586-019-1423-9

 

 

08.08.2019, Nature 272, 7768

-194-198 ÉCOLOGIE, CONSERVATION, ZOOLOGIE, les biologistes.

Estimation globale de l’abondance des nématodes.

On entend toutes sortes de chiffres concernant la proportion des êtres vivants qui disparaissent. C’est important, j’en sais peu, je vais veiller à en apprendre davantage. Une chose est sûre : pour la plupart des espèces, on ne sait pas grand-chose. La présente étude n’apporte pas de réponse, mais servira de base pour suivre l’évolution future d’un groupe d’espèce important et typique de notre ignorance actuelle. Il s’agit des nématodes, des vers dont la plupart sont microscopiques, mais qui jouent un rôle essentiel dans la dynamique des sols. Les auteurs les ont comptés en 6759 endroits du monde. Le résultat est que leur masse totale (0.3Gt) représente à peu près 60% de la masse des humains. De la carte de densité ainsi établie, il ressort que c’est au grand-Nord  (Alaska, Canada, Sibérie) qu’ils sont le plus abondants.
Autre conclusion à tirer : si l’on a d’assez bonnes idées sur la façon dont le climat évolue, on répond de manière fort lacunaire à la même question concernant la biodiversité. Ce ne sont pas les 70 auteurs de cet article qui diront le contraire. Je cite souvent l’observation que, quand j’étais jeune, le par brise de la voiture était rapidement souillé d’insectes alors qu’aujourd’hui, les vitres restent pratiquement propres. Je vais essayer d’y voir plus clair: voir § ci-dessous.

 

van den Hoogen, J., Geisen, S., Routh, D., Ferris, H., Traunspurger, W., Wardle, D. A., . . . Crowther, T. W. (2019). Soil nematode abundance and functional group composition at a global scale. Nature, 572(7768), 194-198. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31341281. doi:10.1038/s41586-019-1418-6

 

ÉCOLOGIE, CONSERVATION, ZOOLOGIE, INSECTES. Tous

Suite du § précédent. Un article de PloS ONE que m’indique Ted concernant la  diminution des insectes en Allemangne.

Durant 27 ans, à l’aide de la trappe standard utilisée par les entomologistes, ce consortium de laboratoires récolte les insectes volants près du sol (1m) dans 63 sites protégés d’Allemagne. Conclusion: durant cette période, la biomasse des insectes capturés à diminué de ¾ en moyenne annuelle et 82% à mi-été.

 

Hallmann, C. A., Sorg, M., Jongejans, E., Siepel, H., Hofland, N., Schwan, H., . . . de Kroon, H. (2017). More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PloS ONE, 12(10), e0185809. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29045418. doi:10.1371/journal.pone.0185809

 

15.08.2019, Nature 272, 7769

373 – 377.  ÉNEGIE, CO2, 1.5°C, GPclim, com. sci.

Les émissions par les infrastructures énergétiques existantes, en construction ou planifiées ne permettront pas d’atteindre le but des 1.5°C. Tong et al.

Nous l’avons vu le mois passé, la quantité de CO2 que l’on pourrait  encore déverser dans l’atmosphère pour avoir 50% de chance de tenir les 1.5°C est de 480 Gt. Pour 2°C ce serait 1400 Gt. Au rythme actuel de 40 Gt/années, il reste peu de temps.

Dans le présent article, les auteurs considèrent les centrales thermiques existantes, celles en construction et celles dont la construction est décidée. En tenant compte des pratiques actuelles d’exploitation, ils déterminent la quantité de CO2 que ces centrales nous promettent.

Centrales déjà construites. 660 Gt

Centrales en construction ou proposées : 190Gt.

Conclusion : À elle seule, l’exploitation standard des centrales existantes nous fera probablement dépasser les 1.5°. Pour tenir les promesses de Paris, il faut fermer beaucoup de centrales existantes et ne pas en construire de nouvelles. On voit du même coup combien la recherche de nouvelles sources de gaz et d’hydrocarbure est criminelle.

La figure ci-dessous indique la production annuelle que l’on peut attendre des centrales actuellement existantes (foncées) et de celles actuellement prévues (clair). À gauche, les données se rapportent au type d’utilisation, à droite aux pays producteurs.

On note que, dans ce scénario, la Chine compte pour 41% ; les USA pour 9% et l’EU pour 7%. Aïe, ils sont fous les Chinois ; c’est eux qu’il faut secouer.

 

Tong, D., Zhang, Q., Zheng, Y., Caldeira, K., Shearer, C., Hong, C., . . . Davis, S. J. (2019). Committed emissions from existing energy infrastructure jeopardize 1.5 degrees C climate target. Nature, 572(7769), 373-377. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31261374. doi:10.1038/s41586-019-1364-3

 

22.08.2019, Nature 272, 7770

442-3, 520-523. INCENDIE, FORÊT BORÉALE, CO2. GPclim, com. sci.

L’augmentation des incendies de forêts boréales compromet leur capacité à fixer le CO2.

On parle beaucoup des incendies dans les forêts tropicales et de la folle politique du président du Brésil Bolsonaro. Le présent article montre que les incendies dans les forêts boréales sont peut-être encore plus menaçants.

Le sol des forêts « minérales » dans les zones tropicales ou tempérées est relativement pauvre. La matière organique se trouve plutôt dans les arbres que dans le sol. Le sol des forêts boréales humides (Canada, Sibérie) se rapproche généralement de celui d’une tourbière riche en matière organique. Globalement, il contient 30 -40% du carbone terrestre. La productivité de ces forêts tient au cycle des incendies qui est typiquement de 70 – 200 ans (temps de retour du feu t.) Normalement ces incendies brûlent la végétation, mais n’attaquent pas profondément la masse du carbone enfoui (hérité). Toutefois, lorsque les incendies se succèdent trop rapidement le carbone du sol est également emporté par l’incendie.

Dans le présent article, les auteurs analysent – en particulier par datation du carbone radioactif – l’histoire détaillée du sol de la forêt tropicale façonnée par les incendies. Ils concluent que si les incendies se développent comme on l’a vu ces dernières années, non seulement cette forêt ne sera plus un puits de carbone comme elle le fut jusqu’ici, mais l’immense quantité de carbone enfouie dans le sol de la forêt contribuera à augmenter le déversement du CO2 dans l’atmosphère.

Selon les données du GIEC que Markus Noll compile attentivement, l’élévation de la température est encore proportionnelle à l’élévation de la concentration de CO2. Ceci veut dire que, pour le moment, on n’observe pas de rétroaction non linéaire qui indiquerait que le système est en train de devenir chaotique. Pour combien de temps encore ?

 

Walker, X. J., Baltzer, J. L., Cumming, S. G., Day, N. J., Ebert, C., Goetz, S., . . . Mack, M. C. (2019). Increasing wildfires threaten historic carbon sink of boreal forest soils. Nature, 572(7770), 520-523. Retrieved from https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/31435055. doi:10.1038/s41586-019-1474-y

 

29.08.2019, Nature 272, 7771

-565. RECONNAISSANCE FACIALE, POLITIQUE. IA. Tous

Il faut interdire l’usage de la reconnaissance faciale tant qu’elle n’est pas régulée. Kate Crawford, éditoriale

Résumé : ces outils sont dangereux quand ils ne marchent pas et néfastes quand ils marchent.

 

442-3, 520-523. INCENDIE, FORÊT TROPICALE, CO2. GPclim, com. sci.

Les incendies de la forêt amazonienne jusqu’en août de cette année.

Recension d’un livre sur lequel Johannes Bronkhorst a attiré mon attention. Reich, D. (2018). Who we are and how we got here. Ancient DNA and the new science of the human past. (V. Books Ed.).

Reich, D. (2018). Who we are and how we got here. Ancient DNA and the new science of the human past.(V. Books Ed.).

Nous sommes tous uniques, chacun a son histoire, chacun a ses gènes. Ça va ! Mais quand on passe au groupe humain, parler de génétique avec le public devient beaucoup plus difficile. Le mot race est tabou en Europe ; il n’est pas plus facile aux USA, même s’il figure dans le passeport. Certains vont très loin dans la retenue ; Jacqueline Stevens, une politicienne des sciences US demande que les études se rapportant à la génétique des groupes soient bannies de la science, un comité spécial autorisant des exceptions au cas où un besoin de santé publique serait démontré (p. 250). J’avais pensé consacrer un chapitre de mon livre « Parcours » à la génétique des populations. J’ai abandonné en route. Le sujet est trop tendu.

Pourtant, la science de la génétique se développe de manière extraordinaire, sans que ses promoteurs se soucient beaucoup de l’impact social et politique de ces nouveaux développements. La première lecture du génome humain remonte à 2001. Elle a coûté quelque 3 milliards de dollars. Aujourd’hui, on séquence un ADN humain en quelques heures, pour moins de 1000 $. Depuis une dizaine d’années, grâce en particulier aux travaux de Svante Pääbo, on sait aussi extraire et séquencer l’ADN d’individus morts depuis longtemps. On connaît ainsi l’ADN des hommes du Néandertal. Dans la foulée, à partir d’un petit os de phalange, on a séquencé les Denisovans, une espèce Homo dont on ignorait jusqu’à l’existence et qui, du jour au lendemain, s’est mise à raconter son histoire génétique comme n’importe qui d’entre nous. Ainsi explose la génétique des populations. D. Reich, l’auteur du présent livre est un des acteurs majeurs de cette révolution. Il est celui qui a « industrialisé » la lecture des génomes anciens. Dans son labo, on séquence beaucoup, vite et pas cher. Son intérêt porte en particulier sur l’ADN de personnes ayant vécu ces 10’000 dernières années, c’est-à-dire celles qui révèlent l’histoire de la révolution néolithique.

Disons aussi que Reich n’est pas un de ces spécialistes bornés dans sa science étroite. Il est ouvert et attentif aux conséquences sociales et politiques de ses travaux. Cette sensibilité imprègne chaque chapitre de son livre. Ce faisant, il n’apporte pas toujours les réponses satisfaisantes, mais toujours il nous force à y réfléchir avec lui.

Le livre s’articule en trois parties : (i) Introduction méthodologique (ii) Focalisation sur quelques groupes ethniques particuliers (je ne m’arrêterai qu’au chapitre sur l’Inde) et (iii) comment faire face au fossé entre cette science qui avance à toute vitesse et l’inquiétude populaire qu’elle suscite.

  • Méthodologie. Votre ADN est le même que le mien à – disons – 99,9%. La comparaison consiste à trouver les différences, base après base sur l’ensemble du génome. Ces différences caractérisent alors une forme de « distance » entre les deux génomes. La méthode est totale, mais laborieuse puisque 99,9 des paires ne contribuent pas à la différence. Une autre méthode consiste à ne comparer que des sites que l’on sait polymorphes (SNP : single nucleotid polymorphisme) et peut-être intéressants, parce qu’associés à un trait connu. Il ne suffit pas d’en analyser quelques-uns, il faut couvrir statistiquement l’ensemble du génome. Typiquement, un test porte sur un demi-million de sites analysés en un coup sur une plaquette qui vaut de l’ordre de 100 $. Ainsi se construit la matrice des distances entre paires d’individus. Cette matrice a beaucoup à dire. D’abord, la distance entre deux individus est un proxi du temps durant lequel ils ont évolué séparément, c’est-à dire le temps depuis leur dernier ancêtre commun. La suite est compliquée (c’est une science, elle s’appelle la cladistique); il s‘agit de combiner toutes ces paires en un grand arbre mettant en évidence le parcours évolutif de tous les individus l’un par rapport à l’autre. Il est aussi possible de comparer des groupes entre eux et de construire l’arbre de l’évolution des groupes. Le papa de ces techniques appliquées aux populations humaines s’appelle Cavalli-Sforza (1922 – 2018). On raconte que, dès les premiers travaux, il a été montré que les gens d’Isérables sont proche de certaines populations cabyles. La figure représente un résultat typique tiré des travaux de Cavalli-Sforza.

 

  • Six chapitres sur quelques grands groupes de populations.Il parle des Européens, des Américains d’origine, des gens de l’Asie de l’Est et de ceux d’Afrique. Chacun de ces chapitres précise pas mal de connaissances ethnologiques et historiques, il en bouscule surtout beaucoup parce qu’il apporte des données solides là où il n’y en avait pas beaucoup. Je ne rapporte ici que du chapitre sur l’Inde, et encore, je n’en ressors qu’un point : la fragmentation par le système des castes.
    Il y a 4 ou 5’000 ans en Inde, deux populations sont identifiables. Celle du Nord (Ancestral North Indians) a ses racines en Europe (choquant pour Narendra Modi), en Asie centrale et au Proche Orient. Celle du Sud (ASI) n’a presque pas de racines dont il reste des traces ailleurs sauf une petite population remarquablement conservée dans une des îles Andaman dans l’Océan indien. Ensuite, est venu le grand mélange, mais un mélange strictement limité par le système des castes. Ce n’est pas que les castes traditionnelles qui sont impliquées. Guère connu que des Indiens ou des spécialistes, il existe aussi le système jati, parallèle aux castes, mais induisant une fragmentation plus fine encore. Un groupe jatipeut contenir des individus de plusieurs castes et, avec le temps, il peut évoluer dans la hiérarchie des castes.
    La chose extraordinaire que révèlent les études de Reich, c’est la stricte endogamie des castes et des Typiquement, au moins 99% des enfants sont conçus à l’intérieur du groupe. Chacun de ces groupesest génétiquement homogène. Leur origine peut être retracée à un petit nombre d’individus (bottle neck) qui s’est ensuite reproduit strictement entre eux, souvent pendant des milliers d’années. On en arrive à cette situation bizarre de groupes génétiquement extrêmement homogènes, mais cohabitant avec d’autres groupes génétiquement très différents. À l’intérieur du groupe, la distance génétique entre les individus est aussi petite que dans les populations les plus confinées géographiquement ou culturellement (certains groupes en Finlande ou les juifs ashkénazes) alors que, entre les groupes, il y a autant de distance que, par exemple, entre les Espagnols et les Suédois (ou pire encore, entre les Vaudois et les Bâlois.)
    La culture a ainsi façonné la génétique. Quelles en sont les conséquences ? Elles sont sans doute mauvaises pour la santé publique ; qu’en est-il socialement et politiquement ? Oh, la la !
  • Que faire quand les données de la génétique particularisent un groupe parmi les autres ? Le terrain est glissant, la ségrégation n’est pas loin, certains pourraient en profiter pour contester la nécessaire unité des humains sur la planète Terre. Alors que faire face à l’avalanche des données de la génétique des populations qui mettent aussi bien en évidence l’unité que la divergence ? Il ne s’agit pas de faire semblant que la différence n’existe pas ; il s’agit de l’accueillir avec sagesse et bienveillance. Reich y consacre presque une centaine de pages. Il faut les lire, ce sont les plus importantes du livre, mais il en faudra encore beaucoup d’autres.

 

En relation avec ce qui est dit ci-dessus, il est intéressant de lire dans le cahier de Nature du 25 juillet, la recension par A. Saini d’un livre (que je n’ai pas lu) de G. Evans. Il s’agit ici de comprendre comment et pourquoi certains groupes paraissent exceller dans tel ou tel sport.

Face aux différences, Reich appelle à l’ouverture, Saini prône la fermeture en dénonçant avec rage l’idée même qu’il pourrait y avoir des différences génétiques. Je trouve qu’un journal scientifique devrait s’abstenir d’étaler un tel parti-pris.

Evans, G. (2019).Skin Deep: journey in the divisive science of race.: OneWorld.

 Saini, A. (2019). Sports and IQ: the persistence of race ‘science’ in competition. Nature, 571(7766), 474-475. doi:10.1038/d41586-019-02244-w

L’actualité scientifique de Jacques en juin (très peu) et en juillet 2019

Bonjour,
Le 20 octobre auront lieu les élections au parlement fédéral. C’est la chance à ne pas louper d’avoir un gouvernement à la hauteur du défi climatique auquel on n’échappera pas.
Remplissez la chartre et préparez-vous à aller voter.

 

Le soleil est la voie royale pour l’énergie durable et abondante. Le sujet m’intéresse et je ne manque pas les occasions d’y voir encore plus clair.
Si vous voulez venir avec moi, vous trouverez ici plusieurs articles propres à élargir ses connaissances sur les progrès techniques en cours. (Nature du 20.6; 04.07). Ils s’adressent plutôt à ceux qui disposent d’un certain bagage en physique.
Dans le no. du 11.7,
– suivez les développements légaux autour de la responsabilité de l’État dans les évènements climatiques extrêmes.
– et suivez aussi la saga des thérapies contre le vieillissement – ce n’est qu’un début.
Le no. du 25 juillet apporte un coup de vieux de 160’000 ans à nos ancêtres sapiens européens.
Vous trouverez enfin une discussion du livre: Reich, D. (2018).Who we are and how we got here. Ancient DNA and the new science of the human past.(V. Books Ed.).
Parmi les résultats qu’apporte en avalanche la génétique des populations, je ne relève que le cas de la société indienne. Il ne devrait pas prendre au dépourvu ceux qui ont lu Bronkhorst.

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L’actualité scientifique de Jacques. Histoire d’eau en mai 2019

Ce mois, vous n’aurez que la crème de la crème, ou plutôt, la flotte dans ses plus étranges états. Je vibre à ces lectures, et vous ?
– Première observation de la glace X. Dans cet état qui n’existe qu’à pression invraisemblable, les ions hydrogène ne sont plus liés à l’atome d’oxygène. Ils circulent comme les électrons dans un métal. Il est possible que cette forme soit la forme dominante de l’eau dans l’univers.
– Le mystère se lève sur la fameuse eau vitrifiée du prix Nobel. Elle semblait mystérieuse. L’étude d’autres formes d’eau vitreuse suggère que « notre » eau vitrifiée n’est que de l’eau liquide bloquée par le froid en cours de la transformation en glace.

Courage, la culture n’a pas de no man’s land. Continuer la lecture de L’actualité scientifique de Jacques. Histoire d’eau en mai 2019

Les lectures scientifiques de Jacques en avril 2019

Et, oh la, la matière est passionnante.
Par exemple, on sait que la résolution d’un instrument d’optique dépend de son ouverture. Un bon truc consiste à combiner plusieurs instruments en un même télescope virtuel. Il suffit pour cela de connaître leurs positions respectives à une précision bien plus petite que la longueur d’onde… et d’être capable de gros calculs. Cela semble facile quand il s’agit d’ondes  centimétriques, quoique, pas si facile que ça si l’ouverture du télescope virtuel a le diamètre de la terre. Ainsi, ils ont vu le trou d’un trou noir. Très bien !

En lumière visible, il faut être bien plus précis. C’est à moins du dixième de micron qu’ils ont combiné les 4 grands télescopes du sommet d’une montagne chilienne. Ainsi, ils ont directement vu une planète extra-solaire et ils ont mesuré la vitesse du vent dans son atmosphère. Pas mal aussi !
À part cela, j’ai trouvé une (partielle) confirmation de la théorie développée dans mon livre Parcours selon laquelle ce que j’appelle l’attrait pour le transcendantal est étroitement liée à l’apparition des sociétés complexes.

J’ai pourtant un problème; je manque encore et toujours de temps.
Dans l’avenir, je risque d’être moins régulier et de me contenter de mettre, de temps en temps, le meilleur sur mon blog.
Précieux lecteurs, je vous tiendrai au courant. Continuer la lecture de Les lectures scientifiques de Jacques en avril 2019

Lectures scientifiques de Jacques en mars 2019.

Ce n’était pas le mois qui m’a apporté les plus riches stimulations mais vous y trouverez quand même une moisson intéressante. (Celle d’avril est déjà prometteuse.)

Notez en particulier:

17.3. pp. 145. Comment la société va-t-elle utiliser les nouvelles connaissances de la génétique ? La naissance en février d’enfants probablement génétiquement modifiés est un test déjà édifiant.
pp. 151. On en est quand même un peu fier de notre CERN « national », mais faut-il vraiment passer à l’étape suivante, encore beaucoup plus cher ? On y réfléchit.
21.3. pp. 302. Un plan pour sauver les citronniers de Floride en leur déversant des quantités invraisemblables de précieux antibiotiques médicaux. À quoi pensent-ils alors que le développement des bactéries résistantes devient un problème planétaire majeur ?

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